«Notre pays aura tout à gagner s’il permet une plus grande liberté religieuse»

Turquie: Le Premier ministre turc défend les droits des chrétiens face aux protestations des milieux nationalistes

Istanbul, 26 août 2010 (Apic) Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a défendu les mesures prises par son gouvernement pour renforcer les droits des minorités religieuses. Le leader de l’AKP (Parti de la justice et du développement, représentant de l’islam dit modéré), a dénoncé la vague de protestation des milieux nationalistes contre la récente tenue d’un service religieux orthodoxe au monastère byzantin de la Vierge noire à Sümela, dans l’un des plus anciens monastères du pays.

«Nous ne perdons rien si 500 ou 2’000 personnes se réunissent pour assister à un service religieux ensemble», a déclaré à la presse à Ankara le Premier ministre Erdogan. «Notre pays aura tout à gagner s’il permet une plus grande liberté religieuse. La Turquie elle-même a demandé l’autorisation de construire une mosquée à Athènes, et ce processus pourrait s’accélérer si la situation s’améliore ici».

Le Premier ministre s’exprimait suite à la tenue du premier service religieux en près de 90 ans au monastère byzantin de la Vierge noire à Sümela, près du port de Trabzon, sur la mer Noire, célébré par le patriarche œcuménique Bartholomée Ier, chef de l’Eglise orthodoxe de Constantinople. Le service s’est déroulé en présence de 3’000 chrétiens orthodoxes de Turquie, de Grèce, de Russie, de Géorgie et des Etats-Unis.

Un monastère transformé en musée après la création de la République de Turquie

Le monastère a été fondé au 4e siècle, mais il a été transformé en musée après la création de la République de Turquie en 1923 et le départ des moines grecs. L’autorisation de célébrer un service de deux heures dans le monastère a été donnée par le Ministère de la Culture. Il s’agit de la plus récente concession accordée à une minorité non musulmane.

Toutefois, des groupes nationalistes locaux ont protesté contre la tenue de ce service par une page spéciale sur le réseau social Facebook, accusant les chrétiens de profiter de l’occasion pour «chercher à se venger» de la capture de Trébizonde, l’actuelle Trabzon, par les Ottomans en 1461.

Discriminations et hostilité contre les chrétiens

Les minorités chrétiennes se plaignent souvent de discriminations et d’hostilité à leur encontre en Turquie, dont la plupart des 71,5 millions d’habitants sont musulmans sunnites. En mai, le Premier ministre Erdogan a ordonné aux autorités locales de «respecter les droits des minorités chrétiennes et juives» et de «faire preuve de respect envers leur clergé».

La Commission européenne a lancé à la Turquie plusieurs avertissements, l’invitant à garantir une meilleure protection des droits religieux si elle souhaite adhérer à l’Union européenne en 2015.

Les craintes quant à la sécurité des chrétiens se sont intensifiées après l’assassinat en juin dernier à Iskenderun, dans le sud du pays, de Mgr Luigi Padovese, un évêque d’origine italienne qui était président de la Conférence épiscopale catholique de Turquie. Parmi les mesures prises, le gouvernement a annoncé début août qu’il accorderait les droits de la citoyenneté turque aux métropolites orthodoxes représentant le Patriarcat œcuménique à l’extérieur de la Turquie.

Le gouvernement a par ailleurs restitué deux églises du début du Moyen-Age situées à Mardin, dans le sud-est du pays, à la communauté syriaque orthodoxe, qui compte 5’000 membres, trente ans après leur confiscation par l’Etat. Pourtant, Elçin Macar, professeur à l’Université technique Yildiz d’Istanbul, estime que le Parti de la justice et du développement (AKP) du Premier ministre Erdogan ne réserve pas un traitement égal aux minorités.

«L’AKP suit une politique différente de celle des précédents gouvernements», a déclaré ce politologue de 42 ans, selon le service de presse turc Obianet. «Cependant, le gouvernement mène actuellement sa politique comme à l’époque ottomane, avec l’idée de rendre justice en tolérant les minorités et en estimant que leur existence nécessite une protection». Elçin Macar ajoute: «C’est ce point-là qu’il faut remettre en question, car cette politique n’est pas acceptable à notre époque. Les membres des minorités ne doivent pas être un objet de condescendance. Elles doivent bénéficier de droits égaux en tant que citoyens de la République». (apic/eni/be)

26 août 2010 | 16:27
par webmaster@kath.ch
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