50 francs de plus pour un ordinateur équitable

Zurich: Action de Carême et Pain pour le prochain pour des conditions de travail dignes

Zurich, 20 mai 2008 (Apic) Ceux qui veulent acquérir un ordinateur produit dans des conditions équitables devront encore patienter. Dell, Apple et d’autres marques ne s’investissent pas suffisamment pour l’amélioration des conditions de travail dans les usines de leurs fournisseurs. Un an après le lancement de leur campagne en faveur d’ordinateurs équitables, Pain pour le prochain (PPP) et Action de Carême (AdC) ont présenté une étude sur la question le 20 mai lors d’une conférence de presse à Zürich.

«Il y a un an, des consommateurs et consommatrices de Suisse ont envoyé des cartes postales aux fabricants d’ordinateurs pour leur demander de respecter les droits fondamentaux du travail», a rappelé lors de la conférence de presse Antonio Hautle, directeur d’AdC. Cette action était entreprise dans le cadre de la campagne de Carême, qui avait pour thème principal la dignité des travailleurs. Les deux oeuvres d’entraide dénonçaient notamment les conditions de travail exécrables en Chine, producteur de la moitié des ordinateurs portables dans le monde.

«Dès son lancement, la campagne a été ciblée sur les cinq marques les plus vendues sur le marché suisse: Dell, Hewlett Packard, Apple, Acer et Fujitsu Siemens. Il n’a guère fallu attendre pour que la plupart des entreprises nouent un dialogue avec Action de Carême et Pain pour le prochain», a souligné Antonio Hautle. Avec des résultats très contrastés: alors que Hewlett Packard «donne le ton», en dégageant des ressources humaines et financières importantes pour assurer un code de conduite, Fujitsu Siemens «est à la traîne». Cette entreprise «se contente d’un code de conduite lacunaire et reporte la responsabilité de la mise en oeuvre dur ses fournisseurs», déplorent AdC et PPP.

Pourtant, il suffirait de peu pour assurer la production d’ordinateurs à des conditions équitables: 50 francs de plus, selon les estimations des deux oeuvres d’entraide. Pour Antonio Hautle, cette majoration est tout à fait supportable: «Ces 50 francs peuvent garantir le minimum vital et une durée du travail raisonnable aux ouvriers et ouvrières des fabriques d’ordinateurs en Chine.»

Trois revendications aux fabricants d’ordinateurs

Pour le directeur d’AdC, les revendications présentées il y a un an par les deux organisations d’entraide aux fabricants d’ordinateurs n’ont rien perdu de leur actualité:

1. Les entreprises doivent assumer leur responsabilité sociale envers les employé-e-s de tous leurs fournisseurs.

2. Les normes fondamentales et les droits fondamentaux de l’Organisation internationale du travail (OIT) doivent être respectés sur la totalité de la chaîne de production.

3. Les ouvriers et ouvrières des fournisseurs doivent être informés de leurs droits pour pouvoir les défendre.

Antonio Hautle insiste également pour que les normes fondamentales de l’Organisation internationale du travail (OIT) «soient respectées tout au long de la chaîne de production».

Pour Chantal Peyer, responsable de la politique de développement à Pain pour le prochain, «la situation dans les fabriques de Chine ne s’est guère améliorée.» Les principaux abus, selon elle, concernent les horaires de travail, les mesures de protection de la santé, les sanctions disciplinaires, les contrats, ainsi que la connaissance des droits des travailleurs. «Les ouvriers et ouvrières travaillent toujours entre 10 et 12 heures par jour, six à sept jours par semaine», relève Chantal Peyer, «et les mesures les plus élémentaires pour protéger leur santé ne sont pas prises, même lorsqu’ils manipulent des substances dangereuses.»

Des améliorations sont tout de même à relever. La plus importante concerne les salaires. «Le nombre d’usines qui ne paient pas leurs ouvriers selon le salaire minimum légal en vigueur semble avoir baissé», souligne Chantal Peyer.

Pour une politique d’achat public responsable

Beaucoup de consommateurs et consommatrices en Suisse peinent à comprendre pourquoi l’on ne trouve toujours pas d’ordinateurs équitables sur le marché. Les pressions exercées sur les fabricants sont de plus en plus fortes et les pouvoirs publics s’y mettent aussi. Ainsi, la conseillère nationale Lucrezia Meier-Schatz, présidente du Forum de fondation d’Action de Carême, demande que la Confédération inclue une référence aux conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) dans la révision de la loi sur les marchés publics: «Il y a déjà plusieurs pays de l’UE qui appliquent le principe du développement durable à leur politique d’achats.»

Au niveau local, des exemples existent déjà, relèvent AdC et PPP. Genève est la première ville européenne à exiger, pour les marchés publics, une clause sociale de la part des entreprises soumissionnaires. «Les fournisseurs potentiels doivent remplir un formulaire sur leur politique de responsabilité sociale», a expliqué Eric Favre, directeur des systèmes d’information et de communication de la ville de Genève.

«Il est possible de produire des ordinateurs équitables. Ce qui manque, c’est la volonté des responsables d’oeuvrer en faveur de conditions de travail dignes», lancent les deux organisations dans leur rapport. «La balle est désormais dans le camp des grandes marques informatiques: Hewlett Packard, Dell, Apple, Acer et Fujitsu Siemens doivent assumer leur responsabilité sociale». (apic/com/js)

20 mai 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
Partagez!