Suisse: Vers l’ouverture d’un nouveau front anti-islamiste, les cimetières religieux ?
Lettre de Sami Aldeeb à tous les parlementaires suisses
Saint-Sulpice, 30 novembre 2009 (Apic) A peine l’initiative contre les minarets lancée par les partis de droite UDC et UDF (Union démocratique fédérale) a été plébiscitée ce dimanche par le peuple suisse (57,5% de oui), qu’un autre combat est lancé: celui des cimetières religieux. Le juriste Sami Aldeeb milite pour leur interdiction dans une «lettre à tous les parlementaires suisses».
«Il faut ouvrir tous les dossiers en rapport avec les normes islamiques. Il est impératif à cet égard de lancer une nouvelle initiative contre les cimetières religieux qui sont basés sur un principe raciste: refus de se faire enterrer à côté d’un mécréant», écrit lundi 30 novembre Sami Aldeeb Abu-Sahlieh, un Suisse d’origine palestinienne, expert en droit arabe et musulman.
«Les cimetières religieux sont basés sur un principe raciste»
Il lance lundi un appel à tous les partis politiques suisses afin qu’ils adoptent la proposition publiée sur son site internet:www.sami-aldeeb.com/articles/view.php?id=412. Il s’agit de mettre en vigueur un projet de loi fédérale de 1880 interdisant tout cimetière religieux sur le territoire suisse et toute ségrégation entre les morts sur la base de la religion. «J’invite tous les partis politiques suisses à adopter cette proposition», écrit-il en estimant que les cimetières religieux sont basés sur des principes discriminatoires.
Sami Aldeeb a quitté en début d’année son poste de responsable du droit arabe et musulman à l’Institut suisse de droit comparé (ISDC) à Lausanne, fonction qu’il occupait depuis 1980. Professeur invité aux universités de Strasbourg, d’Aix-en-Provence et de Palerme, il a créé un Office de consultation et de traduction pour le droit arabe et musulman et les relations entre les Musulmans et l’Occident. (Cf. Centre de droit arabe et musulman, www.sami-aldeeb.com). JB
Encadré
Lancement d’une initiative contre les cimetières religieux
Avant 1874, les cantons avaient des cimetières catholiques, protestants et juifs, les uns refusant de se faire enterrer chez les autres, souligne Sami Aldeeb. «Les catholiques, surtout, refusaient d’enterrer dans leurs cimetières les non-baptisés, les apostats, les suicidés, les excommuniés, etc.». Les juifs aussi refusaient, et refusent toujours – avec des exceptions -, de se faire enterrer avec les autres. «Et si certains permettent d’enterrer un non-juif près de son conjoint juif, ils lui interdisent tout signe ou cérémonie non-juifs. Ils refusent aussi d’y enterrer un juif non circoncis, sauf si on le circoncit après sa mort».
Pour mettre fin au conflit entre catholiques et protestants, l’article 53 al. 2 de l’ancienne constitution suisse de 1874, en vigueur jusqu’au 31 décembre 1999, stipulait: «Le droit de disposer des lieux de sépulture appartient à l’autorité civile. Elle doit pourvoir à ce que toute personne décédée puisse être enterrée décemment». En vertu de cet article, tout décédé, y compris le suicidé et le non-baptisé, a le droit de se faire enterrer décemment, indépendamment de sa religion. Le Conseil fédéral était chargé de veiller au respect de cette décence par les cantons. Dans ses décisions, le Conseil fédéral n’a pas exclu la présence de cimetières privés à caractère confessionnel, cimetières que les cantons pouvaient accepter ou refuser de créer. Mais il aspirait à parvenir progressivement à une unification des cimetières, sans barrière religieuse, estimant «qu’un cimetière commun, sans distinction de confession, était certainement le système le plus conforme à l’égalité des citoyens et le meilleur de tous pour tempérer les contrastes religieux dans la vie».
Aujourd’hui, ni les catholiques ni les protestants ne disposent de leurs cimetières propres, écrit Sami Aldeeb. «Les seuls qui en ont encore sont les juifs, certains obtenus après 1874. A notre connaissance aucun cimetière juif n’est devenu un cimetière commun. Les non-juifs ne peuvent pas s’y faire enterrer alors que des juifs peuvent se faire enterrer dans des cimetières qui relevaient jadis des paroisses catholiques ou protestantes».
Revendications musulmanes dans le collimateur
Le débat sur les cimetières a été rouvert avec la communauté musulmane qui est passée de 16’353 en 1970 à 310’807 en 2000 sans compter les sans-papiers. «Cette communauté, invoquant la présence des cimetières juifs, veut remettre en question l’unification des cimetières. Elle est appuyée par la Commission fédérale contre le racisme, des professeurs de droit, d’éminents juristes et juges fédéraux, les Eglises catholique et protestantes et des responsables politiques qui ignorent tout du droit musulman et ne font souvent que répéter les arguments des musulmans en Suisse, sans vérification», estime le juriste d’origine chrétienne. «Plusieurs cantons ont déjà cédé aux revendications musulmanes qui ne sont que le prélude à d’autres revendications comme le port du voile et de la burqa, le refus de participation aux cours de natation, le refus de se faire soigner par des non-musulmans, l’abattage rituel, etc.».
Afin de mettre fin au débat autour des cimetières religieux, Sami Aldeeb propose aux partis politiques le lancement d’une initiative populaire visant l’interdiction des cimetières religieux. C’est un combat que le juriste suisse d’origine palestinienne mène depuis de nombreuses années déjà, mais que le résultat de la votation populaire de dimanche remet au goût du jour. Ceci au grand dam des Eglises tant catholiques que réformées de Suisse, pour qui le dialogue interreligieux est une priorité dans une société toujours davantage pluriconfessionnelle. Le Conseil synodal de l’Eglise protestante vaudoise, à Lausanne, a d’ores déjà annoncé qu’il «combattra toute initiative qui profiterait de (cette) brèche» ouverte dimanche. (apic/be)




