Congo RDC: Face aux assaillants de la LRA la population du Nord est livrée à elle-même
Un évêque s’insurge et montre du doigt l’inefficacité de la MONUC
Kinshasa, 4 avril 2010 (Apic) Face aux incursions en territoire du Congo RDC de la LRA, un évêque a le sentiment que la population est abandonnée à elle-même.
«Indépendamment de tout bilan et polémique, le véritable problème réside dans le fait qu’ici, dans notre région, les gens sont attaqués, massacrés et obligés de vivre dans la peur, loin de leurs villages, négligés par le gouvernement et l’administration locale. Après les massacres de décembre dernier, qui ont été immédiatement dénoncés, aucune enquête n’a été ouverte par le gouvernement, ni aucune aide n’a été versée aux familles des victimes qui souffrent et ont besoin d’assistance», dit Mgr Julien Andavo Mbia,
L’évêque d’Isiro-Nyangara, dans le Nord-est du pays, est ainsi interviewé par Misna sur le rapport publié par l’ong Human rights watch (Hrw) à propos des attaques commises à la mi-décembre par les rebelles ougandais de la Lra dans le district du Haut-Uélé.
Le rapport soutient qu’entre le 14 et le 17 décembre derniers, une dizaine de villages auraient été attaqués dans la zone de Makombo – qui comprend Tapili et Mabanga ya talo – et que 321 civils minimum y auraient été tués et 250 autres enlevés, dont environ 80 enfants. Quelques jours après les faits, les témoignages recueillis sur place par des sources de Misna avaient confirmé les massacres, rapportant des bilans de dizaines voire de centaines de victimes.
«Aujourd’hui même, j’ai parlé avec un prêtre de la région et les informations qu’il m’a données, même en l’absence d’un bilan précis, sont dans l’ensemble conformes à la thèse soutenue par Hrw», ajoute l’évêque, se disant «choqué» par le démenti apporté lundi par le ministre de la Justice et des Droits de l’homme Luzolo Bambi, qui a affirmé que 25 personnes maximum auraient péri dans les attaques des rebelles.
«Nous nous attendions à un soutien de la part du gouvernement et non pas à des déclarations de ce genre, enclines à minimiser l’ampleur du problème», s’insurge Mgr Mbia.
Contactées par l’Agence Misna, d’autres sources de la mission locale de l’Onu (Monuc) confirment un bilan très élevé de victimes, précisant qu’une enquête non exhaustive menée dans la zone en question et dont les conclusions n’ont pas encore été publiées, rapporte le massacre de 270 personnes au moins. À Dungu, dans le Haut-Uélé, un agent social, Justin Zeyosa, affirme avoir recueilli les témoignages de proches de victimes qui ont confirmé des «attaques contre plusieurs villages par une quarantaine de rebelles, divisés en petits groupes, et de très nombreuses victimes».
Le week-end dernier, le gouvernement ougandais avait fait preuve de scepticisme quant au bilan de Hrw, également rejeté par un présumé commandant du groupe rebelle à la solde de Joseph Kony, qui a démenti toute implication du mouvement de la Lra dans les violences. La présence de combattants de la Lra est enregistrée depuis un an et demi dans le Nord-est du Congo, où ils s’étaient rendus coupables dès décembre 2008 de graves attaques dans les zones de Dungu, Isiro, Faradje et Watsa, faisant de nombreuses victimes.
Selon un rapport diffusé par l’Onu fin 2009, de décembre 2008 à décembre 2009, les rebelles de la Lra auraient tué plus de 1300 civils – sans tenir compte du nouveau bilan de Hrw – et enlevé 1400 personnes dans la vaste région qui s’étend du Nord-est du Congo au Sud-Soudan et au Sud-est de la République Centrafricaine. (apic/misna/pr)




