Fribourg: Les Eglises et la Communauté israélite disent non à l’initiative anti-minarets

Non à l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques

Fribourg, 13 novembre 2009 (Apic) Les représentants de l’Eglise catholique, de l’Eglise réformée et de la Communauté israélite du canton de Fribourg ont dit non vendredi 14 novembre à l’initiative populaire islamophobe émanant des rangs de l’UDC (Union démocratique du Centre) et de l’UDF (Union démocratique fédérale) regroupés au sein du «Comité d’Egerkingen». Ils déclarent rejeter «fermement et unanimement l’initiative populaire ’contre la construction de minarets’».

«Tout être humain est une créature de Dieu: cette conviction est commune au christianisme, au judaïsme et à l’islam. La dignité nous commande de faire preuve de respect et de tolérance vis-à-vis des convictions d’autrui. Cette exigence, qui fait partie de nos devoirs en tant qu’êtres humains, est le fondement de la paix religieuse», écrivent les Eglises et la Communauté israélite dans leur communiqué commun signé par l’abbé Marc Donzé, vicaire épiscopal, le pasteur Daniel de Roche, président du Conseil synodal de l’Eglise Evangélique-réformée du canton de Fribourg, et Claude Nordmann, président de la Communauté israélite du canton de Fribourg.

La religion est intimement liée à l’être humain et à sa culture, et la liberté de croyance constitue une liberté individuelle fondamentale. Chaque personne doit être libre de vivre sa foi et de la célébrer individuellement ou en communauté ainsi que de l’exprimer au sein de la société dans le respect de l’état de droit, estiment les signataires. «La construction de lieux de culte qui répondent aux critères de chaque communauté religieuse fait partie intégrante de cette liberté confessionnelle».

La diversité culturelle et religieuse fait partie intégrante de l’identité de la Suisse et les règles qui permettent aux différentes communautés de vivre ensemble sont le fruit d’une longue évolution historique: «le respect des libertés individuelles est en effet au cœur de l’idée que l’on se fait, dans notre pays, de la démocratie», poursuivent-ils.

Liberté en terre d’islam: ne pas répondre à une injustice par une nouvelle injustice

Pour les instances religieuses signataires, ces libertés individuelles, garanties par la Constitution fédérale, sont un principe intangible, grâce auquel il est possible de vivre ensemble de manière pacifique et dans le respect mutuel. L’intégration de la communauté islamique ne constitue qu’un nouveau défi qui vient s’ajouter à ceux que la Suisse a dû relever tout au long de son histoire.

Ils estiment également que le droit de construire des mosquées et des minarets en Suisse ne saurait être subordonné à la question de l’égalité de traitement des chrétiens et des juifs avec les musulmans dans les pays islamiques. «Nous trahirions là nos principes et nos valeurs. L’injustice doit être dénoncée, qu’elle se produise chez nous ou dans d’autres pays et sociétés. Mais on ne peut pas y répondre par une nouvelle injustice».

Cette initiative met en péril la cohésion sociale

L’initiative populaire «contre la construction de minarets» est contre-productive aux yeux des communautés religieuses fribourgeoises: «elle empêche le dialogue au lieu de l’encourager et instrumentalise la religion à des fins politiques. Elle suscite la méfiance entre les différents groupes de population dans notre pays et nuit ainsi à la cohésion de la société». Et les signataires de lancer ensemble un appel en faveur de mesures concrètes pour promouvoir l’intégration de la communauté musulmane en Suisse et plus particulièrement dans le canton de Fribourg. La création de possibilités de rencontre et de dialogue à tous les niveaux est un aspect important de cette démarche.

Ils estiment encore que l’initiative populaire «contre la construction de minarets» est discriminatoire. En marginalisant une communauté religieuse, elle met en péril la cohésion sociale et la cohabitation pacifique des religions dans notre pays. «Nous restons cependant lucides face au danger de l’extrémisme religieux et prenons au sérieux les inquiétudes de la population qui craint la propagation en Suisse d’idées extrémistes étrangères à sa mentalité. Mais loin de résoudre les problèmes, une interdiction des minarets génère chez les musulmans en Suisse un sentiment d’exclusion et de discrimination». (apic/com/be)

13 novembre 2009 | 09:29
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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