Lucerne: Journée des médias sur le thème «Catholiques dans la société d’information»

Pour un service national de l’information catholique

Bernard Bovigny, Apic

Lucerne, 28 octobre 2008 (Apic) Une centaine de journalistes et autres professionnels de l’information ont participé, samedi 24 octobre à Lucerne, à la journée des médias de l’Eglise catholique, première du nom. Plusieurs participants ont exprimé la nécessité de créer un service central de l’information catholique au niveau national.

Davantage de collaboration interne et externe, plus de présence dans les médias publics et notamment sur internet, véhiculer une meilleure image de l’Eglise, mieux cibler le public, adopter des synergies et lancer des pages communes notamment dans les bulletins paroissiaux, créer un service central de l’information ou un centre de compétence au niveau national: les propositions n’ont pas manqué, dans les groupes de travail, en vue d’améliorer la communication interne et externe de l’Eglise catholique. Certaines de ces conclusions seront reprises par la Commission des médias de la Conférence des évêque suisses en vue de donner une suite concrète aux rapports sur le flux d’information dans l’Eglise, élaborés en 2007 et 2008 par les experts Reinhold Jacobi (Bonn) et Jean-Paul Rüttimann (Fribourg).

Auparavant, quatre conférenciers ont partagé leur expérience et leurs réflexions afin de donner à la journée de travail une impulsion en vue d’améliorer la communication.

Max Gurtner, directeur du département de la communication de SRG SSR idée suisse, a n’a pas hésité, à titre personnel, à interpeller l’Eglise dans sa politique de communication en relevant ses déficits et ses chances. L’Eglise a perdu le monopole de l’interprétation mais continue à communiquer comme si elle le détenait toujours, a-t-il lancé. Par ailleurs, elle subit le phénomène de perte de parts de marché et d’influence, sans mettre en place une stratégie d’entreprise visible ni un concept de marketing. Le conférencier a demandé à l’Eglise d’être davantage présente par des prises de position en lien avec l’actualité et lui a proposé de mieux gérer sa communication lorsqu’elle est confrontée à des situations de crise (affaire Röschenz, scandales de pédophilie, …).

L’information, un produit à vendre ou un objet de profit

Mgr Jean-Michel Di Falco Leandri, évêque de Gap en France et président de la Commission épiscopale européenne des médias (CEEM) a choisi de parler surtout de la télévision, un média auquel il a souvent été confronté durant sa longue expérience de délégué à l’information de la Conférence des évêques de France. Malgré le développement d’internet, le petit écran reste le média populaire par excellence. Il est omniprésent et on lui voue un culte quasi religieux.

Face aux dérapages et aux dérives, par lesquels l’information devient un produit à vendre ou un objet de profit, l’Eglise a trop tendance à s’attaquer à des problèmes de surface (à «l’écume»), en insistant par exemple sur une nouvelle mal conçue ou bâclée, souligne Mgr Di Falco. Or, est-on conscient des conséquences ecclésiologiques du fonctionnement des médias, s’est-il demandé. Par exemple, il est courant qu’une encyclique soit résumée en quelque secondes aux infos, et en termes de «Le pape condamne» … «L’Eglise est contre …». «Pourquoi les évêques ne reçoivent-ils pas le texte en avance de façon à pouvoir agir comme transmetteurs des messages de l’Eglise, dans les médias comme dans la population?», déplore le conférencier. Ce dernier a par ailleurs insisté sur l’attention portée par le téléspectateur davantage sur ce qu’il voit de l’Eglise (des jeunes lors des JMJ par exemple) que sur son message oral. «Si elle veut être davantage présente dans les médias, l’Eglise doit en connaître les règles de fonctionnement tout comme le missionnaire envoyé dans un pays doit d’abord apprendre sa langue», a encore lancé Mgr Jean-Michel Di Falco.

David Hober, responsable de radio et télévision au sein du secrétariat de la Conférence épiscopale allemande, a présenté les stratégies de communication adoptées par l’Eglise catholique en Allemagne en vue de maintenir un large spectre de présence dans le monde des médias. Pour cela, le conférencier prône un haut niveau de qualification et de formation du personnel en vue de garantir la qualité du travail. Et malgré le fort développement des médias audiovisuels et d’internet, l’écrit reste un moyen de communication sur lequel l’Eglise a intérêt à poursuivre son investissement. Ainsi, l’agence de presse catholique KNA, basée à Bonn, touche toujours 60% des quotidiens en Allemagne. Tout comme d’autres conférenciers, David Hober a insisté sur la définition de publics cibles dans la stratégie de communication ecclésiale.

Un projet culturel à orientation chrétienne

Le professeur Giuseppe Mazza, professeur de théologie et de communication à l’Université pontificale grégorienne à Rome, a conclu la ronde des conférences de la matinée en présentant la stratégie de communication de l’Eglise catholique en Italie face à la modernité. Ainsi, un Directoire sur la communication sociale dans la mission de l’Eglise a été publié par les évêques italiens en 2004. Ce document vise à promouvoir la communication en Eglise, renforcer la présence de l’Eglise dans les médias, promouvoir une pastorale organique des communications sociales et insérer l’engagement pour les communications dans la perspective plus large d’un projet culturel à orientation chrétienne.

Une deuxième étape du processus a consisté à définir un projet pastoral organique et cohérent, capable d’intégrer tous les niveaux de la pastorale. Un accent particulier été mis sur la formation à la communication de tous les sujets de la pastorale «sans en oublier aucun: prêtres, religieuses, religieux, catéchistes et éducateurs». Et au niveau local, l’Eglise italienne a eu «l’intuition la plus importante de cette décennie» en lançant la fonction d’animateur de la culture et de la communication, «condition pour un vrai virage pastoral». «Cette nouvelle fonction, a expliqué Giuseppe Mazza, est appelée à épauler le catéchiste et l’animateur de la liturgie et de la charité, afin d’offrir à la communauté des point de réflexion et des clés de lecture des phénomènes de notre temps en l’éduquant au sens critique».

Les exemples de l’Allemagne et de l’Italie ont visiblement incité les journalistes et autres professionnels de la communication à revendiquer davantage de moyens pour améliorer la communication dans l’Eglise catholique en Suisse. Mgr Peter Henrici, délégué de la Conférence des évêques suisses auprès des médias, a conclu la rencontre en affirmant que «une communication interne est indispensable en vue d’assurer une bonne communication externe».

Note: Des photos sont disponibles pour l’impression à l’adresse www.kath.ch/1900

(apic/bb)

28 octobre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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