Suisse: Le créationnisme reste extrêmement marginal parmi les Helvètes
L’évolutionnisme séduit la grande majorité des Suisses
Lausanne, 10 novembre 2009 (Apic) La publication de «L’Origine des Espèces» par Darwin, en novembre 1859, marque un tournant dans les sciences naturelles en proposant le nouveau paradigme de l’évolution des espèces. En Suisse, l’évolutionnisme brille par sa fécondité et les milieux scientifiques se préparent à la célébration des 150 ans de cet ouvrage et les 200 ans de la naissance de Darwin. Ailleurs en Europe, des velléités d’enseigner le créationnisme comme une alternative à la théorie de l’évolution se font de plus en plus pressantes, dans les rangs évangéliques notamment. Analyse du phénomène avec Jörg Stolz, sociologue des religions à l’Université de Lausanne.
Si le créationnisme a le vent en poupe dans les pays anglo-saxons et dans certains pays européens, il n’en est pas ainsi pour la Suisse, relève Jörg Stolz. La raison est à chercher notamment dans le caractère laïc des écoles. «La théorie de l’évolution est enseignée dans les écoles publiques et, de par le caractère laïc de ces dernières, la théorie de la création ne fait pas partie des manuels scolaires», analyse le sociologue des religions.
Les tentatives des mouvements créationnistes d’introduire dans les cours de sciences la théorie créationniste restent pour l’heure infructueuses. Pendant ce temps c’est bel et bien la théorie de l’évolution qui est enseignée et apprise par les écoliers.
Velléités d’enseigner le créationnisme comme alternative à la théorie de l’évolution
Contrairement à la situation aux Etats-Unis, le créationnisme en Suisse est un phénomène extrêmement marginal, affirme le professeur Stolz qui précise cependant que le courant semble se maintenir, surtout sous l’impulsion des milieux américains.
Il faut, à ses yeux, distinguer trois niveaux au sein de ce mouvement: d’abord les vrais créationnistes militants qui sont très peu nombreux. Ensuite, une certaine partie des membres, issus majoritairement des Eglises évangéliques libres auxquelles s’ajoutent certains catholiques, juifs ou musulmans qui croient très fortement à la création sans pour autant militer pour cette croyance. Enfin, le chercheur parle d’une grande partie de la population qui connaît relativement peu ou pas la théorie de l’évolution et qui se dit qu’il doit y avoir une force surnaturelle, qui est l’auteur de tout ce qui nous entoure. «Ici, les gens voient la toute puissance de Dieu».
Le directeur de l’Observatoire des religions ne cache pas son admiration pour les deux courants. «Je les trouve fascinants. La théorie de l’évolution me paraît une excellente discipline scientifique. J’ai du un vif intérêt pour son étude. Il en est de même pour le créationnisme. Ce n’est pas une théorie scientifique mais une réaction religieuse à la théorie de l’évolution. Elle essaie de nier l’évidence scientifique. Pour un sociologue des religions, ce phénomène devient formidable à étudier et analyser».
Une théorie de moins en moins contestée
Par ailleurs, l’analyste attribue le succès de la théorie de l’évolution à sa fécondité scientifique. «C’est plus qu’une idéologie», poursuit notre interlocuteur pour qui c’est une théorie bien construite qui explique beaucoup plus de faits que des théories alternatives. Et Jörg Stolz de faire remarquer que la théorie est devenue tellement forte qu’elle fait aujourd’hui partie intégrante du paradigme principal de la biologie. «Dans ses grandes lignes, elle n’est plus vraiment contestée au sein du milieu scientifique», tient-il à ajouter.
Cela ne signifie pas que la querelle entre fidèles et opposants soit close. Les évolutionnistes pensent que la vie est une et qu’elle a évolué par des mécanismes de variation et de sélection et qu’elle est sans finalité, que tous les organismes vivants (plantes et animaux) sont donc apparus par chance. «L’homme est alors un animal hautement évolué, mais rien d’autre».
Dieu, un moteur déclencheur de la vie
Les créationnistes, par contre, croient effectivement que le récit biblique de la Genèse est historiquement correct et que Dieu a créé le monde ainsi que toutes les espèces, dont l’homme. Il existe plusieurs types de créationnistes qui se distinguent notamment en fonction de la lecture qu’ils font de la Genèse.
Pour certains courants, le texte biblique doit être pris au pied de la lettre. Ce faisant, ils pensent que le monde a été créé par Dieu en 6 jours il y a quelques 6’000 ans, tandis que pour d’autres, la terre est vieille de 60’000 ans. «Quelle que soit la manière de dater le récit biblique, Dieu reste l’unique créateur».
Ensuite, les créationnistes se différencient également au niveau des concessions qu’ils font aux découvertes de la science: soit ils les rejettent en bloc, soit ils les intègrent dans leur compréhension tout en les adaptant à leur propre vision. «Le courant de l’’Intelligent Design’ qui s’est surtout développé à partir des années 1990 est très intéressant pour cela. Il défend largement les avancées de la science et accepte l’idée d’évolution tout en plaçant Dieu comme une force surnaturelle, un comme moteur déclencheur de la vie. Les défenseurs du courant refusent ainsi la notion de hasard», relève encore le professeur Stolz. (apic/dng/be)




