Lausanne : L’Arzillier maintiendra le dialogue malgré le refus populaire des minarets

L’intégrisme constitue un danger tant pour l’Islam pour l’Occident

Lausanne, 1 décembre 2009 (Apic) A l’Arzillier, La maison du dialogue interreligieux, le verdict populaire contre les minarets ne laisse pas les membres indifférents. Surpris, choqués, tristes, tels sont les qualificatifs que ces derniers emploient pour décrire l’indignation issue des résultats de dimanche dernier sur la votation contre les minarets. Cette onde de choc ne va pas cependant paralyser le dialogue interreligieux si l’on en croit Martin Hoegger et Aissa Safwa, deux des membres du comité de l’Arzillier, qui vouent beaucoup de respect à la démocratie directe en Suisse.

Les Suisses ont créé une «immense surprise» en votant à une majorité écrasante de 57,5% l’interdiction des minarets jugés par l’Union démocratique du centre (UDC) et l’Union démocratique fédérale (UDF) comme un «symbole politico-religieux». Si les quatre minarets existants ne sont pas concernés, il est désormais officiel que la construction de minarets est interdite en Suisse. L’Arzillier, qui accueille cet événement avec amertume, envisage toutefois l’avenir avec détermination. Pour Martin Hoegger, réformé et membre de La maison du dialogue, l’Arzillier n’a jamais pris position sur l’initiative. Elle a cependant contribué à la réflexion en organisant un débat sur le sens des lieux de culte dans les diverses religions. «L’Arzillier restera un espace de dialogue entre Eglises et communautés religieuses. Le but est de mieux nous connaître et de créer une amitié spirituelle entre nous. D’ailleurs la maison est symbolisée par un pont. Nous devons bâtir des «ponts de convivialité». Ce dialogue que nous avons commencé en ce lieu il y a plus de dix ans, et que nous vivons au quotidien, m’apparaît plus nécessaire que jamais», explique le pasteur vaudois soutenu par Aissa Safwa, musulmane vivant à Lausanne. Selon elle, il faut envisager l’avenir autrement. Elle prône, la paix sociale et encourage la bonne cohabitation à travers le dialogue religieux. «C’est cela l’Arzillier», souligne-t-elle, en ajoutant que c’est même «une maison de prévention des conflits religieux». Dans ce sens, elle invite les représentants de la communauté musulmane à rester calmes et sereins en adoptant un discours apaisant.

Oui au verdict des urnes, non à la démarche de l’initiative

Si les membres de l’Arzillier acceptent le verdict des urnes, il ne faudrait pas croire qu’ils partagent l’esprit qui a guidé la démarche de l’initiative. A travers son analyse, le pasteur Martin Hoegger relève que c’était une initiative essentiellement animée par la « conquête » de l’islam radical, comme l’a exprimé l’affiche très contestée des initiants. Cette campagne a joué sur les sentiments de peur face à l’islamisme radical. «Or, corrige-t-il, il faut veiller à ne pas identifier l’Islam à l’extrémisme. Les musulmans sont les premières victimes de l’intégrisme. Les intégristes sont aussi dangereux pour l’Islam que pour l’Occident.» Un point de vue partagé par Aissa Safwa aux yeux de qui le minaret n’était qu’un prétexte. «Il faut le reconnaître. Ce qui blesse les musulmans de Suisse aujourd’hui, avoue-t-elle, c’est l’image horrible que les initiants de la votation contre les minarets ont construite à partir d’un élément architectural secondaire.»

Tout n’est pas cependant perdu

Les deux membres de l’Arzillier restent aussi unanimes sur un fait. Tout cela arrive au moment où les musulmans déployaient des efforts non négligeables pour mieux s’organiser et mieux s’intégrer.

Au sein de la maison du dialogue, tout n’est pas cependant perdu. L’heure est surtout à la mobilisation pour essayer à l’avenir de relever un plus grand défi. «Faire sortir le dialogue interreligieux de ses sphères un peu élitaires pour qu’il soit vécu par le peuple», estime Martin Hoegger qui attire aussi l’attention du Conseil fédéral sur la nécessité de rappeler, à temps et à contre temps, que la question des relations entre l’Etat et les communautés religieuses est de la responsabilité des cantons et non de la Confédération. Le Vaudois lance ce cri d’alarme parce qu’il sait que la situation religieuse entre les cantons est diverse en Suisse. «Il suffit de comparer les résultats entre Genève et Glaris», commente-t-il, en espérant que c’est la dernière fois que les Suisses votent sur une question religieuse sur un plan fédéral. Un souhait partagé par Aissa Safwa en ces termes : «Les autorités fédérales ont un grand rôle à jouer pour améliorer l’image des musulmans. Des mesures concrètes doivent être prises pour éviter de nouveaux dérapages à droite et empêcher qu’il n’y ait plus d’autres initiatives discriminatoires» (Apic/Dng/js)

1 décembre 2009 | 09:37
par webmaster@kath.ch
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