De l’Asie du Sud-Est à l’Afrique, en passant par l’Australie
Gaza: Les bombardements israéliens font descendre partout les gens dans la rue
Jakarta/Dakar/Berne, 11 janvier 2009 (Apic) Partout dans le monde, de l’Asie du Sud-Est à l’Afrique, en passant par l’Australie et l’Europe, de grandes manifestations ont été organisées ce week-end pour dénoncer l’offensive israélienne contre Gaza. Depuis le 27 décembre dernier, on compte déjà près de 900 morts, dont bien plus d’un tiers de civils. Parmi eux, au moins 270 enfants.
Malgré une résolution de l’ONU appelant à un cessez-le-feu immédiat, Israël poursuit son offensive militaire à Gaza, tandis que le Comité international de la Croix Rouge (CICR) réclame un accès sans conditions aux blessés. Selon le CICR, la situation des civils «piégés» dans la bande de Gaza est de plus en plus précaire, et les bombardements incessants font empirer la situation sanitaire de la population. Le CICR révèle que beaucoup de centres de soins primaires ne fonctionnent plus.
Dans les pays musulmans d’Asie du Sud-Est, de nombreuses manifestations ont condamné les attaques israéliennes, notamment en Indonésie et en Malaisie, où des organisations musulmanes ont appelé au boycott des entreprises et des produits américains comme Starbucks et Coca-Cola. Les Etats-Unis sont conspués pour soutenir Israël tant matériellement que diplomatiquement. Même en Thaïlande, un pays très majoritairement bouddhiste, des centaines de musulmans ont protesté devant l’ambassade israélienne à Bangkok. Un porte-parole des organisations musulmanes du pays a mis en garde contre de possibles attentats pour répondre aux bombardements de Gaza. Il pourrait y avoir des «événements surprenants» partout dans le monde, a averti Mureed Teemasean, porte-parole des manifestants.
L’Afrique musulmane se mobilise contre l’offensive de l’armée israélienne à Gaza
L’Afrique musulmane se mobilise aussi pour les Palestiniens. Dans de nombreux pays où l’islam est la religion la pratiquée ou jouit d’une certaine influence, des manifestations de dénonciation des attaques israéliennes à Gaza ont eu lieu au cours de ces derniers jours. Les manifestants partout déplorent le silence de la communauté internationale et son inaction.
Au Sénégal, des étudiants d’une université musulmane à Pire, dans le nord du pays, ont invité l’Organisation de la conférence islamique (OCI) à convoquer d’urgence un sommet extraordinaire des quelque 52 pays membres, en vue d’adopter des «positions beaucoup plus fortes» qui n’excluent pas la rupture des relations diplomatiques avec Israël. Le président sénégalais Abdoulaye Wade assure la présidence en exercice de l’OCI depuis son dernier sommet à Dakar, en mars 2008. Les étudiants musulmans de Pire ont aussi lancé un vibrant appel à l’ONU pour faire cesser les massacres de l’Etat hébreu en Palestine.
Pour sa part, cheikh Mouhamadou Lamine Bara Mbacké, khalife général des mourides, l’une des plus grandes confréries musulmanes du pays, a condamné sans ambages l’intervention militaire israélienne à Gaza. Dans un communiqué, il a réclamé l’arrêt immédiat de ces massacres et une cessation des graves violations commises par Israël. En outre, il a exhorté l’armée israélienne et le mouvement palestinien Hamas à «respecter les droits de l’homme» et à «s’abstenir de tout acte de violence contre les populations innocentes de part et d’autre».
Le «silence coupable» des dirigeants musulmans
En Mauritanie voisine du Sénégal, des imams ont appelé lors de la prière du vendredi à une grande mobilisation en faveur de Gaza. De nombreux imams de mosquées de Nouakchott ont appelé les fidèles à plus de sacrifices en faveur du peuple palestinien, et à dépasser la condamnation verbale pour des actes beaucoup plus concrets, a rapporté l’agence nationale d’information (ANI, officielle). Selon l’ANI, l’imam de la grande mosquée de Nouakchott, Sidi Yahya, a critiqué l’attitude des dirigeants musulmans du monde qu’il a qualifié de «silence coupable».
Après la prière, des milliers de manifestants en colère se sont opposés aux forces de l’ordre qui les empêchaient d’accéder aux locaux de l’ambassade d’Israël en Mauritanie. En 2008, l’ambassade d’Israël avait été attaquée par des jeunes islamistes mauritaniens, a rappelé l’Agence de presse africaine (APA). Le gouvernement, par la voix de son premier ministre, Moulaye Ould Mohamed Leghdaf, n’exclut pas de rompre ses relations diplomatiques avec Israël, après avoir rappelé son ambassadeur. La Mauritanie entretient des relations diplomatiques avec Israël. «Tout est envisageable dans les relations entre Nouakchott et Tel-Aviv», a souligné le chef du gouvernement cité par APA.
Au Nigeria où l’islam est majoritaire dans 12 Etats du nord, des milliers de musulmans, à l’appel du mouvement des Frères musulmans ont manifesté à Kano contre l’offensive israélienne. Cette opération, ont prédit les manifestants, est le signe de la «fin du régime sioniste». Ils ont condamné Israël, les Etats-Unis, l’Europe et les pays arabes, ont rapporté le quotidien nigérian «Daily Trust» et un hebdomadaire local, «Weekly Trust». Le quotidien «Vanguard» a pour sa part rapporté que le gouvernement fédéral nigérian a plaidé pour une «résolution pacifique» des crises au Moyen-Orient.
Au Kenya, pays anglophone d’Afrique de l’Est où les musulmans, même minoritaires sont très actifs, la police a fait usage de grenades lacrymogènes, jeudi 8 et vendredi 9 janvier 2009, pour disperser des manifestants en colère. A ces manifestations dans les pays musulmans d’Afrique subsaharienne s’ajoutent celles organisées quasi-quotidiennement dans les pays d’Afrique du Nord. En Egypte, au Soudan, en Algérie et au Maroc, des rassemblements de protestations anti-israéliennes ont également eu lieu. Face à ces nombreux mouvements de protestations, l’ambassadeur d’Israël au Sénégal, Gideon Behar, a tenté de faire passer l’idée que l’offensive militaire de son pays à Gaza «n’est pas dirigée contre les musulmans».
Notons qu’en Suisse, plus de 7000 manifestants ont défilé samedi dans les rues de Berne en soutien à la population palestinienne. Membre de l’organisation «Voix juive pour une paix juste entre Israël et la Palestine», Guy Bollag a fait savoir que de nombreux juifs dans le monde étaient contre cette guerre, à l’instar d’autres militants juifs pour la paix, toutefois très minoritaires dans leur communauté. A Londres, Milan, Turin, Oslo, Stockholm, Copenhague, Athènes, Paris, Berlin et dans d’autres villes allemandes, des dizaines de milliers de personnes ont participé aux protestations.
Israël «ne doit pas courir au suicide simplement au nom des bons sentiments»
Pour sa part, le nouveau Grand rabbin de France Gilles Bernheim, interrogé par Europe 1 sur l’offensive israélienne contre Gaza, a estimé ce dimanche qu’Israël ne doit pas «courir au suicide simplement au nom des bons sentiments», estimant qu’Israël est «un Etat démocratique» qui «a le droit de se défendre». Il a repris à son compte la version du gouvernement israélien qui affirme que le Hamas se sert des civils palestiniens comme de simples «boucliers humains» ou bien «se réfugie dans des écoles pour tirer sur les Israéliens».
Israël a pourtant reconnu dimanche 11 janvier que, selon une enquête préliminaire, le tir sur une école sous la responsabilité de l’ONU était dû à une erreur de tir, l’école n’étant pas l’objectif visé. L’armée israélienne avait argumenté dans un premier temps que des tirs étaient partis de cette école, ce qui avait été fermement démenti par les responsables onusiens. (apic/kna/bbc/ibc/be)




