Kenya: Les négociations avec les Eglises sur la constitution échouent
Le clergé se retire de la table des négociations
Nairobi, 30 avril 2010 (Apic) Les responsables d’Eglise du Kenya se sont retirés des négociations menées avec le gouvernement sur la constitution. Ils annoncent leur intention de mobiliser les chrétiens afin de les inviter à voter contre le projet de loi fondamentale proposé pour ce pays d’Afrique de l’Est.
Justifiant leur départ de la table des négociations le 28 avril, les leaders chrétiens, cités par l’Agence ENI, ont invoqué l’hypocrisie du gouvernement.
«Nous consacrerons notre énergie à éduquer la population kenyane sur les enjeux des principaux thèmes et à faire campagne pour le rejet du projet», a déclaré à la presse à Nairobi le pasteur Peter Karanja, secrétaire général du Conseil national des Eglises du Kenya.
Le président Mwai Kibaki avait appelé début avril à la tenue de négociations suite aux préoccupations formulées par de nombreux responsables d’Eglises, pour lesquels le projet de constitution prévoit de légitimer les tribunaux islamiques – connus sous le nom de tribunaux de khadi – et à légaliser l’avortement si la santé ou la vie de la mère sont menacées.
Le 27 avril, le gouvernement de Mwai Kibaki a fait l’annonce suivante: «Il a été impossible de modifier la loi de manière à répondre aux préoccupations des responsables d’Eglise», ce qui a conduit les responsables d’Eglise des traditions protestante, catholique romaine, évangélique et pentecôtiste à quitter la table des négociations.
«Le gouvernement a été incapable de présenter des solutions satisfaisantes répondant aux préoccupations des membres de l’Eglise», a déclaré l’évêque catholique romain, Mgr Philip Sulumeti, vice-président de la Conférence épiscopale du Kenya, peu après son retrait des négociations.
Mgre Sulumeti a expliqué: «L’Eglise ne peut pas du tout transiger sur la question de la vie, du droit à la vie, ni accepter une disposition qui ne garantirait pas l’égalité et l’équité religieuses, comme c’est le cas pour les tribunaux de khadi».
Selon les responsables religieux, la constitution proposée ne protégerait pas le fœtus, donnerait une existence légale aux tribunaux de khadi et exclurait les musulmans de la Déclaration des droits. En outre, elle ne prévoit pas la séparation de l’Etat et de la religion, ont-ils affirmé.
Les responsables chrétiens ont déploré que la loi fondamentale ne garantisse ni les droits de prêcher et de convertir, ni l’égalité des religions dans la vie professionnelle. Ils craignent également qu’elle permette l’application de conventions internationales sans l’approbation du Parlement.
«Ces dispositions signifient que le Kenya ne sera pas fondé sur une base de justice», a déclaré l’évêque Moffat Kilioba, de l’»Eglise du plein Evangile pour toutes les nations», ajoutant: «ce qui entraînera des inégalités et des conflits.»
Note discordante: l’archevêque anglican à la retraite David Gitari avait cependant appelé les responsables d’Eglise à accepter le projet, affirmant qu’il s’agit d’un «moindre mal» et que des amendements pourraient y être apportés par la suite. Son point de vue n’est toutefois pas partagé par les autres responsables d’Eglise. (apic/eni/pr)




