Suisse: Assemblée plénière de la Conférence centrale catholique romaine à Morges
«Les Eglises ont la Bonne Nouvelle et les médias un bon scoop…»
Morges, 18 juin 2008 (Apic) «Les Eglises ont la Bonne Nouvelle et les médias un bon scoop…» C’est sous ce titre en forme de boutade que Constanze Straub, ancienne journaliste spécialisée à Radio DRS, a évoqué les forces et les faiblesses de l’activité de l’Eglise dans les médias lors de l’assemblée plénière de la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ) qui s’est tenu les 13 et 14 juin à Morges
L’assemblée plénière de la Conférence centrale à Morges a en effet été vouée principalement à l’activité médiatique de l’Eglise. Les délégués ont adopté à cette occasion un document de référence qui met en avant le poids des médias sur la perception que le public a de l’Eglise et la nécessité d’adapter les structures existantes dans ce domaine. En ce qui concerne la suite de la procédure, il est impératif d’arrêter des objectifs et des priorités ainsi que d’élaborer un plan de mesures qui tienne compte également des aspects financiers.
Chercheuse dans le domaine des sciences de la communication à l’Université de Fribourg, Constanze Straub a également analysé les risques et les chances qui lui sont attachés. Elle a souligné que faire un distinguo entre médias «ecclésiastiques» et médias «profanes» conduit à l’exclusion et au repli sur soi, et, par conséquent, peut se révéler contre-productif.
Sur la base d’exemples concrets, elle a mis en évidence que la transparence renforce le crédit. En outre, sur la base d’une analyse du contenu des journaux alémaniques, elle a démontré combien les communiqués de presse et autres documents publiés par la Conférence des évêques suisses (CES) constituaient une base de référence importante pour le travail des journalistes et a plaidé en faveur d’une amélioration de leur qualité.
Les prises de position de la Conférence des évêques sont très appréciées, mais elles demeurent rares. A cet égard, il y a lieu d’exploiter à fond les possibilités de faire des déclarations en direct ou susceptibles d’être reproduites telles quelles, compte tenu de la liberté de manoeuvre dont jouissent les médias.
Meilleur contrôle de l’impact, création d’un centre de compétence
Jean-Paul Rüttimann, journaliste et expert des médias, qui a rédigé tout récemment à la demande de la CES un rapport sur l’activité médiatique de l’Eglise en Suisse romande, a relevé la diversité des médias internes à l’Eglise et l’engagement remarquable des personnes actives dans ce domaine. Il a relevé cependant que nombre d’entre elles éprouvent un malaise parce qu’elles ne se sentent pas suffisamment reconnues et soutenues par les responsables diocésains.
Les particularismes cantonaux et régionaux et la tendance à les cultiver sont aussi une source de difficultés. S’agissant des organes d’information internes, il souligne également l’absence de contrôle de leur impact. Pour l’évolution à venir, ce spécialiste juge indispensable de mettre plus encore l’accent sur les activités menées à l’échelon des régions linguistiques et de créer un centre de compétence en matière de médias rattaché à la Conférence des évêques suisses. Il devra tenir compte des caractéristiques régionales. La présence sur internet est aussi à renforcer. Dans l’activité médiatique, l’attitude fréquente consistant à rester sur la défensive doit être abandonnée au profit d’un comportement «proactif». En outre, l’élaboration d’un concept en matière de communication est indispensable, de même que l’augmentation des moyens financiers à disposition.
Les médias – facteur décisif pour le dialogue entre l’Eglise et le monde
La prise de position de l’Action de Carême et de la Conférence centrale adoptée par l’assemblée plénière se fonde sur la déclaration de la Conférence des évêques suisses selon laquelle l’action de l’Eglise au sein des médias revêt un caractère prioritaire. Après que de nombreuses réflexions fondamentales aient été menées au cours des dernières années, l’heure est venue d’en tirer les conséquences pratiques et de procéder aux changements nécessaires.
Dans ce contexte, la planification des mesures de fond comme celle des aspects financiers doit être soigneusement coordonnées, et des projets bien définis sont à élaborer. Au vu de l’urgence et de la complexité de la tâche, il est proposé d’instituer un groupe de pilotage qui sera chargé de prendre en main le travail avec une aide extérieure. Ce groupe, au sein duquel les principaux organismes concernés devront être représentés, aura le mandat de définir dans un délai donné des objectifs, des priorités et un plan de mesures. A défaut de tels repères, ni la Conférence centrale ni les organisations ecclésiastiques cantonales ne seraient aptes à se prononcer sur des propositions de sommes à allouer.
«Sortie d’Eglise partielle»
Dans le contexte de l’arrêt du Tribunal fédéral du 16 novembre 2007 concernant la «sortie d’Eglise partielle», la Conférence centrale confiera l’établissement d’un avis de droit sur les questions de principe soulevées par cette décision et passera en revue les données de droit constitutionnel propres à chaque canton. Elle a adopté un document de référence au sujet de cet arrêt du TF. Celui-ci devra servir de cadre pour la discussion à entamer avec la Conférence des évêques et aider à élucider la situation juridique dans les divers cantons.
En ce qui concerne le traitement à réserver aux sorties d’Eglise, la réflexion qui devra présider est que la foi, l’appartenance à l’Eglise et la solidarité en matière financière vont de pair. Les sorties d’Eglise déclarées par des personnes qui estiment ne plus pouvoir acquitter l’impôt ecclésiastique pour des raisons de conscience sont à traiter comme des cas exceptionnels ne remettant pas en cause le lien fondamental entre l’appartenance de l’Eglise et la qualité de membre de la corporation ecclésiastique.
Les difficultés du système «dualiste»: le cas de Röschenz
En outre, un document énonçant la procédure à suivre lors de décisions délicates touchant le personnel au service de l’Eglise a été adopté. Lors de l’engagement de collaborateurs ecclésiaux dont l’activité exige un mandat épiscopal (»missio canonica») pour être autorisés à accomplir leur tâche, tant la hiérarchie ecclésiale que les autorités de droit public ecclésiastique sont directement impliquées, cela du fait du système «dualiste».
Sur le plan juridique, la situation ne donne fondamentalement pas lieu à contestation, à savoir que l’engagement ou l’élection de tels collaborateurs suppose qu’ils aient préalablement une missio. Dans la pratique, l’expérience montre que, la plupart du temps, la collaboration entre hiérarchie ecclésiale et autorités de droit public ecclésiastique fonctionne bien lorsque des décisions touchant le personnel sont à prendre. Généralement, une solution consensuelle est trouvée à laquelle toutes les parties peuvent adhérer, y compris la personne concernée. Cela vaut non seulement pour les procédures d’engagement, respectivement d’élection, mais aussi pour les mutations et la dissolution de rapports de travail.
Des problèmes peuvent surgir lorsqu’un collaborateur pastoral ayant reçu la missio conteste la décision prise à son endroit par l’une des deux autorités et que l’autre le soutient dans son opposition. Le conflit de ce type ayant le plus défrayé la chronique est «l’affaire de Röschenz», dans laquelle la commune ecclésiastique a décidé de maintenir dans son poste son administrateur paroissial, cela même après que l’évêque lui ait retiré sa missio. Mais on connaît également des situations inverses où, par exemple, un conseil de paroisse a voulu mettre fin aux rapports de travail noués avec un prêtre alors que ce dernier souhaitait poursuivre son activité, cela avec l’appui de son évêque.
Incontestablement, de tels conflits sèment le trouble au sein des communes ecclésiastiques/paroisses concernées et nuisent aussi aux intéressés. En outre, ils suscitent des doutes quant au bon fonctionnement du «système dualiste», avec son partage des compétences.
Pour cette raison, la Commission du droit public ecclésiastique et du droit régissant la religion de la Conférence centrale s’est penchée sur le sujet et a énoncé des considérations de principe et des recommandations. Dans son rapport, elle affirme l’importance première que revêtent la communication d’informations à temps et le dialogue. Elle souligne aussi la nécessité d’adopter, là où prévaut le système dualiste, des réglementations communes et de respecter les droits fondamentaux de la personne humaine, en particulier le droit d’être entendu.
Hausse modérée des contributions dues à la Conférence centrale
En ce qui concerne le cofinancement des tâches de l’Eglise accomplies à l’échelon national, la Conférence centrale a décidé d’adapter au renchérissement les subsides qu’elle verse. Dans le même temps, elle demande avec insistance que les processus de décision soient simplifiés et que l’affectation des fonds alloués soit encore plus efficace et mieux ciblée.
Dans la perspective du budget 2009, la Conférence centrale a décidé de recommander à ses membres d’augmenter de 2% les contributions qu’ils sont appelés à lui verser. Cette hausse permettra d’adapter au renchérissement le crédit affecté au cofinancement des tâches de l’Eglise assumées à l’échelon national et à celui des régions linguistiques considérées globalement.
Parallèlement, la Conférence centrale a exigé que des adaptations structurelles soient entreprises dans les secteurs d’activité cofinancés de manière à permettre une utilisation plus ciblée des fonds. Aujourd’hui comme hier, une concentration des forces s’avère indispensable. En outre, les procédures de décision trop lourdes devront être simplifiées.
Les débats ont révélé une fois de plus qu’il est très difficile aux organisations ecclésiastiques cantonales financièrement moins bien loties de s’engager plus fortement à l’échelon national alors qu’elles sont elles-mêmes contraintes de faire des économies en leur sein. Pour faire changer les mentalités à cet égard, il y aura lieu de démontrer avec plus de clarté encore qu’un renforcement de la collaboration à l’échelon des régions linguistiques et de la Suisse allégera le fardeau des cantons et profitera à la pastorale au niveau local.
Changements au sein des délégations à la Conférence centrale
Au cours des dernières années, la composition des délégations à la Conférence centrale s’est modifiée à un rythme accéléré. Les personnes qui en faisaient partie depuis sa création ou de longue date sont remplacées progressivement par des délégué(e)s appartenant à la nouvelle génération.
Ainsi, lors de l’assemblée plénière qui s’est déroulée en terre vaudoise, il a été pris congé de Jean-Philippe Gogniat, secrétaire général sortant de la Fédération ecclésiastique catholique romaine du canton de Vaud, en fonction depuis de très nombreuses années. Il a siégé à la Conférence centrale dès 1991. Un hommage a notamment été rendu à son engagement en faveur de l’instauration d’une collaboration plus étroite entre les cantons de Suisse française au sein de la Fédération romande. La bienvenue a été souhaitée à trois nouveaux délégués alémaniques ainsi qu’à Susana Garcia, qui a pris la succession de Jean-Philippe Gogniat. (apic/com/be)




