Gaza: Le curé catholique de Gaza lance un cri d’alarme
«C’est une façon de tuer la paix»
Gaza/Jérusalem, 30 décembre 2008 (Apic) Depuis samedi, début des intenses bombardements israéliens sur Gaza, le Père Manuel Musallam, curé de la paroisse de la Sainte Famille à Gaza, reçoit constamment des appels téléphoniques et des visites de musulmans qui lui demandent de prier pour la population qui vit sous les bombes.
«Ils me demandent d’organiser des prières dans la communauté chrétienne pour que finisse cet enfer. Nous sommes fatigués de cette folie, fatigués parce que cela fait des jours que nous ne réussissons pas à dormir, fatigués de ne pas avoir d’électricité, d’eau et de nourriture. Fatigués parce que nous croyons que cette guerre va encore durer de nombreux autres jours et qu’il y aura encore d’autres victimes parmi les innocents…»
D’une une voix calme, le Père Musallam, curé de l’unique paroisse catholique de la Bande de Gaza, n’hésite pas à qualifier les bombardements israéliens de «crime de guerre».
«Crime de guerre»
«Je n’arrive pas à comprendre ce qu’ils espèrent obtenir avec cette attaque. C’est seulement une façon de tuer la paix. Cette attaque ne respecte pas l’humanité des personnes. Les gens sont enfermés dans leur maison, terrorisés. Les enfants pleurent tout le temps depuis samedi, terrorisés par les explosions. Les habitants de Gaza ne dorment plus dans leur lit depuis des jours. Pour éviter d’être touchés par des éclats, par les débris de verre des fenêtres ou par l’écroulement des parties les plus exposées de leur habitation, ils dorment par terre, dans les corridors et dans les coins les plus abrités de leur maison. Les actions en cours ne font qu’humilier des personnes déjà éprouvées depuis longtemps et imposer un sentiment de domination que nous, comme Eglise, comme chrétiens, nous ne pouvons accepter», relève le Père Musallam dans une interview accordée à l’agence de presse catholique MISNA à Rome.
Le prêtre rappelle le grand nombre de civils tués dans les bombardements – des familles entières ont été décimées – et ne veut en aucun cas entendre dire que les opérations israéliennes sont «chirurgicales», des expressions trompeuses tant utilisées par les médias occidentaux. En donnant l’exemple de nombreuses «bavures» commises lors de bombardements soit disant «ciblés», le Père Musallam rappelle que dans une ville comme Gaza, la plus densément peuplée au monde, «on ne peut penser bombarder des cibles précises sans provoquer des conséquences tout alentour».
Ainsi, selon des sources médicales et des collaborateurs du curé de la Sainte Famille, le 10% des blessés des bombardements sont des enfants de moins de dix ans, et presque autant sont des femmes. Dimanche, la communauté catholique n’a pas pu célébrer la messe, parce qu’un missile a visé un poste de police tout à côté de l’église. «C’est pourquoi nous restons enfermés dans nos maisons, à prier. Il ne reste plus qu’à prier, aussi pour nos frères musulmans, dans l’attente que quelqu’un se décide à intervenir». JB/Misna
Encadré
Israël trop enfermé «dans la cérémonie familière de la guerre» ?
L’écrivain israélien David Grossman se demande, dans l’édition de mardi du quotidien israélien Haaretz, si son pays n’est pas trop enfermé «dans la cérémonie familière de la guerre». Et d’estimer qu’après les sévères frappes sur Gaza, «Israël ferait bien d’arrêter, de s’adresser aux leaders du Hamas et de leur dire: jusqu’à samedi, Israël s’est retenu de riposter aux milliers de fusées Qassam lancées depuis la Bande de Gaza. Maintenant vous savez combien dure peut être la réplique. Ainsi, pour ne pas ajouter à la mort et à la destruction, nous allons adopter un cessez-le-feu unilatéral et complet pour les prochaines 48 heures. Même si vous tirez sur Israël, nous ne répondrons pas avec de nouvelles frappes. Nous grincerons des dents, comme nous l’avons fait durant toute la récente période, et nous ne serons pas entraînés à répondre par la force».
Et David Grossman de proposer d’inviter les pays intéressés, les voisins proches et éloignés, à servir de médiateurs «entre nous et vous dans le but de faire revenir le cessez-le-feu». «Si vous vous abstenez de tirer, nous ne reprendrons pas nos tirs. Si vous continuez de tirer pendant que nous restreignons nos actions, nous répliquerons après ces 48 heures, mais même alors, nous laisserons ouvertes la porte aux négociations pour renouveler le cessez-le-feu, et même pour obtenir un accord général et étendu».
Pour l’écrivain pacifiste, qui fait partie du groupe d’intellectuels qui a fondé le mouvement israélien «La paix maintenant», c’est cela qu’Israël doit faire maintenant: «C’est possible, ou alors sommes nous trop emprisonnés dans la cérémonie familière de la guerre ?» Il rappelle que quoi qu’il arrive, «les gens de la Bande de Gaza vont rester nos proches voisins et tôt ou tard, nous voudrons arriver à de bonnes relations de voisinage avec eux». (apic/haar/be)




