Thaïlande : La crise paralyse depuis la mi-mars le centre-ville de Bangkok

Un moyen pour les plus pauvres de dénoncer les injustices sociales

Bangkok, 4 mai 2010 (Apic) «Dans le sillage d’un réveil, d’une prise de conscience entamée depuis quelques années, cette mobilisation est pour les franges les plus pauvres de la population le moyen de mener campagne contre les injustices sociales, pour leurs droits et l’égalité». C’st ce que déclare le Père Adriano Pelosin, qui opère en Thaïlande depuis 32 ans, et interprète pour l’agence MISNA la crise qui paralyse depuis la mi-mars le centre-ville de Bangkok.

«L’origine de cette situation est ancrée dans l’histoire du pays et de son peuple, autrefois négligé, et ce pendant des siècles, par les institutions», précise l’Italien, missionnaire de l’Institut pontifical des Missions étrangères (Pime). Il rappelle que «tous les Thaïlandais ont une grande vénération pour leur roi et la famille royale».

Des milliers de manifestants dits les Chemises Rouges, originaires pour la plupart des zones rurales du Nord du pays, occupent et paralysent la capitale depuis sept semaines, empêchant le fonctionnement normal de nombreuses activités commerciales et freinant l’afflux des touristes. «Une partie des manifestants viennent des campagnes mais une autre des périphéries de Bangkok qui compte cinq millions d’habitants extrêmement pauvres sur une population totale de 20 millions», signale Père Pelosin, qui a opéré de longues années dans les bidonvilles de la capitale, contribuant notamment à la construction de centres pour les enfants abandonnés.

Les protestations sont largement soutenues par le controversé ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra en exil volontaire. Magnat des télécommunications que d’aucuns définissent l’homme le plus riche de la Thaïlande, il a été destitué en 2006 par un coup d’État militaire avant d’être condamné par la Cour suprême pour corruption et abus de pouvoir. Nommé Premier ministre en 2001 et confirmé lors des élections suivantes, Thaksin Shinawatra a entretenu son électorat – à dessein politique, soulignent certains observateurs – dans les zones rurales et pauvres du pays, que la classe dirigeante avait jusque là négligées, en élaborant des programmes de type populiste. C’est ainsi que le système sanitaire est devenu gratuit pour tous, que le courant électrique est arrivé dans des villages reculés, que la scolarisation s’est développée et qu’une campagne d’épuration – au moyen de méthodes parfois discutables – a été menée contre la drogue et la corruption au sein des forces de sécurité.

«Tout à coup, les pauvres ont vu leurs requêtes écoutées et certains de leurs problèmes résolus, ce qui a notamment entraîné une forte réduction des inégalités», dit encore à la MISNA le missionnaire du Pime. L’actuel gouvernement n’a révisé aucune des réformes sociales mises en place par son prédécesseur, mais l’éloignement forcé du pouvoir de certains collaborateurs de l’ancien Premier ministre accusés de financements illicites a généré le mécontentement au sein d’une partie de ses partisans. Même en exil à l’étranger, Thaksin Shinawatra est resté en contact permanent avec les leaders des Chemises Rouges et a par ailleurs appelé le 4 mai ses sympathisants à accepter la proposition de sortie de crise présentée par le Premier ministre Abhisit Vejjajiva, qui prévoit notamment la tenue d’élections anticipées le 14 novembre. (apic/misna/bb)

4 mai 2010 | 16:48
par webmaster@kath.ch
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