«Un grave épisode d’intolérance religieuse»

Egypte: Les terroristes ne sont pas les seuls responsables de l’attentat d’Alexandrie, selon le cardinal Turkson

Rome, 4 janvier 2011 (Apic) L’attentat contre l’église copte Al Kidissine à Alexandrie (Egypte), fin décembre 2010, ne doit pas être imputé uniquement à des groupes terroristes, selon le président du Conseil pontifical Justice et Paix. Ce dernier met l’Etat égyptien face à ses responsabilités, dans une interview publiée par L’Osservatore Romano, le 4 janvier. Dressant ensuite un large bilan de sa première année à la tête de ce dicastère, le cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson fait notamment part de ses réserves quant au recours aux organismes génétiquement modifiés (OGM) en Afrique.

Le cardinal Turkson craint que le massacre d’Alexandrie soit réduit à un «acte terroriste imprévisible», alors qu’il s’agit d’un «grave épisode d’intolérance religieuse, dont on finit par attribuer la responsabilité à des groupes terroristes». Selon lui, c’est précisément la ligne de conduite adoptée par l’Etat égyptien, et son président Hosni Moubarak en tête, qui a dénoncé un acte de «terrorisme aveugle».

Des citoyens sans citoyenneté

«C’est sûrement vrai, précise le haut prélat, mais cela ne doit pas faire oublier que ce sont des Egyptiens qui ont été tués et que cela est arrivé dans leur pays, dans leurs rues, dans leurs maisons. Un Etat doit défendre ses citoyens, il ne doit pas permettre qu’ils vivent dans la terreur, sans protection».

«Pour les chrétiens, confie le cardinal Turkson dans cette interview, cela arrive trop souvent, comme s’ils étaient des citoyens sans citoyenneté». Et de regretter la différence de moyens engagés par l’Egypte pour assurer la sécurité des touristes, source de richesse pour la nation, et celle des chrétiens lorsque l’une ou l’autre de ces catégories est la cible d’attentats.

OGM et ONU

De nombreuses autres questions sont abordées dans l’interview que le cardinal ghanéen a accordée au quotidien du Vatican, dont celle du bien-fondé du recours aux OGM pour dynamiser l’agriculture en Afrique. Depuis des années, le Saint-Siège fait part de pressions sur le Vatican pour convaincre ses responsables de se prononcer en faveur des OGM. En la matière, l’Eglise catholique s’en tient encore au «principe de précaution».

Constatant pour sa part que, «surtout en Afrique, certaines multinationales cherchent et obtiennent l’approbation des évêques locaux pour diffuser l’utilisation de ces organismes», le haut prélat invite à se demander honnêtement si les OGM ne seraient pas plutôt «un business pour enrichir certains». Et de douter de leur réelle nécessité, qui semble davantage motivée par «le traditionnel jeu de la dépendance économique à maintenir à tout prix».

Abordant également le thème de la mondialisation, le cardinal Turkson souligne la nécessité «d’instituer une autorité supranationale, universellement reconnue, capable de donner une tendance éthique et morale au développement».

«Ce rôle supranational, explique le cardinal ghanéen, est aujourd’hui déjà du ressort de l’ONU». Selon lui, «il ne serait donc pas nécessaire de créer un doublon, mais plutôt de donner à cette organisation un nouveau visage, correspondant davantage aux temps qui ont changé».

Le haut prélat africain propose comme autre solution la création d’un «forum» impliquant toutes les nations du monde, «avec la même dignité, avec la même liberté d’expression et avec les mêmes possibilités d’élaborer des plans communs». (apic/imedia/cp/lb/nd)

4 janvier 2011 | 18:04
par webmaster@kath.ch
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