Rome: Le cardinal Tauran cerne la visite du pape en France

L’occasion de «mettre les pendules à l’heure» en matière de laïcité

Propos recueillis à Rome par Antoine-Marie Izoard

Rome, 5 septembre 2008 (Apic) Le cardinal français Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, accompagnera Benoît XVI lors de son voyage en France, du 12 au 15 septembre 2008.

Cet ancien chef de la diplomatie vaticane a confié que la visite du pape serait l’occasion de «mettre à nouveau les pendules à l’heure» sur la question de la laïcité à la française, mais aussi pour le peuple français de mieux connaître Benoît XVI. Interview, accordée à I.Media et à l’hebdomadaire français Famille Chrétienne (à paraître le 13 septembre 2008).

Q.: Benoît XVI consacre le 10e déplacement de son pontificat à la France et à Lourdes en particulier, quel est le sens de ce voyage ?

Cardinal Tauran: Pour le pape, l’étape de Lourdes est la plus importante en raison du jubilé des apparitions. Je crois que ce voyage sera pour lui l’occasion de faire le point sur la piété mariale, sur ce que signifie pour nous vénérer Marie, et les implications théologiques et oecuméniques que cela entraîne. Il y aura aussi une étape parisienne qui lui donnera l’occasion de réaffirmer sa pensée sur la laïcité, sur les relations entre les pouvoirs publics et les autorités religieuses, sans oublier la célébration de la messe aux Invalides qui lui permettra de rencontrer les fidèles. Il est essentiel que le peuple français puisse mieux connaître ce pape.

Q.: Comment présenter ce pape aux Français ?

Cardinal Tauran: C’est un homme qui possède une grande humilité, une grande sérénité, avec une intelligence hors du commun. C’est non seulement un théologien mais aussi un catéchète, avec le souci de former les catholiques à la connaissance du contenu de la foi. C’est son grand charisme. Jean Paul II a été le pape qui a donné à l’Eglise sa visibilité et Benoît XVI est en train de lui donner son intériorité.

Q.: Que peut attendre l’Eglise de France de cette visite ?

Cardinal Tauran: Le pape vient d’abord l’encourager. On parle souvent des problèmes, mais il y a quand même en France des choses positives ! Les vocations ne sont pas florissantes, mais il y a des signes d’une reprise, même modeste. J’ai été beaucoup frappé, cet été, par l’immense intérêt que les célébrations du 15 août à Lourdes ont suscité en France, en particulier dans les médias. Je ne m’attendais à ce pas que Lourdes puisse avoir autant d’impact sur l’opinion publique.

Q.: En mai 2007, dès son élection, vous aviez salué la «position extraordinairement ouverte» de Nicolas Sarkozy sur la place des religions. Comment percevez-vous le passage de la théorie à la pratique ?

Cardinal Tauran: Le président est convaincu que les religions font partie du dialogue public. Il faut lui en rendre justice. Son discours du Latran (le 20 décembre 2007, ndlr) a introduit une nouvelle orientation dans les rapports entre l’Eglise et l’Etat. Le président a dit des choses que ses prédécesseurs n’avaient jamais dites. La visite de Benoît XVI pourrait être l’occasion, pour lui ou pour le pape, de mettre à nouveau les pendules à l’heure. Pour le moment, nous en sommes encore au stade des promesses et c’est bien là le problème. Par exemple, la reconnaissance des diplômes (des facultés de théologie, ndlr) est particulièrement facile et je ne sais pas pourquoi cela n’a pas encore abouti. On parle en France de la ’séparation’ des Eglises et de l’Etat. Je n’utilise jamais ce terme et je préfère le mot de ’distinction’ car on ne peut pas séparer les Eglises de la société. Il faut distinguer mais pas séparer, cela est impossible et l’expérience l’a montré. (apic/imedia/ami/pr)

5 septembre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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