Zürich : Prise de position de la RKZ sur les flux financiers des communautés religieuses

« Le projet FAKIR confirme l’utilité sociale des Eglises »

Zürich, 23 novembre 2010 (Apic) L’étude FAKIR sur les flux financiers des communautés religieuses en Suisse atteste par des faits l’ancrage de l’Eglise au sein de la société et son utilité pour elle. C’est ce que souligne notamment la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ) dans une prise de position signée de son secrétaire général Daniel Kosch.

Dans son message délivré le 23 novembre, la RKZ, qui se concentre essentiellement sur les enjeux catholiques de l’étude, souligne cinq points qui méritent d’être soulevés selon elle :

1. FAKIR comble une lacune dans la connaissance de la réalité ecclésiale et l’établissement de données à ce sujet ;

2. FAKIR précise, systématise et confirme de nombreuses présomptions ;

3. FAKIR atteste par des faits l’ancrage de l’Eglise au sein de la société et son utilité pour elle ;

4. FAKIR attire l’attention de l’Eglise sur les risques auxquels elle est exposée sous l’angle financier et entrepreneurial ;

5. FAKIR invite à entreprendre d’autres recherches et réflexions sur le sujet du financement des Eglises.

Lacune comblée

« Jusqu’à aujourd’hui, l’Eglise catholique n’a jamais eu de vision nette de sa situation financière à l’échelon du pays, cela malgré le fait que ses ressources sont assurées principalement par l’impôt et des subsides étatiques, toutes données publiées officiellement », lance Daniel Kosch. « Pour la première fois, FAKIR a rassemblé toutes les données à disposition et les a relevées sur des bases uniformes. Ce travail de recherche marque incontestablement une étape, comble une lacune dans le domaine des statistiques religieuses et favorise la transparence ».

« De même, poursuit la RKZ, cette étude revêt une importance significative aussi pour le débat touchant les rapports entre l’Eglise et l’Etat, dans lequel les questions financières refont régulièrement surface. On se souviendra à ce propos des critiques récurrentes formulées à l’encontre de l’assujettissement des personnes morales à l’impôt ecclésiastique. Or, les CHF 264 millions que les Eglises au bénéfice d’une reconnaissance de droit public encaissent à ce titre ne représentent qu’un cinquième de ce que les membres des Eglises paient eux-mêmes sous la forme d’impôts ecclésiastiques et 0,5% des dépenses globales des cantons ».

« De plus, au-delà de pures données chiffrées, FAKIR livre des informations très précieuses sur l’utilisation qui est faite des fonds: où va l’argent et comment est-il réparti entre les divers domaines d’activité », souligne le communiqué.

FAKIR précise, systématise et confirme de nombreuses présomptions

« On supputait déjà avant la réalisation de l’étude que l’impôt ecclésiastique moyen acquitté par catholique oscille entre CHF 250 et CHF 350, que l’Eglise encaisse entre CHF 800 millions et un milliard de recettes provenant des impôts ecclésiastiques et de subsides étatiques, que les écarts entre les cantons sont considérables et que les fidèles sont certes nombreux mais de condition relativement modeste, cela en raison de la répartition ville-campagne de la population catholique et de la forte proportion d’immigrés parmi celle-ci. », relève Daniel Kosch. Aussi, selon lui, « les conclusions de l’étude FAKIR ne réservent guère de grandes surprises. Il n’en demeure pas moins que les estimations sont une chose et que les affirmations précises, systématisées et basées sur des faits et des enquêtes indépendantes en sont une autre. Les secondes jouissent d’une plus grande crédibilité et ont dès lors plus de chances d’être prises au sérieux ».

L’ancrage de l’Eglise au sein de la société

«Les Eglises jouissent de l’estime de la population non seulement pour leur rôle social mais encore pour ce qu’elles ont à offrir en tant qu’institution religieuse accompagnant les personnes dans leur recherche de sens de la vie au quotidien ainsi que lors d’événements importants de l’existence tels que la naissance, le mariage, la maladie et la mort. », affirme la RKZ, relevant que « un fort pourcentage de personnes est conscient que les prestations des Eglises ont un coût et ne sauraient être assurées que si l’on consent à débourser quelque chose pour en bénéficier. Ce sont là des arguments de taille pour qui cherche à justifier le soutien des Eglises par l’Etat. Un soutien consistant non seulement en une aide financière mais encore en la garantie d’un libre accès aux écoles, à la radio et à la télévision, aux hôpitaux et aux prisons, et en la reconnaissance d’un droit à manifester publiquement sa présence ». Daniel Kosch songe notamment aux édifices religieux, aux sonneries de cloches et autres symboles manifestes ou encore à la célébration de services religieux lors d’événements exceptionnels.

Attention aux risques

« Les représentants des Eglises ne devraient pas braquer leur regard uniquement sur les aspects positifs et encourageants que révèle l’étude mais aussi sur les risques qu’elle laisse transparaître », prévient Daniel Kosch, qui en cite quatre :

– Les nettes différences de situation matérielle de canton à canton (l’Eglise catholique dans le canton de Genève dispose de CHF 37.– par membre alors que, dans le canton de Zoug, il s’agit de CHF 600.-, autrement dit seize fois plus) « En des temps où les baisses d’impôts comptent au nombre des sujets de prédilection débattus au sein de nombreux cercles, FAKIR est une invitation à pousser plus loin les investigations. (…) Comment gérer ces contradictions lorsqu’il s’agit d’organiser une solidarité à l’échelon suisse entre ›riches’ et ›pauvres’? »

– La dépendance parfois très forte de l’Eglise à l’égard des recettes provenant de l’imposition des personnes morales et des subsides des pouvoirs publics.

– La sécurité financière et institutionnelle réside dans l’hypertrophie de structures professionnelles et administratives qui pourraient déresponsabiliser les fidèles à l’égard de la bonne marche de la vie de l’institution. « Son fonctionnement pourrait devenir l’affaire exclusive de ses ›fonctionnaires’ », relève Daniel Kosch, pour qui « une situation financière confortable permet certes de réaliser beaucoup de choses, mais elle n’est pas automatiquement garante d’une vie communautaire plus intense ».

– L’effet paradoxal des conclusions positives de l’étude FAKIR. « Le constat de la bonne santé financière de l’Eglise catholique contraste avec l’image médiatique passablement ternie de l’institution mais aussi avec le sentiment diffus de l’existence d’un état de crise en son sein », prévient la RKZ. « En clair, grâce à des finances (encore) favorables, l’Eglise parvient à sauvegarder les apparences du point de vue organisationnel, alors que sa situation semble loin d’être rose au niveau de ses fondements spirituels et de sa substance ».

FAKIR est une invitation à pousser plus loin les investigations

Invitant à pousser un peu plus loin la réflexion, Daniel Kosch est d’avis que « sur le plan purement financier, d’importantes lacunes restent à combler ». « Ainsi, selon lui, les données relatives au patrimoine de l’Eglise font défaut, qu’il s’agisse des capitaux ou des biens immobiliers. De même, tous les domaines d’activité de l’Eglise qui ne sont pas financés directement ou à titre principal par des impôts ecclésiastiques ou des subsides de l’Etat ont été laissés de côté. Tel est le cas des tâches accomplies à l’échelon diocésain – un niveau très important pour la conception que l’Eglise catholique nourrit d’elle-même – et à l’échelon national. Il en va de même des ordres et des couvents, des oeuvres d’entraide, des campagnes de dons et de collecte, etc. »

Par ailleurs, poursuit le secrétaire général de la RKZ, « il serait passionnant de rechercher quelles seraient les répercussions d’un financement d’importance variable sur les prestations de l’Eglise et l’utilité qu’elles représentent pour la société. Par exemple, si l’argent à disposition se montait à 30, 300 ou 600 francs par catholique? Est-ce que les corporations ecclésiastiques cantonales touchant des impôts sur les personnes morales ou d’importants subsides de l’Etat s’en sortent très différemment de celles qui ont pour uniques ressources les contributions volontaires de leurs membres? Des analyses plus approfondies permettraient-elles de cerner où l’argent est utilisé efficacement et où il est gaspillé, cela sur la base d’une comparaison entre le coût et l’utilité des prestations de l’Eglise dans les domaines du culte, de la formation, de l’animation de jeunesse et de l’activité médiatique? »

Enfin, la prise de position de Daniel Kosch se conclue sur un appel à « ne pas s’arrêter à cette photographie de la situation actuelle que constitue l’étude FAKIR ». « Un monitoring financier continu permettrait de faire apparaître des évolutions, de créer une plus grande transparence et de fournir des bases de décision sur lesquelles pourraient s’appuyer tant les communautés religieuses elles-mêmes que la collectivité. Si les communautés religieuses, y compris celles qui n’ont pas été englobées dans l’étude FAKIR, pouvaient se mettre d’accord sur une méthode commune de relevé des données et confier ce monitoring à un institut indépendant, cela permettrait de faire des comparaisons valables et aiderait considérablement les Eglises à conserver leur crédibilité et leur soutien dans la société ». (apic/com/bb)

23 novembre 2010 | 14:54
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 6  min.
Partagez!