Canada: Mise en garde des évêques en vue des Jeux olympiques de Vancouver 2010

Attention à la traite des personnes et à l’exploitation sexuelle

Ottawa, 28 janvier 2010 (Apic) Alors que les préparatifs des Jeux olympiques de Vancouver 2010 vont bon train, les évêques catholiques du Canada craignent qu’à cette occasion se développent l’exploitation sexuelle (prostitution, pornographie, mariages forcés, bar de danseuses, etc.), voire le travail forcé (travail domestique, travail agricole ou dans les usines). Ils mettent en garde dans une lettre pastorale publiée le 27 janvier.

Le Canada sera l’hôte des Jeux olympiques d’hiver en 2010. Nombreux sont ceux qui ont hâte de voir quelques-uns des meilleurs athlètes du monde se mesurer entre eux. Mais, écrivent les évêques canadiens, cet événement international suscite pourtant une vive inquiétude à Vancouver, ainsi qu’ailleurs, particulièrement dans les associations de lutte contre la traite des personnes, «car quelques-uns y voient une occasion de faire du profit au détriment de la dignité et des droits de la personne».

Les Jeux olympiques, une occasion en or pour les réseaux mafieux

Dans cette lettre, signée par les membres de la Commission épiscopale pour la justice et la paix (Mgr Brendan M. O’Brien, archevêque de Kingston, président de la Commission; Mgr François Lapierre, évêque de Saint-Hyacinthe, Mgr David Motiuk, évêque éparchial d’Edmonton, Mgr Valéry Vienneau, évêque de Bathurst), les évêques relèvent qu’à l’occasion de certains événements sportifs d’envergure, «des structures sont souvent mises en place pour satisfaire la ’demande’ de divertissements sexuels. Cela risque d’être malheureusement le cas lors des Jeux olympiques d’hiver de Vancouver».

Comme pasteurs de l’Eglise catholique du Canada, ils dénoncent la traite des personnes sous toutes ses formes, qu’elle soit organisée pour le travail forcé ou pour l’exploitation sexuelle. Ils invitent les croyants et les croyantes à prendre conscience de cette violation des droits humains et de la banalisation du discours qui entoure la prostitution au Canada. «A la suite de Jésus qui est venu dans le monde pour apporter la vie et la vie en abondance (Jn 10,10), écrivent-ils, nous pouvons ensemble compatir aux souffrances des victimes et changer des comportements et des mentalités qui entretiennent la violence institutionnalisée dans cette nouvelle forme d’esclavage qu’est la traite des personnes. Jésus ne proclame-t-il pas la libération des captifs comme signe de sa présence parmi nous? (Lc 4,18-19)».

Un trafic aux mains du crime organisé

Les évêques soulignent dans leur lettre que l’ampleur de la traite des personnes est alarmante. Bien qu’il soit difficile d’obtenir des chiffres précis, l’Organisation internationale du travail (OIT) estime néanmoins à environ 2,4 millions le nombre de victimes de la traite; de ce nombre, environ 1,3 million de personnes sont impliquées dans diverses formes d’exploitation sexuelle. Dans une autre étude, le Département d’Etat américain estime à environ 800’000 le nombre annuel de victimes de la traite mondiale, dont la plupart sont des femmes et des enfants.

Selon l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), la forme la plus répandue de la traite des personnes est l’exploitation sexuelle (79%). «Cette activité du crime organisé rapporte des milliards de dollars aux proxénètes et aux propriétaires de bars de danse nue, de salons de massage, de bordels légaux et illégaux, sans compter les revenus de taxes imposées par les gouvernements, qui ferment souvent les yeux sur cette réalité», peut-on lire dans la lettre pastorale des évêques catholiques du Canada.

Un engrenage mortel

Dans un contexte de mondialisation économique où les écarts de richesse se creusent entre les pays, les populations pauvres du Sud et de l’Est demeurent vulnérables à la traite. Car leur désir de meilleures conditions de vie les poussent à franchir les frontières vers le Nord ou vers l’Ouest, pour y trouver un emploi.

«Quand la faim menace la vie de la famille, on est plus enclin à croire les promesses d’un passeur sans scrupule ou à céder aux attraits du tourisme sexuel. Aujourd’hui, la facilité de communication par internet et le téléphone cellulaire favorise le recrutement des personnes qui se retrouvent quelques heures plus tard dans un autre pays, souvent sans connaître la langue, dépossédées de leur passeport, à la merci des proxénètes qui exigent le remboursement des frais encourus par le transport de leurs victimes. Les femmes et les enfants, la plupart du temps sous les effets des drogues, doivent alors se livrer à la prostitution sous l’oeil vigilant des proxénètes qui empochent les profits et qui, en cas de fuite ou d’insoumission, menacent de tuer leurs victimes ou les membres de leur famille demeurés dans le pays natal», écrivent les évêques membres de la Commission épiscopale pour la justice et la paix.

Des femmes autochtones et des jeunes filles disparaissent de leur village

«Au Canada, des femmes autochtones et des jeunes filles disparaissent de leur village sans qu’on les revoie; des immigrantes toujours de plus en plus jeunes sillonnent les rues des centres-villes ou travaillent dans les bars et les salons de massage; des escortes répondent à des appels grâce aux petites annonces des journaux. Plusieurs d’entre elles témoignent de leur vécu dans cet enfer avec le soutien d’organismes non gouvernementaux qui luttent contre la traite. Nombreux sont les témoignages qui associent les souffrances des victimes aux symptômes post-traumatiques que vivent les rescapés des guerres».

Les évêques canadiens invitent à prendre conscience de cette réalité «présente chez nous comme ailleurs» et à agir pour contrer la traite. Ils demandent au public de prendre aussi conscience que la demande de prostitution alimente le marché de la traite. «Sans les clients qui requièrent des services sexuels, il n’y aurait pas de prostitution, et donc pas de traite. Dans un pays qui considère l’égalité des femmes et des hommes comme une valeur fondamentale, dans un pays à grande majorité chrétienne qui promeut la dignité de toute personne créée à l’image de Dieu (Gn 1,27), comment tolérer la prostitution qui est une forme de violence institutionnalisée qui détruit l’intégrité physique, psychologique et spirituelle des personnes?»

Des pistes de solution existent pour combattre ce fléau

Et de relever plusieurs pistes de solution existent pour combattre ce problème: «soutenir les organisations déjà engagées avec les victimes de la traite et demander à nos gouvernements un programme d’éducation et de prévention de la violence envers les femmes. Pour aider les femmes à sortir de la prostitution dont elles sont, en général, les principales victimes, il faut offrir des ressources en santé, de l’assistance psychologique, des cures de désintoxication, de l’hébergement sécuritaire, des emplois décents et de l’accompagnement spirituel». (apic/cecc/be)

28 janvier 2010 | 10:03
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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