Une vingtaine d’extraits inédits de «Lumière du monde»

Rome: Le pape admet l’utilisation du préservatif dans certains cas

Rome, 20 novembre 2010 (Apic) Pour la toute première fois, Benoît XVI se confie sur nombre de sujets délicats dans un livre intitulé «Lumière du monde – le pape, l’Eglise et les signes des temps», qui paraîtra dans plusieurs pays dès le 23 novembre. Le pape y admet notamment l’utilisation du préservatif «dans certains cas» en matière de lutte contre le Sida, afin de «réduire les risques de contamination». Il évoque aussi le «choc énorme» qu’il a ressenti face à l’ampleur des scandales de pédophilie au sein de l’Eglise. Il se prononce contre une «interdiction généralisée» du port de la burqa et revient sur les différentes crises qui ont secoué ses cinq premières années de pontificat, rapporte l’agence vaticane I.MEDIA.

Au fil de la vingtaine d’extraits publiés dans l’édition datée du 21 novembre de «L’Osservatore Romano», le pape affronte ainsi «les questions les plus brûlantes dans le monde actuel», rapporte le quotidien du Vatican. Dans ce livre, résultat de six heures d’entretiens menés fin juillet dans la résidence papale de Castel Gandolfo par le journaliste allemand Peter Seewald, le pape indique que, dans la lutte contre le Sida, le préservatif peut être justifié dans «des cas particuliers» et donne un seul exemple, celui de la prostitution masculine.

Plus loin, selon la presse internationale, le pape justifie encore l’utilisation du préservatif «dans certains cas, quand l’intention est de réduire le risque de contamination», en y voyant un «premier pas pour ouvrir la voie à une sexualité plus humaine, vécue autrement». Benoît XVI, cependant, ne juge pas l’utilisation du préservatif comme «la véritable manière de vaincre le virus». Il met aussi en garde contre une «banalisation» de la sexualité, qui mérite plutôt une véritable «humanisation».

La pédophilie, «un choc énorme»

Sans fard, le pape évoque également les affaires de pédophilie qui ont récemment secoué l’Eglise. Le souverain pontife estime qu’il n’avait pas été «totalement surpris», du fait des longues années passées à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Pour autant, il confie que l’ampleur de la situation, en Irlande en particulier, a été pour lui «un choc énorme». «Voir à l’improviste le sacerdoce sali de la sorte, et l’Eglise catholique avec lui, a été difficile à supporter», reconnaît encore Benoît XVI, qui évoque ensuite le rôle des médias dans cette affaire.

«Il était évident que l’action des médias, soutient ainsi le pape, n’était pas seulement guidée par la seule recherche de la vérité, mais qu’il y avait aussi comme un plaisir à mettre l’Eglise au pilori». Benoît XVI reconnaît que les médias n’auraient pas pu faire ces récits si le mal n’avait pas existé dans l’Eglise elle-même.

Revenant avec Peter Seewald sur les difficultés traversées depuis son élection, Benoît XVI confie qu’il savait dès le départ que «l’atmosphère n’aurait pas toujours été aussi joyeuse qu’au début». Il évoque «les forces de destruction» en présence aujourd’hui, les «menaces et les erreurs» du monde actuel.

Questions d’actualité

Les extraits publiés par le quotidien du Vatican font ainsi apparaître un pape ouvert à de nombreuses questions d’actualité, comme l’interdiction faite aux femmes musulmanes, en France en particulier, de porter le voile intégral. «Je ne vois pas de raison pour une interdiction généralisée», dit ainsi Benoît XVI. «Si elles veulent le porter volontairement, je ne vois pas pourquoi on devrait le leur interdire», poursuit le pape, tout en s’opposant à la «violence» faite aux femmes à qui le port de la burqa est imposé. Benoît XVI juge aussi «tout naturel» que les musulmans puissent se réunir en prière dans des mosquées en Occident.

Par ailleurs, le souverain pontife définit de la drogue comme «un animal monstrueux et méchant, un serpent du commerce et de la consommation qui enserre le monde et détruit les jeunes, les familles, apporte la violence et menace l’avenir de pays entiers».

Répondant aux questions du journaliste bavarois, le pape évoque aussi la figure de Pie XII (1939-1958). Il justifie le fait que le pape de la Seconde guerre mondiale n’ait «pas protesté de façon plus explicite» face à la déportation des juifs. «Pie XII fait partie des justes. Il a sauvé de nombreux juifs comme nul autre.»

L’ouvrage «Lumière du monde – le pape, l’Eglise et les signes des temps» paraîtra en plusieurs langues, dont l’italien et l’allemand, le 23 novembre prochain. La version française, confiée aux Editions Bayard, devrait être en vente le 3 décembre. (apic/imedia/ami/nd)

20 novembre 2010 | 19:44
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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