Angola : Arrestation d’un prêtre catholique suite à l’attaque de l’équipe de football togolaise

Le père Tati n’aurait rien à voir dans cette affaire

Angola, 21 janvier 2010 (Apic) Un prêtre catholique, le père Raul Tati, aurait été arrêté le 16 janvier 2010 en Angola, dans la région indépendantiste du Cabinda. L’évêque du diocèse de Cabinda, Filomeno do Nascimento Vieira Dias, a exprimé sa préoccupation face à l’arrestation de l’ecclésiastique. Celle-ci s’inscrit dans une vague d’incarcérations réalisées par l’Etat angolais suite à l’attaque perpétrée le 8 janvier 2010 par des indépendantistes contre l’équipe nationale de football togolaise.

Un prêtre catholique, le père Raul Tati, figurerait parmi les cinq civils au moins qui ont été arrêtés ces derniers jours dans la région du Cabinda, à la suite de l’attaque contre l’équipe nationale togolaise, qui a fait trois victimes. Des avocats membres d’une association angolaise pour la défense des droits civils dénoncent ces arrestations, qui n’ont pas encore été confirmées de manière officielle. Selon eux, les personnes arrêtées n’ont aucun lien avec l’embuscade du 8 janvier dont a été victime l’équipe nationale de football du Togo, ni avec le mouvement séparatiste qui revendique les faits.

Interviewé par l’agence portugaise Lusa, l’évêque du diocèse de Cabinda, Mgr Filomeno do Nascimento Vieira Dias, a exprimé sa préoccupation face au cas du Père Tati : il espère que les accusations portées contre lui puissent être clarifiées au plus vite.

Parmi les autres personnes arrêtées figurent également deux avocats de «Mpalabanda», une association de défense des droits humains déclarée illégale deux ans auparavant pour avoir dénoncé les activités du gouvernement angolais à Cabinda : Belchoir Lanso Tati, arrêté le 13 janvier, et Francisco Luemba, arrêté le 17 janvier, « inculpé de crimes contre l’État, en lien avec la publication en 2008 d’un livre qui, selon les autorités, incite à la violence et à la rébellion », relève Amnesty International. Récemment, un député angolais a également dénoncé l’arrestation de militants et d’intellectuels du Cabinda.

Le Cabinda, région convoitée

Région du nord riche en gisements d’hydrocarbures, d’où vient la majorité de la production pétrolière de l’Angola, le Cabinda est peuplé d’environ 300’000 personnes, dont la plupart vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Depuis plus de 30 ans, des groupes armés, comme le Front pour la libération de l’enclave du Cabinda (FLEC), s’opposent aux forces de sécurité angolaises et demandent l’indépendance. Depuis 2006 toutefois, un accord de paix entre le gouvernement de Luanda et le FLEC a mis fin à la lutte armée, reconnaissant une plus grande autonomie de l’enclave angolaise en territoire congolais. Depuis l’accord, seule la frange extrémiste et minoritaire du mouvement historique a poursuivi sa lutte pour l’indépendance, revendiquant une série d’attaques qui se sont multipliées ces derniers mois, de manière inofficielle. L’une des attaques visant un poste frontière entre le Cabinda et le Congo Brazzaville a impliqué l’autobus qui transportait l’équipe nationale de football du Togo en route pour la Coupe d’Afrique des Nations organisée en Angola.

Amnesty International a mis en garde les autorités angolaises contre la répression ciblant des défenseurs des droits humains, plusieurs ayant été placés en détention dans la région du Cabinda au lendemain de l’attaque. L’association humanitaire a exhorté les autorités angolaises à ne pas prendre prétexte de l’attaque meurtrière pour « justifier des violations des droits des habitants du Cabinda sous la forme d’arrestations et de détentions arbitraires ou de traitements cruels, inhumains ou dégradants », a indiqué Erwin van der Borght, directeur du Programme Afrique d’Amnesty International.

Le prêtre catholique Raul Tati a été interpellé le 16 janvier, inculpé de crimes contre l’État. Il se serait exprimé sans détour sur les tensions politiques que connaît la région du Cabinda. (misna/amnesty/apic/lcg)

21 janvier 2010 | 11:32
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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