Faire face à «l’arrogance du néolibéralisme»

Rome: «Caritas in veritate», une encyclique sociale qui vient de loin

Rome, 7 juillet 2009 (Apic) Publiée le 7 juillet 2009 après plusieurs mois de rédaction, l’encyclique sociale «Caritas in veritate» de Benoît XVI s’est longtemps fait attendre, au risque de décevoir. Au lendemain de la mort de Jean Paul II, en avril 2005, les cardinaux rassemblés à Rome évoquaient déjà la nécessité de publier un texte magistériel à caractère social, 18 ans après l’encyclique «Centesimus annus» du pape polonais (mai 1991).

Près de 120 ans après «Rerum Novarum» du pape Léon XIII (1878-1903), qui fonda la doctrine sociale de l’Eglise contemporaine, la 3e encyclique de Benoît XVI remonte ainsi aux jours qui précèdent son élection. Avant même l’ouverture du Conclave, lors des réunions préparatoires, plusieurs cardinaux avaient évoqué l’urgence de publier une encyclique à caractère social.

«Priorité de l’homme sur l’économie des chiffres»

Au lendemain de l’élection de Benoît XVI, le cardinal brésilien Geraldo Majella Agnelo, archevêque de Salvador de Bahia, avait ensuite confié que «la question du travail et de la priorité de l’homme sur l’économie des chiffres» serait un point crucial du pontificat de Benoît XVI. «Je m’attends à une intervention décisive dans les prochaines années. Cela peut prendre la forme d’un document, d’une encyclique, nous verrons cela», avait encore affirmé le cardinal Agnelo.

En mars 2006, le cardinal Karl Lehmann, alors président de la Conférence épiscopale allemande, avait publiquement souhaité que le pape publie rapidement une encyclique sociale, car il était «devenu nécessaire de défendre l’économie sociale du marché». Devant «l’arrogance du néolibéralisme», l’Eglise devait, selon le cardinal allemand, «prendre position». Le cardinal hondurien Oscar Rodriguez Maradiaga avait également fortement désiré que Benoît XVI signe bientôt une encyclique sociale, estimant qu’il était urgent de savoir «comment arriver à donner une dimension éthique à la vie économique dans le monde moderne».

Des annonces à répétition

Dès juin 2006, la presse italienne annonçait une encyclique sociale de Benoît XVI, alors programmée pour 2007. Initialement, elle était censée marquer – comme le veut la tradition – le 40e anniversaire de «Populorum progressio» de Paul VI, parue en mars 1967, et le 20e anniversaire de «Sollicitudo rei socialis» de Jean Paul II, parue en décembre 1987. Mais, en novembre 2007, c’est «Spe salvi» qui était publiée, une encyclique sur l’espérance chrétienne. On prévoyait alors la publication de l’encyclique sociale pour début 2008.

Dès mars 2008, le nom (tiré de l’incipit, les premiers mots) de l’encyclique a filtré: «Caritas in veritate». Cette fuite indique clairement que le texte était déjà bien avancé, au moins du côté du Conseil pontifical Justice et Paix, principal rédacteur de ce document magistériel.

Au Vatican, certains membres de la curie annonçaient alors la publication pour l’été 2008. En mai, le cardinal Tarcisio Bertone indiquait qu’elle ne serait pas publiée avant l’automne suivant. «L’encyclique est en phase d’élaboration, affirmait le secrétaire d’Etat, elle fait des allers-retours avec le bureau du pape qui ne veut pas répéter les lieux communs de la doctrine sociale de l’Eglise, mais veut apporter quelques éléments originaux conformément aux défis de notre époque».

Publication à la veille du sommet du G8

Puis, au Vatican, il a été précisé que le texte était revu et corrigé en raison de la crise économique survenue en 2008. En mars 2009, le cardinal Renato Raffaele Martino, président du Conseil pontifical Justice et Paix, indiquait que l’encyclique sociale était déjà prête, et prévoyait qu’elle serait publiée début mai. C’était sans compter les dernières corrections et les problèmes de traduction. Certains retards seraient ainsi à imputer à la traduction des quelque 160 pages de ce texte en latin ainsi qu’en de nombreuses autres langues, dont le chinois.

Le 29 juin 2009, Benoît XVI a annoncé personnellement que la publication de son encyclique était proche. Le 1er juillet, le Bureau de presse du Saint-Siège a annoncé que l’encyclique serait publiée le 7 juillet, à la veille du sommet du G8.

Benoît XVI a voulu un texte particulièrement soigné qui puisse répondre à la crise. Il a fait appel, pour cela, à des économistes comme Stefano Zamagni ou des experts d’éthique et de finance, comme le banquier Ettore Gotti Tedeschi, éditorialiste de L’Osservatore Romano sur les thèmes économiques et financiers. Il a aussi fait appel à son deuxième successeur à l’archevêché de Munich, expert en doctrine sociale au nom prédestiné, Mgr Reinhard… Marx ! (apic/imedia/ami/be)

7 juillet 2009 | 12:14
par webmaster@kath.ch
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