Rome: Pédophilie, le Vatican répond à une nouvelle accusation de couverture d’abus par le cardinal Ratzinger
Mise du point du Père Lombardi
Rome, 25 mars 2010 (Apic) Les accusations du «New York Times» publiées dans son édition du 24 mars 2010 visant le cardinal Joseph Ratzinger ont provoqué la réaction du directeur du Bureau de presse du Saint-Siège. Le quotidien américain affirme que le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi de l’époque aurait couvert un prêtre pédophile coupable d’abus sexuels sur quelque 200 enfants sourds aux Etats-Unis dans les années 70.
Le Père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, a répondu peu après au quotidien américain pour prendre une nouvelle fois la défense de celui qui était alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. L’âge avancé du Père Lawrence Murphy (mort en 1998), sa mauvaise santé et l’absence de nouvelles accusations avaient conduit le dicastère à ne pas punir ce prêtre, a-t-il expliqué.
Le Père Murphy a «violé la loi et, plus encore, la confiance sacrée que les victimes avaient placée en lui»
Evoquant ainsi le «cas tragique» du Père Lawrence Murphy, le ›porte-parole’ du Vatican a d’abord souligné qu’»en abusant sexuellement d’enfants sourds», des «victimes particulièrement vulnérables», ce prêtre avait «violé la loi et, plus encore, la confiance sacrée que les victimes avaient placée en lui».
Selon le quotidien «The New York Times», le Père Murphy, de l’archidiocèse de Milwaukee, aurait commis des abus sur près de 200 enfants sourds d’une école dans le Wisconsin, au nord des Etats-Unis, dans les années 1970. Il a travaillé dans cette école de 1950 à 1974. Il n’a jamais été jugé ni sanctionné par le propre système de justice de l’Eglise, déplore «The New York Times», mais la police et la justice civile ont ignoré les rapports concernant ces abus émis par les victimes.
Trois archevêques successifs de l’Etat du Wisconsin ont été avertis du fait que le Père Murphy commettait des abus sur des enfants, «mais ne l’ont jamais dénoncé aux autorités civiles ou criminels», relève le journal. Il a tout simplement été déplacé en 1974 par Mgr William E. Cousins, archevêque de Milwaukee, dans le diocèse de Superior, dans le nord du Wisconsin, «où il a passé les 24 dernières années de sa vie à travailler librement avec des enfants dans des paroisses, des écoles et (…) dans un centre de détention pour les jeunes»,
Rome avait été avertie
Selon le journal américain, des documents provenant d’une action en justice sur cette affaire font état à ce sujet d’une correspondance adressée directement par le Père Murphy au cardinal Joseph Ratzinger en 1996. Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi aurait également été alerté des accusations contre le Père Murphy par l’archevêque de Milwaukee de l’époque, Mgr Rembert Weakland, qui lui aurait écrit 2 lettres à ce sujet.
Dans les années 70, a expliqué pour sa part le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, certaines victimes ont rapporté ces abus aux autorités civiles, qui enquêtèrent alors, mais, «selon la presse», l’enquête s’arrêta. «La Congrégation pour la doctrine de la foi n’a été informée de cette affaire que 20 ans plus tard», a alors souligné le Père Lombardi.
’Crimen sollicitationis’ en cause
«Il a été suggéré qu’un lien existait entre l’application de ’Crimen sollicitationis’ (*) et le fait que ces abus d’enfants n’aient pas été rapportés aux autorités civiles», a ensuite noté le Père jésuite dans sa déclaration, affirmant au contraire qu’il n’existe pas de lien. «En effet, a-t-il souligné, contrairement à certaines déclarations qui ont circulé dans la presse, ni ›Crimen sollicitationis’, ni le Code de droit canon n’ont jamais interdit de rapporter des cas de pédophilie» à la justice.
A la fin des années 1990, 20 ans après que les cas d’abus eurent été rapportés aux responsables diocésains et à la police, «la Congrégation pour la doctrine de la foi a dû aborder pour la première fois la question du traitement de l’affaire Murphy de manière canonique», a encore expliqué le Père Lombardi. Le dicastère fut informé de cette affaire «car elle impliquait la sollicitation dans le confessionnal, qui est une violation du sacrement de pénitence».
«Il est important de noter que la question canonique présentée à la Congrégation pour la doctrine de la foi n’était pas liée à de potentielles procédures civiles ou pénales à l’encontre du Père Murphy», a ajouté le Père jésuite. «Dans de tels cas, a-t-il rappelé, le Code de droit canon ne prévoit pas de peines automatiques mais recommande un jugement qui n’exclue pas (…) le retour à l’état laïc».
Raisons de santé
Le Père Murphy était âgé, en mauvaise santé et vivait dans l’isolement et aucune déclaration d’abus n’avait été rapportée en 20 ans, a enfin soutenu le Père Lombardi. La Congrégation pour la doctrine de la foi avait suggéré à l’archevêque de Milwaukee de prendre en compte cette situation. Par exemple, «en réduisant le ministère public du Père Murphy et en lui demandant d’assumer l’entière responsabilité de la gravité de ses actes».
La révélation de ›l’affaire Murphy’ n’est pas la première cherchant à associer le nom de Joseph Ratzinger aux scandales de pédophilie qui éclaboussent actuellement de nombreux pays, comme l’Allemagne, l’Irlande ou encore les Pays-Bas.
En février et mars 2010, des affaires fortement médiatisées ont impliqué le monastère bénédictin d’Ettal, situé dans le diocèse de Munich-Freising (Allemagne), dont Benoît XVI avait été archevêque, ainsi que le chœur d’enfants de Ratisbonne (Allemagne) dirigé pendant longtemps par son propre frère, Mgr Georg Ratzinger. JB/CP
(*) Signée en 1962, sous le pape Jean XXIII, par le préfet du Saint-Office, le cardinal Alfredo Ottaviani, l’Instruction «Crimen sollicitationis», envoyée secrètement aux évêques du monde entier, traitait alors des questions relatives aux abus sexuels et, plus spécialement, de ceux liés au sacrement de pénitence (la confession). (apic/imedia/cp/be)




