Irlande: Les victimes critiquent la lettre pastorale du pape sur les abus en Irlande

Les blessures sont irrémédiables

Dublin, le 23 mars 2010 (Apic) La hiérarchie catholique d’Irlande a salué la lettre pastorale qu’a adressée le pape Benoît XVI à l’Eglise catholique en Irlande. Le souverain pontife y présente des excuses aux Irlandais victimes d’abus pendant leur enfance et critique fermement le fait que la hiérarchie n’ait pas su s’attaquer à « ces actes scandaleux et criminels ». Les victimes d’abus ne l’ont toutefois pas ressenti de cette manière.

Colm O’Gorman, qui a subi des abus sexuels de la part d’ecclésiastiques irlandais et qui milite au nom d’autres victimes, a affirmé que, dans sa lettre – qui, précise-t-il, a été qualifiée de « sans précédent » -, le pape ne « reconnaît pas la dissimulation des viols et des abus commis sur des enfants par des prêtres, il n’en assume pas la responsabilité et ne cherche pas à montrer qu’il va veiller à ce que cela ne se reproduise plus. »

Colm O’Gorman explique: « La responsabilité de la dissimulation de ces actes – aujourd’hui établie – n’a pas été assumée, aucun projet n’a été formulé pour garantir que les enfants seront protégés comme il se doit dans l’Eglise partout dans le monde et aucune garantie n’a été donnée que les auteurs de viols et d’abus seraient dénoncés aux autorités civiles. »

Dans l’édition du 22 mars du journal irlandais Herald, il écrit que « la lettre représente un effort manifeste pour tenter de restaurer la crédibilité d’une Eglise ébranlée par la publication de trois enquêtes commanditées par l’Etat sur les crimes commis par le clergé et la dissimulation de ceux-ci par l’Eglise en Irlande. Le pape a vu les trois rapports. »

De nombreuses paroles, mais aucune garantie de protection des enfants

Le cardinal irlandais Seán Brady d’Armagh, critiqué pour son manque de franchise, a déclaré: « Je vous demande de lire cette lettre avec un cœur ouvert et dans un esprit de foi. »

L’archevêque de Dublin Diarmuid Martin, a quant à lui dit: « Je salue les excuses présentées par le pape et sa reconnaissance de la souffrance et de la trahison qu’ont subies les victimes. » Dans une prédication du 21 mars, il a affirmé que « le pape reconnaît les échecs des autorités de l’Eglise dans leur réaction face aux actes scandaleux et criminels. »

Le cardinal Martin a ajouté que « l’Eglise a délaissé un grand nombre de ses enfants: en ayant laissé faire les abus, en n’ayant pas su prévenir les abus, et en dissimulant les abus. »

Dans sa lettre, le souverain pontife s’adresse aux victimes des abus en reconnaissant: « Rien ne peut effacer le mal que vous avez subi », proposant « un chemin de guérison, de renouveau et de réparation. »

« En réalité, comme de nombreuses personnes dans votre pays l’ont observé, le problème de l’abus des mineurs n’est pas propre à l’Irlande, ni à l’Eglise », affirme Benoît XVI aux fidèles catholiques d’Irlande. « Toutefois, le devoir qui se présente désormais à vous est celui d’affronter le problème des abus qui ont lieu au sein de la communauté catholique irlandaise et de le faire avec courage et détermination. Personne ne peut imaginer que cette situation douloureuse sera résolue dans de brefs délais. »

Le pape poursuit: « Je dois également exprimer ma conviction que, pour se remettre de cette blessure douloureuse, l’Eglise en Irlande doit en premier lieu reconnaître devant le Seigneur et devant les autres, les graves péchés commis contre des enfants sans défense. »

« Une telle reconnaissance, accompagnée par une douleur sincère pour les préjudices portés à ces victimes et à leurs familles, doit conduire à un effort concerté afin d’assurer la protection des enfants contre de tels crimes à l’avenir », ajoute-t-il.

Aux victimes d’abus, le pape écrit: « Votre confiance a été trahie, et votre dignité a été violée. Beaucoup d’entre vous, alors que vous étiez suffisamment courageux pour parler de ce qui vous était arrivé, ont fait l’expérience que personne ne vous écoutait. Ceux d’entre vous qui ont subi des abus dans les institutions doivent avoir eu l’impression qu’il n’y avait aucun moyen d’échapper à leur souffrance. » (apic/eni/js)

23 mars 2010 | 17:30
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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