Pas «une question de religions», affirme le nonce apostolique

Pakistan: La «loi sur le blasphème» est manipulée par un groupe d’extrémistes

Lahore/Genève, 4 août 2009 (Apic) «Nous subissons la persécution en raison de cette loi que nous appelons ’loi sur le blasphème’», a déploré le nonce au Pakistan, Mgr Adolfo Tito Yllana, le 3 août 2009. Le représentant du Saint-Siège a fait ces déclarations 2 jours après le meurtre de 8 chrétiens des villages de Gojra et de Korian, dans le district de Toba Tek Singh, au Punjab.

Au Pakistan, la «loi sur le blasphème» est manipulée par des groupes fondamentalistes et extrémistes. Parmi les victimes brûlées vives le samedi 1er août par des fanatiques musulmans figurent un enfant de 7 ans et quatre femmes.

Dans ce pays à très forte majorité musulmane sunnite, l’accusation de profaner le Coran est passible de la peine de mort. «Nous savons tous ici, a-t-il poursuivi sur les ondes de Radio Vatican, que cette loi est utilisée précisément contre les minorités comme les chrétiens». Cependant, Mgr Adolfo Tito Yllana a affirmé qu’il ne s’agissait pas d’une question de religions, mais d’»un manque d’humanité d’un groupe qui veut assujettir un autre groupe».

«Toujours heureux et fiers d’être chrétiens»

«Nous souffrons et ce n’est pas la première fois, a déploré le nonce, mais nous serons toujours heureux et fiers d’être chrétiens». Saisissant souvent le même prétexte pour attaquer la minorité chrétienne du Pakistan, les fondamentalistes musulmans ont accusé des chrétiens d’avoir profané le Coran.

De son côté, Mgr Lawrence John Saldanha, archevêque de Lahore, a affirmé à l’agence catholique AsiaNews que les attaques contre les chrétiens sont des actions «préméditées». Il réclame une intervention plus décidée du gouvernement pour protéger la minorité chrétienne, contrainte de se «défendre toute seule». Pour protester contre ce nouveau pogrom antichrétien, les responsables chrétiens pakistanais ont annoncé la fermeture des écoles et des instituts chrétiens durant trois jours en signe de deuil.

Dans un communiqué publié lundi, le Conseil œcuménique des Eglises (COE) à Genève a lancé un appel au président pakistanais Asif Ali Zardari afin que l’Etat protège davantage les chrétiens suite aux pogroms du 1er août. L’assassinat de ces chrétiens dans le village de Gojra «confirme la crainte que le gouvernement ne parvient pas à assurer la protection de ses citoyens», affirme le pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du COE.

Samuel Kobia a estimé que ces assassinats et la destruction de dizaines de maisons appartenant à des chrétiens auraient pu être évités si la police et les forces de sécurité avaient été vigilantes et avaient pris des mesures à temps contre les groupes de militants islamistes qui ne cessent de menacer les minorités chrétiennes.

Le secrétaire général du COE a affirmé que les allégations de «profanation du Coran» étaient dénuées de tout fondement et il demande au gouvernement pakistanais de prendre les mesures nécessaires pour punir les coupables. Le COE rappelle qu’il s’agit du troisième incident de ce type en deux mois dans la région du Punjab. Profaner le Coran est passible de la peine de mort au Pakistan, où l’islam sunnite est la religion dominante. Les chrétiens, qui représentent moins de 3% de la population, dénoncent les lois anti-blasphème, qu’ils estiment instrumentalisées contre eux.

Les chrétiens invités à adopter un «profil bas»

Mgr Saldanha a pour sa part regretté que les chrétiens doivent se défendre tout seuls contre les attaques des fanatiques et leur a demandé de garder un profil bas afin que les extrémistes musulmans ne trouvent des «prétextes ultérieurs» pour commettre des violences sous des prétextes religieux. Actuellement, on assiste à un retour au calme dans la région, grâce notamment à l’intervention de l’armée. De son côté, la Commission «Justice et Paix», présidée par Mgr Saldanha, a demandé au gouvernement d’éradiquer les racines «à la base de l’intolérance religieuse dans le pays», en visant notamment la «loi sur le blasphème», qualifiée d’instrument qui crée «la haine et la division».

De telles attaques sanglantes ont déjà eu lieu contre les villages de Shanti Nagar, incendié en février 1997, et Sangla Hill, qui a subi le même sort en 2005. L’archevêque de Lahore voit derrière les dernières attaques la main du groupe extrémiste sunnite «Sipah-e-Sahabaha». (apic/imedia/asian/coe/be)

4 août 2009 | 12:19
par webmaster@kath.ch
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