«Que cessent les violences sous le couvert de la religion»
Pakistan: Campagne contre la dangereuse loi pakistanaise sur le blasphème
Rome, 3 novembre 2009 (Apic) La loi pakistanaise sur le blasphème – qui prévoit la prison voire la peine de mort pour celui qui offense le Coran ou Mahomet – doit être abolie. «C’est un instrument pour éliminer les minorités religieuses», dénonce AsiaNews à Rome. L’agence de presse catholique italienne lance ces jours-ci une campagne de sensibilisation pour supprimer ces dispositions légales qui sont la cause de la mort d’au moins 50 chrétiens au Pakistan depuis 2001.
Cette loi d’un autre âge qui est souvent utilisée pour dépouiller les minorités religieuses de leurs biens, a déjà provoqué la destruction de villages entiers et détruit des familles en «légalisant» les violences contre les non musulmans. Au Pakistan même, des voix s’élèvent, dans les milieux chrétiens mais aussi musulmans, pour que cette loi soit supprimée et que cessent les violences visant les minorités religieuses sous le couvert de la religion.
Les non musulmans, des citoyens de seconde classe
97% de la population pakistanaise, qui compte près de 150 millions d’habitants, est musulmane, et moins de 3 millions sont chrétiens. Les membres des minorités hindoues, chrétiennes, sikhs ou ahmadies sont considérés comme des citoyens de seconde classe.
Robert Fanish Masih, un chrétien d’une vingtaine d’années originaire du village de Jaithikey, n’est que la dernière victime chrétienne de cette loi en vigueur au Pakistan depuis 1986. La loi sur le blasphème punit sévèrement celui qui profane le Coran ou porte atteinte à la figure du prophète Mahomet. Il suffit d’être accusé par une seule personne pour être arrêté et éliminé, rappelle AsiaNews. «Les auteurs de violences contre les minorités religieuses, sous prétexte de cette loi, peuvent rester souvent impunis et protégés grâce à la connivence des forces de police et des fonctionnaires du gouvernement».
Venant de Jaithikey, non loin de la ville de Samberial, dans le district de Sialkot, au Penjab, Robert Fanish Masih a été arrêté le 12 septembre dernier. Il a été accusé de blasphème. La veille du 12 septembre, une foule de musulmans s’était rassemblée près de l’église locale, qu’ils ont endommagée avant de l’incendier. Les émeutiers ont encore saccagé deux habitations situées à côté de l’église. Le jeune homme était accusé d’avoir «provoqué» une fille en prenant un Coran qu’elle tenait dans ses mains et de l’avoir jeté au loin.
Fanatisme «religieux»
En fait, c’est la relation entre ce jeune chrétien et la fille musulmane qui a déchaîné la colère des fondamentalistes musulmans. Un des témoins qui a accusé Fanish est en fait la mère de la jeune fille. Le Père Emmanuel Yousaf Mani, directeur de la Commission nationale pakistanaise «Justice et Paix» de l’Eglise catholique (NCJP) a déclaré que les fondamentalistes «ne supportent pas qu’une fille musulmane tombe amoureuse d’un chrétien».
La nuit du 12 au 13 septembre dernier, Robert Fanish Masih est mort en prison des suites des violences subies. Il avait de profondes blessures à la tête provoquées par un objet tranchant et montrait des signes de torture. Peu après la découverte du cadavre dans la prison, Waqar Ahmad Chohan, officier de police du district de Sialkot, a déclaré que Fanish s’est «suicidé dans sa cellule». Cette thèse a été fermement démentie par les leaders chrétiens qui ont vu le corps avant qu’il ne soit enterré. Nadeem Anthony, membre de la Commission nationale des droits de l’Homme (HRCP), a tout de suite dénoncé un nouveau cas de «meurtre légalisé». Lors des funérailles au cimetière catholique de Sialkot, la police a chargé la foule des fidèles et a procédé à des arrestations.
Une longue liste de méfaits à cause de la loi sur le blasphème
Ce cas n’est que le dernier en date des graves troubles provoqués par cette loi utilisée contre les chrétiens, note AsiaNews. Le 30 juillet dernier, une foule de 3’000 musulmans a ainsi attaqué et incendié des villages de Koriyan pour soi-disant punir un cas supposé de blasphème. Le 1er août dernier, des fanatiques musulmans ont attaqué le village de Gojra, tuant 7 personnes, dont des femmes et des enfants, brûlés vifs. L’histoire du Pakistan, ces dernières décennies, est pleine d’attaques contre les églises et les villages chrétiens provoqués par des accusations de blasphème montées de toute pièces: Kasur, en juin 2009, Tiasar (Karachi), en avril 2009, Sangla Hill, en 2005, Shantinagar, en 1997.
Le mois dernier, à la Chambre basse du parlement pakistanais, Sherry Rehman, ancienne ministre de l’information, et Jameela Gilani, tous deux de confession musulmane, ont demandé l’abrogation de la loi sur le blasphème. Les 12 et 13 décembre prochain, l’International Minorities Alliance (IMA), une organisation d’inspiration chrétienne, met sur pied une conférence internationale sur les minorités» à Lahore pour discuter de l’avenir du Pakistan et de ses minorités.
«Le Pakistan, né de fait comme Etat laïc défendant toutes les communautés ethniques et religieuses, est devenu peu à peu une République islamique qui tue les minorités, même celles qui sont les plus dévouées à la construction du pays», s’inquiète AsiaNews dans sa campagne pour l’abolition de la loi sur le blasphème. Pour l’agence catholique, «l’abolition de cette loi et de toutes celles contre les minorités est une voie vers un vrai progrès de toute la population pakistanaise». (apic/asian/be)




