Rome: Première visite de Benoît XVI à la synagogue de Rome le 17 janvier

Renforcer les liens toujours délicats entre juifs et catholiques

Rome, 12 janvier 2010 (Apic) Pour la première fois de son pontificat, Benoît XVI se rendra dans l’après-midi du 17 janvier à la synagogue de Rome, où il passera près de 2 heures. Le service de documentation de Radio Vatican a donné des éléments du programme de la 3e visite du pape dans une synagogue, à la rencontre de la plus ancienne des communautés juives européennes. Ce déplacement sera l’occasion de faire mémoire des juifs romains déportés par l’Allemagne nazie et de renforcer les liens toujours délicats entre juifs et catholiques à Rome.

Près de 24 ans après la visite historique de Jean Paul II, le 13 avril 1986, Benoît XVI franchira à son tour le seuil de la synagogue de la capitale italienne, installée sur les bords du Tibre, aux portes du Ghetto créé en 1555 par Paul IV (1555-1559). Le pape se rendra ainsi à la rencontre de la plus ancienne communauté juive d’Europe, présente à Rome de façon ininterrompue depuis plus de 2000 ans.

Devoir de mémoire

Dimanche 17 janvier, un peu avant 16h30, Benoît XVI se rendra ainsi à moins de 3 kilomètres du Vatican devant le ›portico d’Ottavia’, l’une des anciennes portes du Ghetto. Il y sera accueilli par Riccardo Pacifici, président de la communauté juive de Rome, qui compte quelque 16 000 personnes, et par Renzo Gattegna, président des communautés juives de la péninsule.

Le pape déposera une couronne de fleurs devant la plaque qui rappelle que, le 16 octobre 1943, plusieurs centaines de soldats allemands capturèrent dans ce quartier plus d’un millier de juifs, parmi lesquels 200 enfants, pour les déporter vers le camp d’extermination d’Auschwitz (Pologne). Une partie de la communauté juive reproche aujourd’hui encore au pape de l’époque, Pie XII (1939-1958), son silence devant les rafles successives, non loin du Vatican. Benoît XVI, quant à lui, a ravivé la polémique en décidant, le 19 décembre dernier, de faire avancer le procès en béatification de son prédécesseur, dont il a reconnu ›les vertus héroïques’.

En se dirigeant ensuite vers la synagogue, Benoît XVI s’arrêtera également devant la plaque qui commémore l’attaque lancée par un groupe de Palestiniens sur des fidèles sortant du lieu de culte juif le 9 octobre 1982. Cette attaque à la mitraillette blessa 40 fidèles et causa la mort d’un petit garçon de 2 ans.

Frères aînés des catholiques

Arrivé devant l’imposante synagogue, un bâtiment construit sur les bords du Tibre entre 1901 et 1904, Benoît XVI sera accueilli par le grand rabbin de la capitale, Riccardo Di Segni, un médecin de 60 ans à ce poste depuis janvier 2002. Dans la synagogue, après avoir salué quelques responsables des autorités civiles, le pape écoutera les discours des responsables juifs. Après le chant du psaume 133 (»Voyez ! Qu’il est bon, qu’il est doux d’habiter en frères tous ensemble !…»), Benoît XVI prendra la parole là où, 24 ans avant lui, Jean-Paul II, premier pape à entrer dans une synagogue depuis les premiers temps de l’Eglise, avait qualifié les juifs de «frères bien-aimés» et de «frères aînés» des catholiques.

Le pape quittera la synagogue après l’échange des cadeaux et l’exécution d’un chant traditionnel juif, ›Ani maamin’ (›Je crois’). Ce cantique traditionnel est devenu en quelque sorte, durant la seconde Guerre mondiale, un hymne des juifs déportés.

Benoît XVI s’entretiendra ensuite en privé avec le grand rabbin Di Segni avant d’inaugurer, au Musée juif de Rome, une exposition intitulée ›Et ecce gaudium’ rassemblant 14 dessins sur le thème du couronnement des papes exécutés au 18e siècle par la communauté juive. Auparavant, le pape sera passé devant un olivier planté dans le jardin de la synagogue à l’occasion de sa visite. Avant de quitter les lieux vers 18h15, Benoît XVI rencontrera quelques représentants de la communauté juive dans la ›synagogue espagnolé, temple juif situé dans l’enceinte de la grande synagogue.

La première visite de Benoît XVI à la synagogue de Rome aura lieu à l’occasion de la 21e journée pour l’approfondissement et le développement du dialogue entre catholiques et juifs. En janvier 2009, cette journée traditionnelle organisée depuis 1993 par la Conférence épiscopale italienne avait été suspendue par les participants juifs qui mettaient en cause la trop légère modification par Benoît XVI de la prière du Vendredi saint pour la conversion des juifs, un an plus tôt.

En 1793, le ›Mo’ed de plomb’

Mais le 17 janvier marque aussi l’anniversaire de la tentative de soulèvement révolutionnaire du peuple de Rome, en 1793, réuni aux portes du ghetto pour l’incendier et pénétrer dans l’enceinte du quartier juif. Les Romains étaient alors convaincus que les juifs aidaient et protégeaient les ennemis partisans des nouvelles idées révolutionnaires venues de la France. Mais les juifs échappèrent miraculeusement à la furie du peuple romain lorsqu’une averse providentielle – presque un déluge torrentiel – éteignit l’ardeur des personnes les plus échauffées et les flammes des grandes portes auxquelles on avait mis le feu à l’aide de fagots. Ce 17 janvier 1793 est traditionnellement appelé en Italie le Mo’ed de plomb, en mémoire de la couleur du ciel obscur et grisâtre comme le plomb.

Il s’agira de la troisième visite de Benoît XVI dans une synagogue, après Cologne en août 2005 et New York en avril 2008. En mai 2009, lors de son voyage en Terre sainte, le pape s’était en outre rendu, à Jérusalem, sur les traces de Jean-Paul II au mémorial de la Shoah, le Yad Vashem, et au pied Mur des Lamentations, 2 lieux hautement symboliques pour la communauté juive. A cette occasion, Benoît XVI s’était également rendu au Grand Rabbinat de Jérusalem. (apic/imedia/ami/bb)

12 janvier 2010 | 11:20
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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