Bethléem: Chants traditionnels et fête populaire haute en couleurs
Là où les musulmans fêtent aussi Noël
Bethléem, 26 décembre 2010 (Apic) Le muezzin de la mosquée sur la Place de la Crèche appelle à la prière juste au moment où le convoi du Patriarche latin de Jérusalem démarre en cet après-midi du 24 décembre dans la ville natale de Jésus. Les gens se pressent dans les ruelles étroites qui mènent à l’église de la Nativité. Des centaines de scouts se déplacent sur la Place de la crèche en tambourinant de leur mieux dans leurs uniformes multicolores.
Les touristes et les pèlerins se fondent dans la masse des chrétiens locaux et des nombreux musulmans. Il règne une ambiance de fête populaire. Beaucoup sont venus à Bethléem. Il n’y a d’ailleurs jamais eu autant de monde, selon les habitants du lieu.
A Noël, beaucoup de visiteurs restent durant toute la nuit. Les hôtels sont bondés. «Pas d’auberge libre» se font entendre ceux qui sont venus au dernier moment sans réserver. «Noël est une fête pour tous à Bethléem», affirme Pierbattista Pizzaballa. Les choeurs qui entament des chants de Noël traditionnels en arabe lui donnent raison. Que lors de «la Noël traditionnelle» la part commerciale joue également un rôle non négligeable n’est pas si dramatique pour le Custode de Terre sainte. «La composante spirituelle a toujours été très forte». Le côté économique est également important pour la population, affirme le franciscain italien. Finalement, les visiteurs contribuent au bien-être des habitants.
C’est effectivement une bonne journée du point de vue commercial. Issa en est convaincu déjà à midi. Ce jeune musulman a installé son stand de kebabs directement sur Place de la Crèche. L’ambiance est bonne, trouve-t-il. L’illumination et l’organisation deviennent «chaque année meilleures». Le thème du message de Noël du patriarche Fouad Twal – l’ouverture aux autres et le dialogue avec nos frères musulmans – semble au moins se réaliser le même jour sur place à Bethléem. «C’est beau de pouvoir partager cette fête avec vous les chrétiens», affirme la musulmane Nisrin, qui est venue de Ramallah avec ses sœurs.
Une atmosphère particulière
L’atmosphère de cette année est particulière, souligne le Custode Pizzaballa. «Tout est un peu plus positif et engendre une meilleure entente entre chrétiens et musulmans». Le portrait du religieux se trouve d’ailleurs sur les murs du tout nouveau centre des médias, entre ceux de Yasser Arafat et Mahmud Abbas. Et même la relation entre Palestiniens et Israéliens semble plus détendue qu’autrefois. Le voyage aller était «inhabituellement simple», affirme pour sa part Muslim Khader, de Jérusalem. Et même dans les deux sens, ajoute le chrétien Youssef, qui a reçu ce Noël pour la première fois depuis 7 ans une autorisation de passage vers Jérusalem. Nikolay, du Programme d’accompagnement oecuménique en Palestine et Israël, qui observe ce même jour le Checkpoint de Bethléem, se dit étonné de la fluidité des passages.
A un seul moment les forces de sécurité ont fait preuve de nervosité sur la Place de la Crèche. Le président palestinien Abbas doit inaugurer le Centre des visiteurs, en compagnie du Patriarche et du Custode. Pourtant, le convoi est accueilli par la foule en fête avec des applaudissements et des sifflets de joie. La fierté de la population de pouvoir montrer ce nouveau centre doté d’une technologie moderne est perceptible.
Seuls quelques visiteurs étrangers montrent leur déception. Ils avaient espéré obtenir sur place un billet d’accès à la Messe de Minuit présidée par le Patriarche de Jérusalem. «L’an prochain, nous devrons peut-être installer un écran géant sur la Place de la Crèche», affirme une jeune collaboratrice. «Nous prendrons exemple sur les concerts rock!».
Encadré:
Nombre record de pèlerins
La ville de Bethléem a effectivement accueilli un nombre record de visiteurs cette année. C’est ce qu’ont annoncé le 25 décembre des responsables palestiniens. Les visiteurs pourraient même être plus nombreux que les 90’000 prévus par l’Autorité palestinienne.
«C’est la première année que Bethléem accueille autant de monde», a déclaré à l’AFP un responsable de cette ville de Cisjordanie occupée, George Saade, précisant cependant que les chiffres exacts n’étaient pas encore disponibles.
Dans le sillage de la deuxième intifada, déclenchée en 2000, la crainte d’une résurgence des violences a tenu les touristes à distance, laissant pendant plusieurs années Bethléem déserte au moment de Noël, rappelle L’AFP. Selon les autorités, les 24 hôtels de la ville affichaient complet. (apic/ak/ag/bb)




