Népal: Menaces de mort contre des prêtres catholiques proférées par des militants hindous
Quitter le pays le plus vite possible ou se préparer à mourir
Katmandou, 4 août 2009 (Apic) Plusieurs prêtres catholiques au Népal ont reçu des menaces de mort. Lors d’appels téléphoniques anonymes, des militants hindous leur ont intimé l’ordre de quitter le pays le plus vite possible ou de se préparer à mourir, annonce l’agence de presse catholique UcaNews basée à Bangkok.
Les auteurs de ces menaces ont dit appartenir à un groupe fondamentaliste hindou suspecté d’être à l’origine d’homicides et d’attentats sanglants. Les catholiques sont également fermes dans leur refus de payer des sommes d’argent réclamées par les fondamentalistes.
Le Père Pius Perumana, responsable du Centre pastoral Saint Jean-Marie Vianney à Godavari, qui a reçu ce type de menaces, a déposé plainte. Mais il ne semble pas depuis lors que les autorités aient pris des mesures de protection pour protéger le Centre pastoral. L’interlocuteur anonyme qui l’a menacé a dit appartenir à l’Armée de défense du Népal (Nepal Defense Army, NDA), un groupe extrémiste hindou dirigé par Ram Prasad Mainali.
Déjà plusieurs attentats sanglants
La NDA est accusée de l’assassinat du Père John Prakash et de l’attentat à la bombe le 23 mai dernier contre l’église de l’Assomption de Katmandou, qui a fait trois morts et une quinzaine de blessés graves. De telles menaces ont également été adressées aux religieux jésuites de l’école Saint-François Xavier, ou encore aux religieuses de l’école Sainte-Marie et aux Sœurs de la Charité de Nazareth de Baluwatar.
Fin juillet, ces mêmes menaces ont visé le Frère Benjamin Pampackel, supérieur de l’Ecole catholique Don Bosco à Lubhu, à quelques kilomètres de Katmandou, et le Père Lawrence Manivar, qui travaille à l’Ecole Saint-François Xavier. Les inconnus appelant au nom de la NDA lui ont dit de quitter le pays ou de faire face à la mort, «car le Népal doit être hindou et tous les chrétiens doivent s’en aller». Chirendra Satyal, du Bureau de presse catholique du Népal, dit ignorer quels sont les auteurs de ces appels anonymes, mais estime qu’il ne faut pas les sous-évaluer.
Le Père George Padingarakudyil, curé de l’église de l’Assomption à Katmandou, n’a pas reçu de menaces depuis l’attentat sanglant de mai dernier, mais son église est surveillée par la police armée. Il relève que les catholiques ne se sont pas laissé intimider et «nombre d’entre eux ont dépassé le traumatisme de l’attentat grâce à leur foi». Mgr Anthony Sharma, évêque du Népal, invite les catholiques de ce pays à la prudence et rappelle que les autorités népalaises ont été avisées de ce qui se passe. Les protestants ont eux aussi été l’objet de menaces.
Les menaces ne visent pas seulement les catholiques
En effet, les menaces des extrémistes ne visent pas seulement les catholiques, mais également les autres communautés chrétiennes du Népal. Un pasteur de l’Eglise protestante Gyaneshwor a confirmé avoir reçu des demandes d’argent de la part de groupes hindouistes et également des menaces de mort. «Mais nous ne pouvons pas abandonner notre mission et le pays», a-t-il déclaré à l’agence UcaNews sous couvert d’anonymat.
Le révérend Isu Jung Karki, pasteur de la «Spiritual Church» de Katmandou, a relevé pour sa part que Ram Prasad Mainali, chef de l’organisation clandestine NDA, a personnellement réclamé de l’argent auprès des membres du clergé. Mais son Eglise refuse de répondre à ce chantage menaçant. Suite à l’attentat à la bombe contre l’église de Notre-Dame de l’Assomption de Katmandou, la NDA avait exigé que les chrétiens présents dans le pays quittent le Népal sous peine de faire face aux «pires conséquences».
Certaines églises au Népal ont commencé à fouiller les sacs des personnes entrant dans leurs bâtiments ou utilisent des détecteurs de métal. A l’église de Notre-Dame de l’Assomption, la police est désormais déployée 24h sur 24h depuis l’attentat sanglant qui l’a visée. Des mouvements armés clandestins hindous refusent la laïcisation du pays entreprise après la chute du roi Gyanendra et veulent restaurer la «nation hindoue» avec l’appui de groupes fondamentalistes indiens. Selon l’annuaire catholique du Népal, il n’y a que 7’500 catholiques dans le pays. (apic/ucan/be)




