Vietnam: Destruction d’un centre pastoral mennonite et arrestation de son pasteur
Eglise reconnue mais activités considérées comme illégales
Saigon, 20 décembre 2010 (Apic) Le pasteur Nguyên Hông Quang, animateur spirituel d’une communauté mennonite de Hô Chi Minh-Ville (Saigon), a été arrêté le 14 décembre à 9 heures. Quelques minutes plus tard, la police procédait à la destruction complète du lieu de culte, du jardin de prière et de l’école biblique, rapporte Eglises d’Asie (EDA), agence d’information des Missions étrangères de Paris (MEP).
Selon le récit des faits, l’arrestation s’est accompagnée de brutalités. A 12 heures, l’ensemble était totalement rasé. La vingtaine d’étudiants de l’école biblique présents sur les lieux ont été appréhendés et interrogés, puis ramenés à leurs domiciles. Le pasteur Pham Ngoc Thach – présent au moment des faits – a également été arrêté, selon des informations de la communauté mennonite (*).
Dans le colimateur du gouvernement
Un journaliste de «Radio Free Asia» a contacté le pasteur par téléphone portable, le 19 décembre. Il était interrogé dans les locaux de la Sécurité publique du deuxième arrondissement de Hô Chi Minh-Ville.
Bien que l’Eglise mennonite ait été officiellement reconnue par l’Etat vietnamien en 2007, les activités religieuses du pasteur Quang sont toujours considérées comme illégales par les autorités. Le centre pastoral – cible de l’opération policière – était familièrement appelé «l’église de l’étable» par les fidèles qui le fréquentaient, à cause de son dénuement et de l’ancienne utilisation des lieux. En août 2010, les autorités ont fait savoir leur volonté de faire disparaître le centre pour des questions d’urbanisme. Il devait s’y ajouter l’inimitié éprouvée par les autorités à l’égard d’un pasteur militant en faveur des droits de l’homme. Averti depuis longtemps des intentions des autorités municipales, ce n’est que le 10 décembre que le pasteur a pris connaissance du décret prescrivant la destruction du centre; destruction qui a eu lieu quatre jours plus tard.
Le «Saigon Giai Phong», organe du Parti communiste pour la métropole du sud, dénonçait depuis longtemps ce qu’il appelait «les agissements erronés» du pasteur Quang. Deux séries d’articles l’avaient déjà pris pour cible. Les premiers, publiés du 22 au 27 septembre, étaient intitulés: «Le vrai visage du pasteur autoproclamé Nguyên Hông Quang». Les deuxièmes datent de la veille de son arrestation. Un article passait en revue sa vie, avec comme titre «Les infractions sans fin de Nguyên Hông Quang». Le lendemain, un texte rendait compte de l’opération policière et reprochait au pasteur et à ses amis d’avoir opposé aux policiers une résistance violente.
Un défenseur de la liberté religieuse
Le pasteur Quang est reconnu pour sa ferveur évangélique et sa lutte pour la liberté religieuse. Ce n’est pas la première fois qu’il a des démêlés avec les autorités et la police de Hô Chi Minh-Ville. Grande figure de la contestation, le pasteur Quang s’est fait connaître par ses interventions publiques en faveur de la liberté religieuse et des droits de l’homme. Il a attiré l’attention dès septembre 2001, en soutenant une école que la communauté mennonite essayait de faire fonctionner. Comme avocat en juin 2003, il s’est mêlé à la lutte d’une communauté protestante pour construire sa propre église dans le deuxième arrondissement de Hô Chi Minh Ville, malgré l’interdiction et les interventions musclées des forces de l’ordre.
Dans ses lettres, il a signalé à plusieurs reprises des persécutions subies par sa communauté, à Kontum et à Hô Chi Minh Ville. Le 8 juin 2004, le pasteur Quang et cinq membres de sa communauté sont arrêtés pour s’être opposé à des fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions. Le 12 novembre de la même année, le Tribunal populaire de Hô Chi Minh-Ville le condamnait à trois ans de prison, et ses compagnons à des peines allant de neuf mois à deux ans d’emprisonnement. Peu après, trois des fidèles condamnés étaient relâchés. Quant au pasteur Quang, il a dû attendre le 30 août 2005 pour être libéré.
(*) Apparus en Hollande et en Allemagne au XVIème siècle, les communautés mennonites s’organisent autour de Menno Simons, un prêtre des Pays-Bas qui quitte l’Eglise catholique en janvier 1536. Précurseurs du concept de laïcité, les mennonites doivent très tôt échapper aux persécutions politiques et religieuses. Ils refusent: le baptême des enfants (ils sont anabaptistes, préférant un baptême plus tardif, précédé d’une profession de foi personnelle); l’usage des armes (et donc le service militaire); certains progrès techniques pour une minorité d’entre eux; et le pasteur n’est pas un intermédiaire entre les croyants et Dieu.
Selon des renseignements du «Global Anabaptist Mennonite Encyclopaedia on line», les premiers missionnaires mennonites sont arrivés au Vietnam en 1957. Le premier baptême a eu lieu en 1961. En 1973, l’Eglise mennonite était déjà autonome. En 1975, elle comptait 152 fidèles; en 2003, on compte 26 communautés et 1’100 fidèles au Vietnam. (apic/eda/ggc)




