Afrique : La difficile lutte contre la contrefaçon de médicaments
Ils font un nombre indéterminé de victimes
Lomé/Dakar, 1er mars 2010 (Apic) – La lutte contre la production, la vente et la consommation des médicaments contrefaits ou imités préoccupe en Afrique de l’ouest. Les nombreuses mises en gardes répétées des professionnels de la santé aux populations sur les dangers d’utiliser ses médicaments, vendus partout dans les pays, ne servent pas à grand-chose. Impossible de mettre fin à la fabrication illégale et clandestine de ces médicaments vendus à vils prix abordables aux malades africains et ayant fait de nombreux morts.
Inquiets des dégâts causés par cette «industrie mortelle des médicaments contrefaits» florissante, les responsables de la santé des pays francophones d’Afrique au sud du Sahara ont lancé un cri d’alarme, la semaine dernière, lors d’une réunion à Lomé, au Togo. Ils étaient en réunion de concertation sur les efforts publics et privés pouvant aider à lutter plus efficacement contre les faux médicaments, a rapporté l’agence de presse de l’ONU «IRIN» (Réseau d’information régionale intégrée).
Il n’y a pas de chiffres précis sur le nombre de victimes de ces médicaments contrefaits ou de mauvaise qualité circulant en Afrique et dont certains sont fabriqués en Inde ou en Chine, et d’autres, dans des pays africains où le secteur de la santé est «gravement sous réglementé», a indiqué un rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC) sur l’Afrique de l’Ouest, publié lors des travaux. Selon ce rapport, malgré «l’effet dévastateur » des médicaments factices, ce crime n’est pas pris autant au sérieux aussi bien que d’autres formes de contrebande.
Un problème peu pris au sérieux
«Certains se moquent de ceux qui mettent en garde contre les médicaments de la rue», a dit à IRIN Sophie Bipolo, directrice nationale des services pharmaceutiques au Gabon. «Les gens disent que nous dénonçons ces médicaments parce que nous sommes en concurrence avec eux, mais malheureusement les gens ne se rendent pas compte des dangers que ces produits représentent pour leur santé», a-t-elle ajouté.
Les consommateurs et les vendeurs africains invoquent un manque de moyens, en achetant les médicaments contrefaits. Ces médicaments de rue sont leur seule option. «C’est ce que ma famille et moi avons toujours utilisé, et nous n’avons jamais eu un seul problème», a fait remarquer Béa Da, un vendeur de vêtements à Lomé, habitués aux médicaments de contrefaçon. Puis, il a ajouté : «je n’ai pas les moyens d’acheter des médicaments à la pharmacie. Donc le jour où les autorités éradiqueront le marché de la rue, elles signeront notre arrêt de mort».
Des contrefaçons qui prolongent les maladies
Pour Fernand Manda Opondjo, directeur national des services pharmaceutiques de la République démocratique du Congo (RDC), en utilisant les médicaments de contrefaçon vendus dans la rue, les populations «ne savent jamais le danger qu’elles encourent». «Quand elles achètent ces produits, elles achètent des complications, et (potentiellement) leur mort», a fait observer. «Nous ne pouvons pas forcer les gens contre leur volonté, à ne pas acheter des médicaments de la rue. Le seul moyen que nous ayons pour favoriser un changement des comportements, c’est de continuer de les informer sur les dangers de ces médicaments», a-t-il poursuivi, rappelant que les produits pharmaceutiques contrefaits ou de mauvaise qualité prolongent la maladie ou créent des résistances.
Marché dirigé par une mafia bien organisée
Komlan Mally, ministre togolais de la Santé, qui présidait les travaux de Lomé, a dit aux participants que le marché des faux médicaments était «une préoccupation majeure» pour les Etats africains, car il est contrôlé par «une mafia sans scrupules».
Les réseaux de trafiquants ont en général une longueur d’avance sur les régulateurs et sont «extrêmement flexibles dans les méthodes qu’ils utilisent pour imiter les produits et empêcher leur détection», a montré une affiche de l’Organisation mondiale de la santé publié lors des assises.
«A chaque fois que les autorités prennent une mesure pour lutter contre ce réseau, ils développent des techniques pour la contourner», a dit pour sa part, François Chevillard, directeur du comité Afrique du Leem, une organisation pharmaceutique de France.
Face à cette situation, il a préconisé l’allocation de fonds de développement spécifique à cette lutte. Il a aussi suggéré «une collaboration constante» entre les autorités nationales (services de santé, de sécurité, douane, entre autres), tout en estimant que «l’une des principales raisons qui font que ces produits continuent de circuler, est l’absence de réglementation et de sanctions fortes» en Afrique. (apic/ibc/js)




