Tchad: Pillage systématique des ressources naturelles du pays: les évêques au créneau

L’Eglise doit dénoncer l’exploitation du sol africain

N’Djamena, 5 octobre 2009 (Apic) Une intervention de l’Eglise sur la question de l’exploitation des ressources naturelles de l’Afrique, dont les recettes reviennent aux gouvernants et aux multinationales sans nullement profiter au développement des régions et des populations riveraines, sera sollicitée par les évêques du Tchad pendant l’Assemblée synodale sur l’Afrique.

Dans un mémorandum signé par Mgr Michele Russo, évêque de Doba, et Mgr Edmond Djitangar, évêque de Sarh, cité par Misna, les évêques mettent l’accent sur «la situation de paradoxe où les ressources naturelles sont immenses et les conditions de vie des populations sont déplorables», commune à de nombreux pays du continent.

«Peut-être est arrivé le moment d’une intervention de l’Église Catholique en faveur de l’Afrique. Nous assistons encore à la difficulté de l’Afrique de se mettre debout et à être acteur de son développement», écrivent-ils, tout en dénonçant «le pillage et le vol systématique de ses matières premières et de ses énormes richesses de son sous-sol, de ses énormes richesses forestières, de son élevage et de son agriculture» par les États-Unis, l’Europe et l’Asie.

Faisant plus particulièrement référence au cas du Tchad et de ses gisements pétroliers, les évêques déplorent que «les intérêts personnels et de partis ont prévalu sur les intérêts du bien commun». Selon les prélats, on ne voit pas la sortie de ce tunnel dans lequel le pays s’est engouffré».

Depuis 2003 que le pétrole est extrait dans le Sud du Tchad, poursuivent les évêques, «personne, ni au niveau du gouvernement, ni au niveau de l’administration locale ne semble connaître combien de barils sortent chaque jour du sous-sol de Kome. On parle de 220’000 barils par jour, de 240’000, 250’000, 300’000 barils par jour ! Le projet pétrole initial et signé parlait de 300 puits, aujourd’hui tout le monde murmure que nous sommes arrivés à 1000-1500 puits. La compagnie continue à forer des puits dans toute la zone, mais personne n’ose réagir pour voir réellement ce qui se passe. Un simple calcul suffit pour se rendre compte que nous sommes face à une énormité de revenus qui sont pillés».

Si «la population de la zone pétrolière vivait dans la pauvreté, maintenant elle vit dans la misère !», s’insurgent les évêques, qui précisent que les recettes issues de l’extraction du pétrole n’ont pas contribué à faire reculer la pauvreté mais ont plutôt servi à alimenter le trafic d’armes et les conflits, tandis que les compagnies pétrolières «ne respectent pas les droits de la population riveraine».

Malgré ses richesses, le Tchad fait actuellement partie des 10 pays les plus pauvres de la planète, avec 54% de sa population en-dessous du seuil de pauvreté, 1% ayant accès à l’électricité et 29% à l’eau potable. (apic/misna/pr)

5 octobre 2009 | 14:13
par webmaster@kath.ch
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