Bilan de l’agence vaticane Fides

Rome: L’Asie est le continent où les catholiques font le plus l’objet de persécutions

Rome, 31 décembre 2008 (Apic) En 2008, 20 agents pastoraux catholiques ont été tués dans le monde, dont Mgr Paulos Faraj Rahho, archevêque chaldéen de Mossoul, au nord de l’Irak, enlevé par un groupe «islamiste» le 29 février et retrouvé mort le 12 mars 2008.

C’est l’agence vaticane Fides, qui dresse chaque année le bilan de la violence qui affecte les agents pastoraux dans le monde, qui donne ces chiffres. Elle constate que l’Asie est le continent où les catholiques font le plus l’objet de persécutions, notamment en Inde dans l’Etat d’Orissa, au Sri Lanka ou aux Philippines. Outre Mgr Paulos Faraj Rahho, décédé à l’âge de 65 ans, 16 prêtres, 1 religieux et 2 volontaires laïcs ont été tués dans diverses circonstances.

Depuis un certain temps, le décompte des agents pastoraux tués dans l’exercice de leur mission fait par Fides ne concerne plus seulement les missionnaires «ad gentes» dans le sens strict du terme, mais tous les agents pastoraux, prêtres ou laïcs, décédés de mort violente, mais pas seulement «en haine de la foi». C’est pourquoi l’agence vaticane n’use plus le terme explicite de «martyrs», pour ne pas entrer dans le jugement que portera éventuellement l’Eglise sur les différents cas, et aussi, pour certains, étant donné le manque d’informations précises sur les circonstances de leur mort.

En Asie, un archevêque, 6 prêtres et une volontaire laïque ont été assassinés

Dans le bilan que dresse Fides, c’est l’Asie qui tient le premier rang, avec la mort violente d’un archevêque, de 6 prêtres et d’une volontaire laïque, tués en Irak, en Inde, au Sri Lanka, aux Philippines et au Népal. En Inde, parmi les prêtres tués, l’agence cite le cas de Don Bernard Digal, âgé de 45 ans, trésorier de l’archidiocèse de Cuttack-Bhubaneswar, dans l’Etat d’Orissa. C’est le premier prêtre catholique assassiné au cours de la campagne de violence antichrétienne en Orissa, qui a provoqué, selon les données fournies par la Conférence épiscopale indienne, des dizaines de morts, plus de 20’000 réfugiés accueillis dans des camps mis à disposition par le gouvernement, sans compter les 40’00 personnes qui ont fui le district de Kandhamal. 450 villages ont subi des violences, près de 5’000 maisons ont été détruites, sans parler de 236 églises et 36 de couvents, instituts et écoles religieuses sévèrement endommagés ou détruits. Au cours de ces violences, des prêtres et des pasteurs ont été frappés, une religieuse a été violée et humiliée publiquement.

Don Bernard a été agressé le 25 août, au début de la vague de violences antichrétiennes. Le Père Digal a été frappé à de nombreuses reprises et abandonné inconscient dans une forêt. Il a eu le temps de témoigner des violences subies, mais son état de santé s’est aggravé et le religieux n’a pas survécu à une opération chirurgicale deux mois plus tard.

Dans l’Etat indien d’Andhra Pradesh, c’est un prêtre des Carmes de Marie Immaculée (CMI), le Père Thomas Pandippallyil, âgé de 38 ans, qui a été attaqué le 16 août dernier à Mosalikunta, sur la route qui relie Lingampet à Yellareddy, à environ 90 km du chef lieu du district, non loin du village de Balampilly. Il se rendait dans un village pour dire la messe.

Climat croissant de violence contre les catholiques en Inde

Mgr Marampudi Joji, archevêque catholique de Hyderabad, capitale de l’Andhra Pradesh, a dénoncé un climat croissant de «violence contre les catholiques» en Inde. Il a qualifié le Père Thomas Pandippallyil de «martyr qui a sacrifié sa propre vie pour les pauvres et les marginalisés».

Il n’est pas mort en vain, «parce que son corps et son sang féconderont l’Eglise indienne, et en particulier celle de l’Andhra Pradesh». Il a nié avec force l’accusation portée par les fanatiques hindous de «prosélytisme» et de «conversions forcées» dont ils accusaient le Père Thomas, alors que l’Eglise ne fait que travailler au développement des zones les plus pauvres et les plus abandonnées du pays.

Dans l’Etat d’Uttarakhand, au nord de l’Inde, où le parti ultranationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP) entend promulguer une loi anti-conversion, ont été retrouvés sans vie les corps d’un prêtre catholique, le Père Samuel Francis, âgé de 60 ans, et d’une volontaire laïque, Mercy Bahadur, qui avaient choisi la vie d’ermites dans un «ashram», monastère hindou adapté à la tradition chrétienne. Selon la Conférence épiscopale de l’Inde, l’homicide semble être la conséquence d’une tentative de rapine.

En avril dernier, le Père Mariampillai Xavier Karunaratnam, curé de la paroisse de Vannivi’laangku’lam, militant des droits humains et promoteur du dialogue en faveur de la réconciliation, a trouvé la mort à Ambalkulam, dans le diocèse de Jaffna, au nord du Sri Lanka, dans une zone de guerre entre l’armée sri-lankaise et la guérilla des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE). Selon les LTTE, le prêtre a été tué quand des soldats gouvernementaux ont fait exploser une mine alors qu’il revenait de dire la messe à Wanni, une zone touchée par les combats entre rebelles tamouls et armée de Colombo.

Le Père Jesus Reynaldo Roda, des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée (OMI) a été abattu à Tabawan, aux Philippines, où il dirigeait une petite station missionnaire et menait des programmes d’enseignement et de dialogue interreligieux. Il a été tué par un groupe de voleurs pendant qu’il récitait le rosaire. Selon la Conférence épiscopale des Philippines, le prêtre âgé de 55 ans avait déjà reçu des menaces de la part de dissidents islamiques liés au groupe fondamentaliste Abu Sayyaf, mais il avait refusé une escorte armée.

La petite communauté catholique du Népal compte son premier prêtre assassiné, le salésien Johnson Moyalan, abattu par une groupe d’hommes armés qui avaient pénétré dans la mission de Sirsia, à quelque 15 km de la frontière avec l’Inde. Outre la vol, les observateurs se demandent aussi si un groupe d’extrémistes hindous opérant dans la zone, qui dans le passé avaient menacé les communautés chrétienne et musulmane, ne sont pas impliqués dans la mort de ce missionnaire indien âgé d’une soixantaine d’années. Il était né à Ollur, au Kerala, en 1948.

5 prêtres tués en Amérique latine

En Amérique latine, 5 prêtres ont été tués: 2 au Mexique, et 1 autre au Venezuela, en Colombie et au Brésil. Au Mexique ont été tués don Julio Cesar Mendoza Acuma, prêtre de 33 ans, décédé à l’hôpital suite à une agression subie dans sa maison paroissiale, et don Gerardo Manuel Miranda Avalos, âgé de 45 ans, abattu par balles à l’entrée de l’Institut «Fray Juan de San Miguel» dont il était le directeur.

On a trouvé dans son habitation de Caracas, au Venezuela, le corps du Père Pedro Daniel Orellana Hidalgo, âgé de 50 ans. Ligoté, il portait des signes de strangulation, et des objets personnels ont été volés. Le Père Jaime Ossa Toro, âgé de 70 ans, curé de la paroisse d’Emmaüs, dans la ville de Medellin, en Colombie, a été assassiné à coups de couteau mardi 13 août. Il était membre de l’Institut pour les missions étrangères de Yarumal. Au Brésil, le Père Nilson José Brasiliano, âgé de 44 ans, a été tué à coups de couteau dans l’Etat du Paraná. Il a été victime d’un vol et son corps a été jeté le long d’une route.

En Afrique, trois prêtres, un religieux et un volontaire laïc ont trouvé une mort violente au Kenya, en Guinée Conakry, au Nigeria et en République Démocratique du Congo. Deux prêtres ont trouvé la mort au Kenya: le Père Michael Kamau Ithondeka, vice-recteur du grand séminaire Mathias Mulumba de Tindinyo, et le Père Brian Thorp, des missionnaires de Mill Hill, retrouvé sans vie dans sa paroisse de Lamu, dans l’archidiocèse de Mombasa. Le Père Michael, né Kiambu, près de Nairobi, en 1966, a été abattu à un barrage illégal monté par une bande de jeunes armés sur la route Nakuru – Eldama, dans la vallée du Rift, tandis que le Père Brian, âgé de 77 ans, originaire du Derbyshire, en Angleterre, été apparemment victime de voleurs à main armée.

Frère Joseph Douet, 62 ans, des Frères de l’Instruction chrétienne de Saint-Gabriel, a été assassiné à Katako, en Guinée Conakry, dans le collège qu’il avait fondé. Il était originaire de Pin-en-Mauges, en France. Tandis qu’il était en prière, des voleurs l’ont ligoté et étouffé. Le Père John Mark Ikpiki, âgé de 43 ans, a été tué à Isiokolo, dans l’Etat du Delta, au Nigeria, à peu de distance du poste de police local, par des voleurs qui voulaient lui prendre sa voiture. En République Démocratique du Congo, c’est un volontaire laïc âgé de 52 ans, Boduin Ntamenya, originaire de Goma, au Nord Kivu, qui a été abattu alors qu’il travaillait dans une zone de guerre pour le compte de l’Ong italienne Voluntary Association for International Service (AVSI).

Des assassinats en Europe aussi

En Europe, deux prêtres jésuites ont été tués dans leur logement à Moscou, en Russie. Il s’agit des Pères Otto Messmer, supérieur de la région indépendante russe de la Compagnie de Jésus, né le 14 juillet 1961 à Karaganda, au Kazakhstan, et Victor Betancourt, né le 7 juillet 1966 à Guayaquil, en Equateur. Ce dernier était professeur de théologie à l’Institut de philosophie, théologie et histoire «Saint Thomas» de Moscou. La presse a annoncé la nouvelle de l’arrestation du meurtrier, qui a avoué. Il s’agit d’un psychopathe déjà connu des services de police.

Pour l’agence vaticane Fides, ce bilan n’est pas définitif, car il faudrait encore y ajouter la longue liste de personnes dont on n’aura peut-être jamais de nouvelles et qui paient, dans tous les coins de la planète, le fait d’être fidèles à leur foi chrétienne. Comme le pape l’a affirmé dans son audience générale du 5 novembre 2008, «le christianisme n’est pas la voie de la facilité, mais plutôt une ascension exigeante, illuminée par la lumière du Christ et sa grande espérance». «Il ne suffit pas de porter la foi dans notre coeur, nous devons la confesser et en témoigner avec notre bouche, notre vie, et rendre présente la vérité de la croix et de la résurrection dans notre histoire». (apic/fides/be)

31 décembre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 7  min.
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