Débats tous azimuts après les propos de l’archevêque de Québec

Canada: L’Eglise Unie du Canada qualifie de «radicales» les positions du cardinal Marc Ouellet sur l’avortement

Montréal, 21 mai 2010 (Apic) Selon un sondage Léger Marketing-Agence QMI, 94% des Québécois ne soutiennent pas les propos du cardinal Marc Ouellet sur l’avortement. Les résultats publiés jeudi 20 mai dans le Journal de Montréal indiquent que 86% des répondants se disent totalement en désaccord avec lui, alors que 8% se disent en désaccord. 3% des répondants se disent en accord avec les propos et 2% se disent assez en accord.

Selon ce sondage, 81% des répondants pensent que l’avortement doit être laissé au libre choix des femmes et 77% sont en désaccord avec l’affirmation que les femmes abusent de l’accès à l’avortement. 83% des répondants estiment que le cardinal Ouellet «est déconnecté de la réalité du Québec actuel», tandis que 45% pensent qu’il «méprise les femmes».

Le cardinal Ouellet, Primat du Canada, a affirmé le week-end dernier que l’avortement n’est pas un acte justifié, même en cas de viol. Dans le cadre de la «Journée internationale de la famille», l’archevêque de Québec était l’invité d’honneur du congrès organisé par Campagne Québec-Vie samedi 15 mai à Québec.

L’avortement, un crime, même en cas de viol

A cette occasion, il a déclaré qu’à ses yeux l’avortement constituait moralement un crime. Au sujet d’un cas théorique concernant une femme violée enceinte malgré elle, il posait cette question au sujet de l’enfant à naître: «Mais il y a déjà une victime. Est-ce qu’il faut en faire une autre ?» Les propos de l’archevêque de Québec avaient soulevé un véritable tollé, notamment dans la classe politique.

La ministre de la Culture et de la Condition féminine du Québec Christine St-Pierre s’est étonnée lundi que le cardinal s’oppose même à ce que des victimes de viol subissent cette intervention. Elle a aussi affirmé que l’avortement est un choix personnel et que jamais les femmes n’accepteront de revenir en arrière sur ce point. La ministre fédérale des Affaires intergouvernementales et de la Francophonie, Josée Verner, a jugé ces propos inacceptables, de même que la ministre québécoise des Aînés Marguerite Blais.

L’Eglise Unie pas opposée à l’avortement dans certaines circonstances

L’Eglise Unie du Canada, la seconde en taille après l’Eglise catholique, s’est à son tour dissociée des propos du cardinal Marc Ouellet. Elle a affirmé «qu’il ne saurait être question de régresser de quelque façon dans notre société sur le droit des femmes à des avortements libres, gratuits et sécuritaires».

L’Eglise Unie insiste pour dire que «ces positions radicales ne font pas l’unanimité dans les groupes religieux de notre société». L’Eglise Unie a été parmi les premières dénominations à prendre position en faveur de l’avortement. En 1980, le 28e Conseil général, la plus haute instance décisionnelle de l’Eglise Unie, a adopté une déclaration débutant par un témoignage sur «l’inhérente sainteté de toute vie humaine, tant celle immature du fœtus que celle exprimée dans la vie de la mère». Elle conclut cependant qu’un avortement, en tant qu’importante question morale, peut être pratiqué comme «alternative responsable» après de soigneuses considérations sur la situation médicale, sociale et économique de la femme.

«Devant le débat qui s’étend, l’Eglise Unie du Canada s’oppose fortement à un quelconque recul sur les droit des femmes à disposer d’elles-mêmes, comme d’ailleurs sur les droits de tout autre groupe de notre société: personnes immigrantes et réfugiées, minorités ethniques, membres d’autres religions ou minorités d’orientations sexuelles diverses, comme nous ne le voyons que trop dans les orientations qui contaminent insidieusement notre espace social depuis quelques années sous les pressions des groupes de droite», indique David Fines, le responsable des communications publiques de l’Eglise Unie.

«L’honneur ou le malheur de défendre la dignité de la personne humaine sans condition ni compromission»

Dans un billet publié dimanche 16 juin dans les pages du journal «Le Soleil» à Québec, le cardinal Marc Ouellet a écrit qu’il avait «l’honneur ou le malheur de défendre la dignité de la personne humaine sans condition ni compromission. Dans le débat actuel sur l’euthanasie, cela me vaut d’être traité d’intégriste et d’ayatollah. Certains ne supportent pas que la dignité humaine ne soit en rien diminuée quand la personne n’est pas encore née, qu’elle est malade, handicapée ou mourante. J’affirme que la dignité de la personne humaine demeure pleine et entière du premier instant jusqu’à la toute fin de son existence. Elle est inviolable parce qu’il s’agit d’une personne humaine, tout simplement». Le 2 mai déjà, l’archevêque de Québec avait livré un message similaire aux membres de la Fédération canadienne des sociétés de médecins catholiques (FCSMC) réunis à Montréal. (apic/rvm/com/be)

21 mai 2010 | 16:52
par webmaster@kath.ch
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