Allemagne: Le Sommet Afrique-Union Européenne vu par le cardinal Peter Turkson
Les Européens, ces voisins et premiers visiteurs
Berlin, 29 novembre 2010 (Apic) Le cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson partage ses attentes envers le Sommet Afrique-Union européenne. Le prélat ghanéen de 62 ans, éminent représentant du catholicisme en Afrique, est président du Conseil pontifical Justice et Paix. Du 29 au 30 novembre, le Sommet réunit à Tripoli, la capitale libyenne des pays africains et membres de l’Union européenne sur le thème « Investissement, croissance économique et création d’emploi ».
Apic: Quelles attentes avez-vous vis-à-vis du Sommet?
Cardinal Turkson: Voilà bientôt dix ans que plusieurs Etats africains ont fondé le Nepad, Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique. Ce projet a suscité différentes initiatives: développer les valeurs, lutter contre la pauvreté, s’assurer de la transparence des formes de gouvernement, renforcer les droits de la femme, aider les enfants de manière directe.
Aujourd’hui, le Nepad s’est endormi et nous ignorons quand et s’il va se réveiller. Heureusement, l’Union africaine a repris à son compte quelques uns des objectifs du Nepad et s’est engagée avec le soutien de l’Union européenne. Le Sommet Afrique-Union européenne a hérité, dès la première rencontre en 2007, de certains de ces objectifs et doit s’appliquer à les réaliser.
Apic: Les chefs d’Etats européens accordent-ils suffisamment d’importance à ces objectifs?
Cardinal Turkson: J’espère que malgré le choix du lieu de conférence, Tripoli, l’Union européenne va prendre au sérieux les projets qui permettraient à l’Afrique de sortir de la pauvreté. Ces projets consistent à l’encouragement de la transparence, au soutien des formes légitimes de gouvernement, à l’économie locale et aux droits de la femme. On peut y ajouter beaucoup d’autres objectifs. Prenez le commerce agricole: si l’Europe ouvrait son marché aux produits africains, il s’agirait d’un progrès important. L’Afrique ne nécessiterait plus alors d’aussi importantes aides financières.
Actuellement, l’agriculture allemande est subventionnée par l’Etat alors qu’en Afrique, il n’en est pas ainsi. Parallèlement, on a érigé des barrières pour protéger le marché européen. Ce n’est pas correct. La rencontre de Tripoli doit prendre ces questions au sérieux. Il s’agit d’intercéder pour l’Afrique.
Apic: L’Europe est un voisin direct de l’Afrique. Cela donne-t-il une responsabilité particulière à l’Union européenne?
Cardinal Turkson: Si l’Europe a toujours été la voisine de l’Afrique, elle en a également été le premier visiteur. Les européens ont visité le continent africain bien avant les chinois et les indiens. Mais l’Europe a délaissé l’Afrique et, ce faisant, elle a laissé un espace dans lequel la Chine s’est aujourd’hui introduite. L’Europe doit tout faire pour réduire à nouveau cet espace. Celui qui se plaint que la Chine est trop investie en Afrique et prend trop d’influence, doit se rappeler que l’Europe a eu toutes ses chances. Elle doit prendre l’Afrique au sérieux et regarder l’Africain dans les yeux. Quand les chefs d’Etats européens voyageront-ils en Afrique?
Apic: Comptez-vous sur la réalisation des objectifs du Millénium d’ici 2015?
Cardinal Turkson: Oui, nous avons encore cinq ans. J’espère que ces cinq prochaines années apporteront quelque chose. Après tout, il n’y a pas que les Etats qui s’investissent pour atteindre ce but, mais également de grandes organisations. Je tiens cependant à adresser un avertissement: les aides sont trop liées à des conditions, comme le contrôle des naissances. Et le soutien accordé par les pays donateurs doit être cohérent. Dans certains pays, les organisations de développement et celles de l’ONU s’engagent pour un accès généralisé à l’eau potable, une initiative bonne et nécessaire. Mais dans les mêmes régions, les entreprises étrangères engagées dans l’extraction de l’or et des richesses du sous-sol polluent gravement l’eau. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas.
Apic: Que peut apprendre l’Europe de l’Afrique?
Cardinal Turkson: A apprécier la vie. Malgré tous les problèmes, malgré tous les conflits, les Africains ont un amour et une estime de la vie humaine.
(apic/kna/pem/amc)




