Pérou: Les populations indigènes d’Amérique latine sont toujours gravement discriminées

Mgr Strotmann dénonce la situation en Amazonie péruvienne

Lima/New York, 10 août 2009 (Apic) Les populations indigènes d’Amérique latine sont toujours gravement discriminées, dénonce Mgr Norbert Klemens Strotmann Hoppe, évêque de Chosica, au Pérou. La Journée internationale des peuples autochtones, célébrée lundi 10 août au siège des Nations Unies à New York, a pour thème cette année «Les peuples autochtones et le sida». A cette occasion, Mgr Strotmann Hoppe, un prélat originaire du diocèse de Münster, a déclaré sur les ondes de Radio Vatican que les peuples indigènes n’ont de loin pas tous aujourd’hui des raisons de fêter.

De nombreux Etats, et parmi eux le Pérou, ignorent les conventions et traités internationaux pour la protection des populations indigènes qu’ils ont pourtant signés. En juin dernier, la police péruvienne s’est affrontée aux communautés indigènes dans la province de Bagua, département d’Amazonas, faisant des dizaines de victimes des deux côtés. Les populations indigènes de l’Amazonie péruvienne se battent contre 11 décrets législatifs, attentatoires à leurs droits et à la survie de la forêt amazonienne, et contre les concessions faites par le gouvernement aux multinationales du pétrole, aux entreprises minières et à l’agro-industrie en mains étrangères.

Interrogé par Radio Vatican sur l’origine de ce conflit qui perdure en Amazonie, Mgr Norbert Klemens Strotmann Hoppe relève que nombre de ces communautés indigènes essayent depuis plusieurs décennies d’obtenir des titres de propriété sur les terres où ils vivent. Ils ne peuvent en obtenir de l’administration et soudain un pool d’investisseurs arrive avec ces fameux titres de propriété.

Les Indios privés de leurs terres ancestrales par les multinationales

Ces investisseur disent: «Ce qui était ici autrefois à vous est désormais à moi, j’ai le titre!». L’évêque de Chosica souligne qu’il y a bien les problèmes écologiques et le changement climatique, mais face à la crise économique, il semble bien que les investissements dans ces domaines soient très profitables… «Pensez qu’entre-temps au Brésil, les biocarburants sont devenus très lucratifs».

Le prélat d’origine allemande rappelle que la ceinture amazonienne – «sept millions de km2!» – contient 20% de l’eau douce disponible en dehors des réserves sous forme de glaces. Un tiers des réserves forestières mondiales et des quantités inimaginables de matières premières que l’on a pas encore découvertes se trouvent en Amazonie, qui abrite également la plus riche biodiversité sur terre: 30% de toutes les espèces de flore et de faune y vivent. «Ce qui explique que les intérêts économiques y soient particulièrement importants!»

Les peuples indigènes utilisent les ressources de la forêt de façon durable

Alors que les peuples amazoniens utilisent les ressources de la forêt amazonienne de façon durable, le gouvernement du président Alan Garcia propage un modèle de développement néo-libéral à travers une exploitation privée du pétrole, des bois précieux et des ressources du sous-sol par le biais d’entreprises multinationales, relève Radio Vatican. Qui demande à l’évêque où l’Eglise se situe dans ce conflit.

«L’Eglise, souligne Mgr Strotmann Hoppe, est là dans une situation très délicate. Nous devons toujours nous engager pour les personnes, pas seulement pour l’écologie, d’abord pour les gens, pour la survie de l’humanité. Là, on a souvent de mauvaises cartes en main, car dans le système économique libéral, la presse est également libérale. Cela signifie que celui qui a de l’argent a également ’la vérité’ de son côté en ce qui concerne la politique d’information. En tant qu’Eglise, nous sommes là assez seuls, mais pas tout à fait. Car il y a de nombreuses ONG, d’Amnesty International jusqu’à de plus petites organisations qui se préoccupent beaucoup de ces problèmes, également l’ONU. Mais on a peu d’influence sur la politique concrète». L’évêque de Chosica souligne que la Conférence épiscopale espère naturellement que l’on reste raisonnable car la confrontation a déjà débordé, ce qui fait réfléchir.

L’évêque de Chosica insiste que depuis les temps de la colonisation, la discrimination est toujours restée présente et ce ne sont que des minorités qui occupent les positions dominantes dans l’économie. «Nous avons cependant la chance au Pérou que pendant la dictature militaire du général Velasco, un dictature populiste de gauche de 1968 à 1975, on a fait reculer la discrimination. Ce gouvernement a fait beaucoup pour la reconnaissance des Indios. Mais ce que l’on ne voit pas dans la politique internationale, c’est qu’actuellement tout le secteur de la campagne en Amérique latine s’est transféré dans les villes, étant donné le fossé entre la ville et les campagnes. Ces 40 dernières années, la population des campagnes a en grande partie émigré dans les villes, et elle vit souvent dans une grande pauvreté, mais pas dans la même misère que ceux qui sont restés sur les hauts-plateaux». RV/JB

Encadré

Message du Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon

Les peuples autochtones du monde entier – 370 millions de personnes vivant dans 70 pays – sont les gardiens des zones où la diversité biologique est la plus grande sur terre. Les langues qu’ils parlent constituent la majorité des langues existant dans le monde, et leurs connaissances traditionnelles, leur diversité culturelle et leurs modes de vie durables apportent une contribution inestimable au patrimoine commun de l’humanité.

L’adoption de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones par l’Assemblée générale, en 2007, a marqué un tournant dans la lutte des peuples autochtones pour la justice, l’égalité des droits et le développement. Des mesures bienvenues ont aussi été prises récemment au niveau national; certains gouvernements ont présenté leurs excuses aux peuples autochtones pour les injustices passées, d’autres ont fait progresser des réformes législatives et constitutionnelles.

Néanmoins, les peuples autochtones continuent de faire partie des populations les plus marginalisées, souffrant de façon disproportionnée de la pauvreté et d’un accès insuffisant à l’enseignement. Nombre d’entre eux sont victimes quotidiennement de la discrimination et du racisme. Trop souvent, leurs langues subissent des restrictions ou sont menacées d’extinction, tandis que leur territoire est sacrifié pour l’exploitation minière ou la déforestation.

Les peuples autochtones tendent aussi à pâtir de mauvais états de santé liés à la pauvreté, à la malnutrition, à la contamination de l’environnement et à des soins de santé inadéquats. Cela étant, la célébration de la Journée internationale cette année met l’accent sur la menace du VIH/sida. Il est essentiel que les peuples autochtones aient accès à l’information et aux infrastructures nécessaires pour la détection, les traitements et la protection.

Des progrès insuffisants dans le secteur de la santé, en particulier, reflètent un écart persistant et important dans nombre de pays entre la reconnaissance officielle des droits des peuples autochtones et la situation réelle sur le terrain. En cette Journée internationale, je lance un appel aux gouvernements et aux sociétés civiles pour qu’ils agissent avec diligence et détermination pour combler cet écart, en collaboration complète avec les peuples autochtones. C0m/JB

Encadré

Emeutes en Amazonie péruvienne: l’Eglise rejette les accusations du gouvernement

Le président de la Conférence épiscopale péruvienne a déploré les accusations portées par le ministre péruvien de la Justice contre un membre de l’Eglise catholique. Ce dernier a été présenté, devant un comité de l’ONU à Genève, comme l’instigateur des affrontements sanglants de juin dernier en Amazonie péruvienne, des accusations dénuées de tout fondement selon l’épiscopat. Lors de ces événements, au contraire, l’Eglise s’était activée pour renouer les contacts entre les indiens rebelles et les autorités. Le Premier ministre avait même demandé l’appui des évêques pour résoudre la crise. Des collectivités indiennes avaient lancé une série de manifestations pour protester contre un accord conclu par le gouvernement sur l’exploitation des ressources minières, forestières, pétrolières et hydriques de la région. Les incidents, qui ont fait plusieurs morts, ont éclaté quand la police est intervenue pour libérer une route et un oléoduc bloqués par les manifestants. (apic/rv/be)

10 août 2009 | 11:43
par webmaster@kath.ch
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