«Accueillir le réel de nos vies à la lumière de l’Evangile»

Saint-Maurice: Assemblée thématique de la Communauté romande de l’apostolat des laïcs

Saint-Maurice, 20 janvier 2010 (Apic) Comment accueillir le réel à la lumière de l’Evangile? Quelles attitudes adopter pour faire de notre vie et de la vie de nos mouvements des lieux de présence de Dieu et de témoignage authentique? C’est sur ces questions qu’ont planché la soixantaine de délégués de la Communauté romande de l’apostolat des laïcs (CRAL) réunis les 16 et 17 janvier au Foyer franciscain à Saint-Maurice. Les participants à cette assemblée thématique de la CRAL étaient guidés par l’abbé François-Xavier Amherdt, professeur de théologie pastorale à l’Université de Fribourg.

Les deux journées, vécues comme un temps de ressourcement spirituel, ont été rythmées par la prière – en particulier pour Haïti, victime d’un terrible tremblement de terre -, des échanges, des témoignages et quatre exposés de l’abbé Amherdt, sur le thème «Accueillir le réel de nos vies à la lumière de l’Evangile».

Un chemin de liberté

Le conférencier a proposé un parcours spirituel en deux temps: l’acceptation de la réalité, dont il a développé les différentes dimensions; la mise en place des conditions qui vont lui permettre de porter du fruit, à la lumière de l’Evangile et sous la conduite de l’Esprit, dans un double mouvement de discernement et de «lâcher prise». C’est lui qui nous éveille «à l’accueil d’une forme de résurrection» au travers de nos limites, qui nous montre les passages à traverser et les manières d’être pour permettre au Christ d’accomplir son œuvre en nous.

Ce chemin, a souligné le conférencier, commence par un consentement au réel suivant cinq lois de vie: choisir la vie; accepter sa condition humaine; devenir soi-même dans une juste relation à l’autre; rechercher l’unité de sa personne habitée par Dieu; recevoir la bénédiction de Dieu pour entrer dans la fécondité et le don.

Ces lois ontologiques donnent les grandes directions à suivre pour une vie en plénitude; elles ont en Dieu leur source et leur finalité et conduisent vers la véritable fécondité. Elles balisent le chemin de Dieu en nous pour qu’il nous irrigue en profondeur jusqu’à changer notre regard sur les choses et les êtres, nous faisant entrer, à l’école de l’Esprit, dans sa perspective. Un chemin jalonné de passages obscurs et de cheminements souterrains, de croissances, de morts et de renaissances qui mène à la liberté de l’Esprit.

Consentir au réel

En ouverture, une interrogation lancée par l’abbé Amherdt: où séjournons-nous? Habitons-nous vraiment le réel dans son épaisseur et ses contingences? Acceptons-nous de vivre? La première loi de vie nous invite à ne pas fuir car, écrit le philosophe juif Martin Buber, «c’est là que commence le chemin de l’homme». Il nous faut affronter la réalité telle qu’elle est, «prendre à bras-le-corps ce réel qui nous résiste». Accepter la réalité de la condition humaine, de ce que l’on est, de l’autre, de l’événement et les réalités que nous ne pouvons accepter et dans lesquelles nous devons nous impliquer pour qu’elles n’entravent pas la vie. Choisir la vie sous la conduite de l’Esprit, c’est découvrir des chemins de libération. Inutile de vouloir changer le monde, il nous faut consentir à ce qui est, l’accueillir pour progresser, dans un travail de deuil: c’est la deuxième loi de vie, l’incarnation.

C’est une sagesse humaine, «car la prise en compte du réel est la seule voie pour une pleine efficacité». Consentir au réel, c’est aussi éprouver que ni le temps ni les choses ni les êtres ne nous appartiennent: «Bienheureuse expérience de dépossession, de lâcher prise» qui fait entrer dans une nouvelle proximité, respectueuse de chacun, être unique – troisième loi de vie. Invitation à devenir soi-même en Dieu, à développer son identité véritable, sa liberté intérieure dans une juste relation à l’autre. «Habiter sa vie, c’est y consentir, c’est l’aimer», a poursuivi le conférencier. Cela oblige à traverser une triple épreuve: le temps, les événements, la vérité en profondeur.

Une triple épreuve

Première épreuve: le temps. Au «temps du zappeur», caractérisé par «l’impatience de la nouveauté», «la volonté de tout embrasser, qui reste à la surface des choses», du «tout, tout de suite», il faut opposer le pas de Dieu, qui respecte les étapes et les seuils. Ascèse rigoureuse qui invite à vivre l’aujourd’hui de Dieu dans une «dynamique du provisoire», à «étreindre pleinement l’instant présent» pour l’inscrire dans une histoire.

«Dans notre progression, nous nous heurtons – deuxième épreuve – à des événements qui nous obligent à des remises en question: détails ou événements importants qui impliquent un changement de cap». Les détails, de «si petits grains de sable qui font grincer notre belle machine», sont le lieu de notre sanctification, la «pierre de touche de notre fidélité». Invitation à s’unir à Dieu en toute chose, car «c’est dans les détails qu’on vérifie l’amour authentique» et qu’on développe un «instinct spirituel» qui fait réagir de façon juste.

La troisième épreuve, c’est entrer dans son cœur profond, là «où se prennent les grandes décisions qui orientent notre existence». Epreuve de vérité qui se vit dans la nudité et la faiblesse parce que nous sommes divisés intérieurement. Mais c’est précisément avec nos blessures, nos révoltes et nos contradictions qu’il nous faut veiller et prier, car le Seigneur les accueille. Ainsi nos résistances deviennent-elles chemins de réconciliation et nous avançons vers l’unité de notre être – quatrième loi de vie: «Tu es un au travers de ton corps, de ta psyché et du cœur profond qui les anime».

Un regard neuf et réaliste

Consentir, a souligné le conférencier, est finalement une adhésion de l’être. Tout alors devient signe et appel, porteur de sens. Pour déchiffrer ces signes, il faut consentir aux appels de l’Esprit et de la mission, nous ouvrir – cinquième loi de vie – à la fécondité. En définitive, «il nous faut pleinement, joyeusement, cordialement, épouser notre vie, faire corps avec elle» pour faire entrer Dieu dans le monde car, dit Martin Buber, «Dieu veut entrer dans son monde, mais c’est par l’homme qu’il veut y entrer».

A l’école de l’Esprit

Quel meilleur guide que l’Esprit pour accueillir le réel? Il nous indique la route à suivre: une route d’alliance, celle des commandements «qui vont tous au respect de la vie, au respect de l’homme et de la création». La vie même de l’Esprit est en nous, a souligné le conférencier, «elle irrigue notre être tout entier, nos tâches journalières et toutes nos relations. Elle est la sève même de notre vie». Elle nous amène à une unification intérieure où la contemplation et l’action ne font qu’un: «Tout est alors mission, tout est vécu au cœur du monde et dans le cœur de Dieu».

Se mettre à l’école de l’Esprit est une véritable conversion: c’est «abandonner toute position de maîtrise, n’accumuler aucun savoir sur Dieu, aucun pouvoir sur quiconque, consentir à ne pas savoir d’avance par quels chemins nous serons conduits». Pas à pas, à notre rythme, pour nous lancer sur les chemins de l’Evangile, nous donner «une perception de l’action à mener et une force pour l’accomplir».

Rendez-vous est pris pour le 26 mai à Lausanne. Ce jour-là, le Bureau de la CRAL invite les membres des trois coordinations – éducation de la foi, action catholique et spiritualité – à se retrouver pour réfléchir sur l’avenir de la CRAL et la succession de la présidence en 2011. Ils s’interrogeront également sur la nouvelle orientation deux ans après l’adoption des nouveaux statuts. (apic/gdsc/be)

20 janvier 2010 | 10:28
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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