Vive critique d’un prélat qui fait autorité

Allemagne: Le cardinal Lehmann: Le Vatican a commis des fautes

Berlin, 2 février 2009 (Apic) Suite au scandale occasionné par la levée de l’ex-communion de 4 évêques traditionalistes, le cardinal Karl Lehmann, ancien président de la Conférence épiscopale allemande, a reproché à la commission compétente du Vatican d’avoir commis des fautes. Il a en même temps apporté son soutien à Benoît XVI: «Je suis désolé pour le pape, qui avait de bonnes intentions», a-t-il déclaré dans une interview au journal «Welt am Sonntag».

Le cardinal Lehmann reproche à la Commission «Ecclesia Dei», présidée par le cardinal colombien Dario Castrillon Hoyos, de ne pas s’être assez renseignée sur l’évêque Williamson. Selon le prélat allemand, l’évêque négationniste se serait déjà fait connaître par des propos problématiques sur d’autres thèmes, avant de développer ses propos sur l’holocauste. «La commission aurait dû avoir connaissance de ces faits», affirme le cardinal Lehmann. Manifestement, selon lui, les relations politiques et leurs imbrications ont trop peu été prises en considération au Vatican.

Le cardinal a contesté l’idée que le pape aurait rappelé au front des forces rétrogrades. Que la chose soit ainsi perçue à cause des paroles de Mgr Williamson est, pour Mgr Lehmann, «une mauvaise affaire». Selon lui, en ce qui concerne la communauté fondée par l’archevêque Marcel Lefebvre, il ne s’agit avant tout pas de questions d’ordre liturgique, mais d’ordre dogmatique. Il a critiqué le fait que jamais les traditionalistes ne se sont ralliés à l’explication que donne Vatican II de la liberté religieuse. Ils ont aussi rejeté le message selon lequel dans les questions de foi, il ne peut pas y avoir de pression et que l’Eglise renonce à avoir des prétentions dans le domaine du pouvoir séculier. Le cardinal a également rejeté les thèses de la Fraternité Saint Pie X selon lesquelles la revalorisation de la collégialité des évêques s’oppose à l’autorité du pape, et chaque tentative oecuménique est une trahison de la vérité.

Pas encore accommodé à la Révolution française

Le mouvement d’Ecône représente, pour l’ancien président de la Conférence épiscopale allemande, des positions politiques qui laissent songeur. Ses adhérents se situeraient en partie dans la tradition de l’Action française née vers 1900, mouvement radical et nationaliste qui s’est déclaré militant catholique, monarchiste et antisémite, et que dès 1914 déjà Pie X avait déclaré incompatible avec la religion catholique.

Dans ce milieu lefèbvriste, on ne se serait pas encore accommodé de la Révolution française. En se concentrant sur la liturgie latine, le petit groupe dissimulerait ses véritables intentions.

Selon ses propres termes, le cardinal Lehmann a déjà été sceptique sur ce mouvement lorsque, il y a vingt ans, l’actuel pape avait, comme préfet de la Congrégation de la foi, mené des transactions avec Marcel Lefebvre lui-même et que le fondateur de la Fraternité Pie X n’avait pas signé l’accord au dernier moment. «Je tenais la formulation selon laquelle au Concile il s’agissait plutôt de questions pastorales que de problèmes dogmatiques pour trop molle», a affirmé le prélat allemand.

Au sein de l’Eglise aussi il y a de la haine

Mgr Lehmann déplore qu’il y ait au sein de l’Eglise un «relativement grand sédiment d’antisémitisme et de xénophobie.» Quand il parlait, comme président de la Conférence épiscopale allemande, des relations entre Allemands et étrangers, ou de la relation de l’Eglise avec les juifs, les réactions étaient beaucoup plus nombreuses que pour les autres sujets. Elles étaient avant tout «en grande partie outrageuses». «Il y a là encore un grand réservoir d’aversion et de haine», a conclu le prélat. (apic/kna/pem/js)

2 février 2009 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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