Chine: Vagues de suicides à Shenzhen dans l’entreprise Foxconn

Reproches à l’Eglise catholique pour son manque d’implication aux côtés des travailleurs

Hongkong, 13 juin 2010 (Apic) A Shenzhen, région proche de Hongkong, en Chine, des travailleurs migrants s’interrogent sur les raisons du manque d’implication de l’Eglise catholique auprès des employés de Foxconn, une puissante entreprise de sous-traitance mondiale.

A Shenzhen, la zone économique spéciale qui jouxte Hongkong, l’actualité de ces dernières semaines a aussi concentré ses regards sur Foxconn Technology, le premier sous-traitant mondial de grandes marques de produits électroniques telles que Apple, Nokia, Dell ou Sony, notamment parce que, dans les deux immenses usines de ce groupe à capitaux taïwanais, plus d’une dizaine d’employés – dont la plus jeune avait 16 ans – se sont suicidés sur leur lieu de travail depuis janvier 2010. Parmi les 400’000 employés de ces deux usines figurent des catholiques, dont certains n’hésitent pas à critiquer l’Eglise locale pour son manque d’implication face à ces tragédies et à son absence de réactivité pour apporter un soutien humain et spirituel aux travailleurs migrants.

Sous les feux de l’actualité, avec des suicides, le groupe taïwanais a annoncé, le 7 juin des mesures draconiennes. Pour les travailleurs migrants qui peuplent les ateliers de montage de l’usine, la raison des suicides peut sans doute être cherchée dans le domaine spirituel, mais, comme ont témoigné certains d’entre eux sous couvert de l’anonymat, c’est plutôt le manque de respect mutuel et l’absence de chaleur dans les relations entre les employés qui nuisent à la vie spirituelle des personnes, lesquelles sont immergées dans une entreprise aux normes très strictes, pour un travail répétitif et sans perspective.

Contacté par l’agence Ucanews, citée par Eglises d’Asie, Chen est un travailleur migrant catholique, employé chez Foxconn. Il travaille sur les chaînes d’assemblage de l’iPhone et se présente sous son seul patronyme. Il témoigne de son isolement : « Je ne connais pas les lieux, ni la ville alentour. A l’occasion, je dois travailler le dimanche et c’est pourquoi je n’ai pas l’occasion d’aller à la paroisse locale pour la messe dominicale. » Il n’hésite pas à dire que l’Eglise ne se préoccupe pas suffisamment du sort des travailleurs migrants, qui le plus souvent ne connaissent que les quelques personnes avec lesquelles ils partagent leur dortoir. Il serait bienvenu, poursuit-il, que les paroisses de Shenzhen proposent des activités le week-end pour conforter les gens dans leur vie de foi et de communauté. Des visites pourraient également être organisées pour aller à la rencontre de ceux qui ne peuvent, du fait des rythmes de travail, se rendre à l’église.

En l’absence d’un tel soutien de la part de l’Eglise locale, Chen et une trentaine de ses coreligionnaires employés par Foxconn ou d’autres usines ont créé un forum d’échanges sur Internet, un espace ouvert où ils expriment leurs joies et leurs soucis. Tous ne travaillent pas chez Foxconn mais tous sont employés dans des usines de la zone économique spéciale.

Dans les paroisses catholiques de Shenzhen, on reconnaît la nécessité de se mobiliser pour venir en aide aux travailleurs migrants. « Nous n’avons sans doute pas été assez réactifs, peut-être du fait d’une certaine immaturité dans notre formation spirituelle, témoigne un prêtre. Mais les paroissiens de Shenzhen ont véritablement le souci des questions sociales. »

A Shenzhen, une ville et un centre industriel surgis des rizières à partir des années 1980, la population dépasse les 14 millions d’habitants, dont 2 seulement ont le statut de résidents permanents. L’afflux de migrants, venus de l’arrière-pays et de toutes les provinces de Chine, a fait de cette région la cinquième région la plus densément peuplée du monde. Les catholiques estiment que leur nombre n’y dépasse pas les 30’000, soit 0,21 % de la population totale. Et, tout comme Shenzhen dispose d’un statut particulier en tant que zone économique spéciale, l’Eglise locale y est organisée de manière particulière : les deux églises paroissiales, la chapelle et les six missions qui la composent ne dépendent pas d’un diocèse local, mais sont directement rattachées à la Conférence épiscopale « officielle » à Pékin. Les six prêtres qui y servent sont envoyés de Pékin pour trois ans en moyenne.

Pour le P. Francis Xavier Zhang Tianlu, curé de la paroisse Saint-Antoine, dans le district de Futian, la mobilité des prêtres est un handicap. « Nous ne pouvons pas prendre nos propres décisions, comme cela se fait dans un diocèse normal. Certaines initiatives pastorales manquent de continuité du fait de la rotation trop rapide des prêtres », explique-t-il. (apic/eda/pr)

13 juin 2010 | 08:58
par webmaster@kath.ch
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