Chine: Désarroi et frustration règnent au sein de la communauté catholique

Après le 8e Congrès des représentants catholiques

Pékin, 28 décembre 2010 (Apic) La reprise en main politique de certaines structures de l’Eglise, après le 8e Congrès des représentants catholiques de Chine, les 8 et 9 décembre derniers à Pékin, provoque colère et incompréhension au sein de la communauté catholique.

«Pendant toute la réunion, j’ai gardé la tête baissée et j’ai refusé de voter pour les évêques présentés par le gouvernement, mais ils ont quand même comptabilisé mon vote. Les dés étaient pipés, les résultats donnés d’avance… Aucun de nous, évêques, prêtres, religieuses ou laïcs présents n’avions la moindre chance d’exprimer notre opposition aux candidats officiels. Le gouvernement ne voulait prendre aucun risque, la victoire du régime était garantie.» Ce témoignage d’un des évêques chinois présent au 8e Congrès des représentants catholiques de Chine – l’Eglise officielle chinoise, dite «Eglise patriotique» -, illustre le désarroi et la frustration qui règnent aujourd’hui dans une grande partie de la communauté catholique du pays, peut-on lire dans le quotidien français La Croix online du 27 décembre.

Certains évêques voulaient marquer leur «résistance» en n’apportant pas leurs vêtements liturgiques à l’occasion de ce rassemblement officiel, organisé par les instances politiques de l’Eglise de Chine. Mais les organisateurs avaient tout prévu: des habits étaient disponibles, afin de les obliger à concélébrer avec les évêques illégitimes, consacrés sans l’approbation de Rome.

Manipulations et pressions politiques

«L’élection de trois évêques illégitimes au sein de la Conférence des évêques de l’Eglise catholique de Chine (BCCCC) prouve la victoire de Liu Bainian, un catholique idéologique pur et dur, vice-président depuis 1992 de l’Association patriotique des catholiques de Chine, grand organisateur de cette Conférence qui a voulu renforcer l’autonomie et l’indépendance de l’Eglise de Chine pour les années à venir», a déploré un prêtre de Hong Kong, cité par La Croix. Cette situation plonge dans un profond désarroi tous ceux qui avaient espéré une amélioration de la situation de l’Eglise de Chine et de ses relations avec le Vatican. En effet, ces dernières années, un espoir été né notamment lors de consécrations d’évêques d’un commun accord entre Pékin et Rome.

«Tout le monde a voulu croire que le dialogue allait dans le bon sens (…). Le Vatican également, avec sa politique de la main tendue, alors que des forces politiques agissaient en coulisses afin de renforcer encore le poids et l’influence de l’Association patriotique, sous la pression du Bureau des affaires religieuses et du Front uni, les deux organes politiques les plus liés au Parti communiste chinois», explique une laïque catholique chinoise de Hong Kong. Elle ajoute que seul le cardinal Joseph Zen Ze-kiun, ancien évêque de Hong Kong, maintenait une ligne inflexible à l’égard de Pékin, mettant sans cesse en garde contre les manipulations et les pressions politiques exercées contre les prêtres et évêques en Chine.

Rentrés dans leur paroisse, certains prêtres redoutent de devoir s’expliquer devant des fidèles parfois très critiques à l’égard du pouvoir politique, qui a la mainmise sur l’Eglise. «On sait qu’un petit nombre d’évêques font du zèle, un grand nombre se laisse malmener, s’imaginant que résister ouvertement serait plus nocif pour l’Eglise, et enfin un tout petit nombre essaye de s’opposer, mais sans résultat», déclare un autre prêtre chinois dont les propos sont rapportés par La Croix.

Que va faire Rome?

Dans un communiqué au ton particulièrement ferme, le 17 décembre dernier, le Saint-Siège avait fait part de sa «profonde douleur» après la tenue de la 8e Assemblée nationale des représentants catholiques. La volonté persistante des autorités chinoises «de contrôler la sphère la plus intime des citoyens, c’est-à-dire leur conscience, et de s’immiscer dans la vie intérieure de l’Eglise catholique ne fait pas honneur à la Chine», avait encore déploré le Vatican.

Dans de nombreuses paroisses, les fidèles se sentent malgré tout perdus et se posent beaucoup de questions: que va faire Rome? Y aura-t-il des sanctions contre certains évêques, des excommunications ou des invalidations de certaines ordinations? Doit-on assister aux messes d’évêques illégitimes? Comment se positionner à l’égard de l’Association patriotique?

Selon La Croix, tous les prêtres du diocèse de Cangzhou (province du Hebei) ont envoyé une lettre au gouvernement faisant part de leurs inquiétudes: «Nous nous demandons si la politique religieuse du pays n’est pas en train de régresser», écrivent-ils. Plus au nord, dans la province du Heilongjiang, Mgr Wei Jingyi, évêque souterrain, a écrit une lettre pastorale demandant à tous ses fidèles de «prier spécialement pour notre Eglise en difficulté», comme l’a spécifiquement demandé Benoît XVI, dans son message de Noël. Le pape a tenu à souligner «l’esprit de foi, la patience et le courage» des fidèles catholiques chinois et les a encouragés à ne pas baisser les bras à cause des «limitations de leur liberté de religion et de conscience». (apic/lacroix/dm/nd)

28 décembre 2010 | 09:35
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
Partagez!