La négation même du droit universellement reconnu à la vie

Lausanne: Quatre organisations vivement opposées à la peine de mort

Déo Negamiyimana, pour l’Apic

Lausanne, 28 novembre 2008 (Apic) La Communauté de Sant’Egidio, Amnesty International, l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT) et Lifespark déplorent toujours la pratique de la peine de mort dans le monde. Lors d’une conférence publique que les quatre organisations ont donnée jeudi soir à l’Hôtel de ville de Lausanne, elles saluent les progrès significatifs dans l’abolition de la peine capitale. Elles regrettent cependant que la pratique soit encore en vigueur dans certains pays, d’où la demande d’un moratoire sur les exécutions.

Le ton ne change pas. Sous le slogan «Villes pour la vie – villes contre la peine de mort», la Communauté de Sant’Egidio réaffirme sa volonté de travailler avec les autres organisations pour éradiquer un châtiment qu’elle qualifie de «négation même du droit universellement reconnu à la vie». Initiatrice du mouvement en 2002, la Communauté de Sant’Egidio estime que la peine de mort déshumanise simplement le monde en donnant la primauté aux représailles et à la violence. Avec le soutien d’Amnesty international, de l’ACAT et Lifespark, elle veut renforcer le moratoire sur le recours à la peine de mort, adopté par l’ONU en décembre 2007.

Les quatre organisations bénéficient aussi du soutien de la Ville de Lausanne. Dans une allocution qui a précédé la conférence, Jean-Christophe Bourquin, municipal en charge de la sécurité sociale et de l’environnement, a confirmé que les autorités communales illumineront le Palais de Rumine le 29 novembre. «Un symbole fort qui s’adresse aussi à certains Lausannois qui pensent qu’il faudrait encore, pour certains crimes comme la pédophilie, recourir à la peine de mort», explique Marie Bornand, responsable de la Communauté de Sant’Egidio à Lausanne qui dit avoir entendu des parents qui souhaiteraient voir la justice suisse infliger ce genre de châtiment.

En définitive, les quatre organisations s’élèvent contre la logique cruelle d’une «vie pour une vie» considérée comme archaïque dans de nombreux pays de la planète. Elles revendiquent unanimement de trouver des alternatives à cette manière inhumaine de traiter les personnes, quelles que soient les accusations.

Des Vaudois en contact avec un condamné à mort

Durant la soirée, l’actrice valaisanne Rita Gay a lu quelques extraits de lettres que des Suisses ont échangées ces dernières années avec des condamnés à mort africains ou américains. Le public a ainsi écouté une missive que le prisonnier américain Alonzo Lydell Burgess a adressée à Delphine, une gymnasienne de Morges qui a fait un travail d’étude sur la peine de mort.

A travers la correspondance d’Alonzo Lydell Burgess et la voix mélancolique de Rita Gay, c’est un homme qui lance un cri pathétique. Un homme qui souffre énormément même s’il compte beaucoup sur le moral que lui apportent celles et ceux qui lui écrivent ou qui lui rendent visite. En substance, il dit: «Dans ces moments difficiles, c’est très important de pouvoir compter sur le soutien et l’amour d’un proche, sur sa compréhension. Personnellement, je remercie Dieu pour tout l’amour et le soutien de Fabien, d’Anne-Catherine et de Régula (Ndlr: des prénoms des personnes issues du canton de Vaud). J’ai senti leur soutien pendant toutes ces années d’emprisonnement. Leur amour et leur soutien me rappellent que quelqu’un se soucie de moi et c’est très important pour moi …Voilà, Delphine, j’espère sincèrement que ces informations vont t’aider pour ta recherche à l’école et sache que cela me fait plaisir de t’aider pour ce travail.»

Pour Alonzo Lydell Burgess la peine de mort continue d’exister parce qu’elle est soutenue par des hommes de pouvoir. «Ils sont guidés par des intérêts financiers et le goût de la revanche», écrit-il à Evelyne en guise de conclusion.

Encadré

Près de 900 villes illumineront un prestigieux monument

Dans le monde entier, près de 900 villes – dont plusieurs capitales – illuminent un monument symbolique pour marquer leur adhésion à l’initiative «Villes pour la vie – Villes contre la peine de mort». Du Colisée de Rome à la Place Sainte-Anne de Madrid, de l’Obélisque central de Buenos Aires au Palais de la Moneda à Santiago du Chili, de l’Atomium de Bruxelles à la Place de la cathédrale de Barcelone, en passant par Ottawa, Mexico, Austin et Dallas, Durban, Dakar, Maputo, Séoul, Colombo, Sarajevo et Srebrenica, il se forme une vaste coalition mondiale demandant la fin de toutes les exécutions capitales.

Cette année, plusieurs villes suisses ont rejoint le mouvement, comme Fribourg, Locarno, Schaffhouse, Rorschach, Zoug.

Cette initiative a été lancée en 2002 par la Communauté de Sant’Egidio avec le soutien des principales associations internationales de défense des droits humains réunies au sein de la World Coalition Against the Death Penalty. Parmi elles se trouvent Amnesty International, Ensemble contre la Peine de Mort, International Penal Reform et la Fédération internationale de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture.

(apic/dng/bb)

28 novembre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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