RDC: Des milliers de civils pris dans l’enfer des combats dans le Nord-Est
Ouverture d’un couloir humanitaire pour sauver les populations civiles
Kinshasa, 19 avril 2010 (Apic) Des milliers de civils pris entre les feux de l’armée et des milices rebelles dans la Province Orientale, au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) vont pouvoir quitter les lieux. Le gouvernement leur a ouvert un couloir humanitaire pour leur permettre de se sauver.
Rustic Avo, vice-commissaire du district de l’Ituri, cité par l’agence de presse de l’ONU «IRIN» (Réseau Régional d’Information Intégrée), a indiqué que les autorités congolaises ont décidé l’ouverture d’un couloir humanitaire pour permettre à la population civile bloquée entre les milices et les FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo) de rejoindre les zones sécurisées «suite à l’enregistrement de plusieurs centaines de morts et d’une morbidité sévère».
Au moins 5’000 civils sont bloqués depuis décembre 2009 dans la zone de Mukato Ngazi, à environ 100 km au sud de Bunia, en raison d’une grande offensive du gouvernement contre les rebelles à Poto Poto, Mokato et Tchey, au sud de Bunia, la ville principale du district de l’Ituri. «Ils ont souffert et continuent à souffrir». Les FARDC les prenaient pour des milices rebelles, alors que ces derniers les utilisaient comme boucliers. «Ils les ont pillés, torturés et violés», explique un notable de la communauté des Walendu Bindi (ou Balendu) qui a préféré garder l’anonymat.
Le 12 mars dernier, la société civile des Walendu Bindi a indiqué que des soldats avaient ouvert le feu sur un groupe de femmes qui se rendaient dans les champs pour chercher des feuilles de manioc, afin de nourrir leur famille. Six d’entre elles, dont deux femmes enceintes, ont été tuées.
Un groupe d’étudiants, qui s’est rendu dans la région en mars, exprime son inquiétude
«Nous y avons passé seulement quatre jours, mais nous y avons enregistré 21 morts, ainsi que plusieurs tombes ici et là», explique Adaba Masumbuko, président du groupe. «La plupart des morts étaient des femmes et des enfants», précise-t-il encore. Les étudiants ont également constaté un manque d’infrastructures sanitaires et d’écoles.
«J’ai dénombré près de 300 malades qui ne pouvaient pas se tenir debout», déclare Kobvo Angaika, un autre membre du groupe. «Ces personnes et leurs familles ne sont de toute évidence pas en état d’emprunter le couloir humanitaire», ajoute-t-il.
Le déplacement, une épreuve de plus pour une peuplade déjà affaiblie
Le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a envoyé des camions au village d’Ozoba, dans le territoire d’Irumu, pour transporter les personnes qui dans leur exil sont affaiblies par de longues marches. Environ 10 civils supplémentaires sont morts lors du déplacement. Quatre autres ont péri à Aveba, à 90 km au sud de Bunia.
La Fédération luthérienne mondiale a commencé à distribuer de l’aide alimentaire à environ 47’000 personnes déplacées dans la région. Médecins sans frontières Suisse a également établi une aire médicale de transit à Aveba où les victimes de violences sexuelles reçoivent des soins.
La Commission mouvements de population de l’Ituri a recensé 167’000 personnes déplacées, dont 64% se trouvent à Irumu, au sud de Bunia, où l’armée a affronté le FRPI (Front de résistance patriotique en Ituri) et le FPJC (Front populaire pour la justice au Congo). Pour les autorités du district, il est difficile d’évaluer le nombre exact de personnes déplacées, certaines ayant trouvé refuge en Ouganda. (apic/ibc/chm)




