Roumanie: La justice déclare illégale la construction d’un immeuble à côté de la cathédrale

Victoire symbolique pour l’archevêché de Bucarest

Bucarest, 8 novembre 2010 (Apic) Victoire symbolique pour l’archevêché de Bucarest dans le litige concernant la construction d’un immeuble de quelque 80 mètres surplombant la cathédrale Saint-Joseph, dans le centre de la capitale roumaine. La cour d’appel de Suceava a rendu le 3 novembre une décision «irrévocable» en faveur de l’archevêché catholique romain de Bucarest, qui s’oppose depuis 2006 à cette construction illégale.

Mgr Ioan Robu, archevêque de rite latin de Bucarest, compte désormais obtenir la démolition de cette tour, dont le gros œuvre est pourtant achevé et dont une bonne part des 23’000 m2 est déjà vendue.

«C’est une décision historique», s’est exclamé l’archevêque latin de Bucarest, en annonçant à la presse, en présence du clergé et de laïcs responsables des mouvements, la sentence rendue quelques jours plus tôt par le tribunal de Suceava, au nord du pays.

Appel à la mobilisation des catholiques pour faire raser cette verrue de béton

Prenant à témoin les forces vives diocésaines, Mgr Robu entend relancer la mobilisation des catholiques pour aller jusqu’au bout de ce qui lui semble devenu enfin réalisable: faire raser la «verrue» de béton, de métal et de verre qui n’a cessé de s’élever dans le ciel de la capitale roumaine depuis des années.

Car ce bâtiment ultramoderne fait plus que de l’ombre à la cathédrale latine: il met en péril la stabilité même de cet édifice néogothique du XIXe siècle, classé monument historique, dans une zone dont les risques sismiques sont connus.

Dénommé cyniquement «Cathedral Plaza»

L’immeuble, qui comporte 19 étages et quatre niveaux en sous-sol, est destiné par ses promoteurs, «Millenium Building Development» et «Willbrook Management» à abriter des bureaux et des parkings, ainsi que des espaces commerciaux. Baptisé «Cathedral Plaza», il s’élève à moins de dix mètres de la cathédrale Saint-Joseph.

Dès 2006, de premières déclarations d’illégalité de ce projet avaient été obtenues en justice par le diocèse. Mais même les interventions du Saint-Siège auprès des autorités roumaines pour demander la suspension des travaux sont restées vaines, malgré le Traité de l’Union européenne sur le Maintien du patrimoine culturel (1993), auquel la Roumanie a pourtant adhéré. Une Commission pour la surveillance des constructions avait alors rendu un rapport, repris à son compte par le Sénat, demandant la suspension immédiate des travaux. Peine perdue: le chantier n’a jamais été interrompu, ses promoteurs bénéficiant du soutien des pouvoirs publics malgré le caractère illégal du projet.

La municipalité s’est ralliée très tardivement à la cause de l’Eglise, qui obtint en 2009 un nouveau jugement d’illégalité du projet immobilier, lequel ne s’était lui non plus concrétisé par un arrêt de la construction. Sans doute était-il déjà bien tard. D’où l’amertume de Mgr Robu, dénonçant samedi devant les médias «l’arrogance, l’esprit de domination, le mépris et les défis» subis par l’Eglise de la part des pouvoirs publics dans ce dossier. «Les autorités municipales ont fait croire aux gens que nous n’aurions jamais gain de cause. Mais avec la foi, nous y sommes arrivés !», a-t-il lancé.

L’anarchie immobilière ravage la capitale depuis une quinzaine d’années

Les associations de sauvegarde du patrimoine roumain sont venues se réjouir avec l’Eglise, devant la presse. Ainsi l’association «Salvati Bucurestiul» (Sauvez Bucarest), qui se bat contre l’anarchie immobilière ravageant la capitale depuis une quinzaine d’années, se réjouit de la nouvelle sentence concernant la cathédrale Saint-Joseph: «Ce jugement ne demande certes pas la démolition de l’immeuble, mais il va permettre à l’Eglise de l’obtenir. Et pour notre part, il nous aidera à appuyer un projet de loi, en débat au Parlement, en vue d’interdire désormais toute construction compromettant le patrimoine».

De son côté, la société immobilière à l’origine du projet, «Cathedral Plaza», n’a pas manqué de se dire à son tour confiante en une issue judiciaire favorable à ses intérêts: dénonçant le «harcèlement juridique» entretenu par l’Eglise, Daiana Voicu, directrice générale de Willbrook, a d’ores et déjà annoncé que sa société allait utiliser toutes les voies de recours prévues par la législation roumaine pour faire valoir son bon droit, étant donné que la construction de l’immeuble est achevée et une partie des locaux déjà loués.

La foi de Mgr Robu restera-t-elle la plus forte jusqu’au bout ? Fort du jugement de Suceava, l’archevêque latin de Bucarest a, en tout cas, regonflé le moral de ses troupes, leur désignant clairement l’objectif qui demeure plus que jamais d’actualité: «Rétablir autour de la cathédrale le paysage harmonieux qui existait avant l’édification de cette monstruosité». (apic/mk/be)

8 novembre 2010 | 09:46
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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