Un musulman libanais l’affirme devant le pape
Rome: Conserver la présence chrétienne en Orient est un «devoir»
Rome, 14 octobre 2010 (Apic) Conserver la présence chrétienne» en Orient est «un devoir» aussi bien pour les musulmans que pour les chrétiens, a soutenu Mohammed Sammak, conseiller politique du Grand mufti du Liban dans la soirée du 14 octobre 2010 au Vatican. Prenant la parole devant Benoît XVI, ce responsable sunnite a aussi espéré que le Synode des évêques pour le Moyen-Orient ne serait pas simplement «un cri de souffrance chrétien» dans un «Orient souffrant». Comme lui, l’Iranien chiite Seyyed Mostafa Mohaghegh Damad avait été invité à parler devant le pape et les «Pères synodaux».
Au cours de son intervention, Mohammed Sammak s’est dit «préoccupé pour l’avenir des musulmans d’Orient à cause de l’émigration des chrétiens d’Orient». A ses yeux, «conserver la présence chrétienne est un devoir islamique commun autant qu’un devoir chrétien commun».
Celui qui est aussi secrétaire musulman du Comité national libanais pour le dialogue islamo-chrétien a estimé que «les chrétiens d’Orient» n’étaient pas «une minorité accidentelle» car ils étaient «à l’origine de la présence de l’Orient avant l’islam».
Un Orient souffrant
Mohammed Sammak a aussi jugé «très important que ce synode ne soit pas simplement un cri de souffrance chrétien qui résonne dans cette vallée de douleurs qu’est (leur) Orient souffrant». «Il n’y a qu’une seule souffrance pour les Orientaux», a-t-il insisté.
Les chrétiens d’Orient sont à l’épreuve, mais ils ne sont pas seuls», a-t-il martelé, avant d’estimer que le «problème des chrétiens d’Orient» était «une seule et même cause islamo-chrétienne».
L’Orient ne peut vivre sans chrétiens
En Orient, «source et berceau du christianisme», la présence chrétienne «qui œuvre et qui agit avec les musulmans est une nécessité autant chrétienne qu’islamique». «C’est une nécessité non seulement pour l’Orient, mais aussi pour le monde entier», a poursuivi Mohammed Sammak.
Selon lui, chrétiens et musulmans sont alors appelés à «travailler ensemble» dans le «respect des fondements et des règles de la citoyenneté», mais aussi en «dénonçant la culture de l’exagération et de l’extrémisme dans son refus de l’autre et dans son désir d’avoir le monopole exclusif de la vérité authentique».
Le fait de «prendre le chrétien pour cible en raison de sa religion, même s’il s’agit là d’un phénomène nouveau et accidentel pour nos sociétés, peut être très dangereux» car, a prévenu l’intervenant libanais, «il pose le problème de la réciprocité».
Quelques heures plus tôt, interrogé par la presse sur les difficultés que rencontrent les musulmans souhaitant se convertir au christianisme, Mohammed Sammak avait souligné la persistance, aux yeux de beaucoup de musulmans, d’une confusion qui s’est faite dans l’histoire de l’islam au sujet de la conversion. Ainsi, «changer de religion» revient encore à «changer de camp» et «rejoindre l’ennemi». La conversion est ainsi encore perçue comme un «acte de trahison».
Le Liban, qui n’a pas de religion d’Etat, compte plus de 50 % de chrétiens et quelque 40 % de musulmans. Parmi les 2 millions de chrétiens libanais, 1,8 million sont catholiques. Un Synode des évêques pour le Liban avait eu lieu au Vatican en décembre 1995.
Mohammed Sammak a déjà participé à plusieurs rassemblements interreligieux, comme celui d’Assise (Italie) en 2002 ou, encore celui de Barcelone (Espagne) début octobre 2010, sous la houlette de la communauté Sant’Egidio. (apic/imedia/lb/js)




