Inde: Deux hindouistes suspectés de l’assassinat d’un pasteur protestant
Le révérend agissait pour la réconciliation entre chrétiens et hindous
Orissa, 18 janvier 2011 (Apic) Retrouvé mort le 11 janvier dernier, Saul Pradhan, 45 ans, pasteur d’une Eglise pentecôtiste, aurait été assassiné, selon plusieurs témoignages. Sous la pression des organisations de défense des droits de l’Homme, la police a procédé, le 15 janvier, à l’arrestation de deux suspects, Marda Pradhan et Baiju Mallick, membres d’un groupe hindouiste radical et dernières personnes à avoir été vues en compagnie du pasteur, rapporte Eglises d’Asie (EDA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris (MEP).
Vivant au village de Banjamaha, le Révérend Saul Pradhan, pasteur et père de famille, était connu dans la région pour être un apôtre convaincu de la réconciliation entre les communautés chrétiennes et hindoues, qui vivent dans un climat de tension et de violences endémiques. En 2008, le district du Kandhamal a été l’épicentre de pogroms antichrétiens en Orissa, qui ont fait, selon les derniers bilans disponibles, plus d’une centaine de morts, 50’000 déplacés, ainsi que des centaines de maisons et d’édifices religieux détruits.
Selon sa femme Nimata, le pasteur avait rendez-vous, le 10 janvier au soir, avec Marda Pradhan et Baiju Mallick, deux extrémistes hindous impliqués dans les violences antichrétiennes de 2008. Le 11 janvier, sous la menace de la famille du pasteur, Marda Pradhan a mené cette dernière à l’endroit où se trouvait le corps.
Nombreuses menaces
Sajaan George, président du Global Council of Indian Christians (GCIC), une ONG d’obédience protestante, qui lutte contre les violences antichrétiennes, a rencontré la famille du pasteur. Il a rapporté que le Révérend Pradhan faisait l’objet de menaces depuis plusieurs mois de la part des hindouistes, lesquels avaient incendié sa maison lors des pogroms de 2008.
La police de Raikia, dont dépend le village (un secteur qui avait été particulièrement touché par les violences antichrétiennes), avait tout d’abord affirmé que la mort du pasteur n’avait aucun lien avec le communautarisme et qu’elle était due à un «sévère coup de froid», tentant également de dissuader la famille de porter plainte contre les deux suspects.
Mais face à la réaction de différents mouvements et ONG comme le All India Christian Council (AICC) ou le GCIC, lequel réclamait auprès du ministre-président de l’Orissa que l’investigation soit remise entre les mains du Central Bureau of Investigation (CBI) pour plus d’impartialité, les autorités locales ont opéré un revirement inattendu, ordonnant une enquête sur les causes du décès.
La veuve du pasteur se dit persuadée que l’assassinat de son mari est dû au fait qu’il tentait de réconcilier hindous et musulmans de la région, rappelant qu’il avait fait des démarches de pardon, y compris envers ceux qui avaient brûlé sa maison.
Tentative d’étouffer l’affaire
L’ensemble de la communauté chrétienne en Orissa s’est montré très alarmée de ce nouveau meurtre et le Père Bijay Kumar Pradhan, vicaire général du diocèse catholique de Cuttack-Bhubaneswar, a demandé aux autorités de mener une action résolue contre les meurtriers et leurs commanditaires. Le Père Manoj Kumar Nayak, responsable diocésain de la réhabilitation des victimes, a pour sa part déclaré que la tentative de la police locale d’étouffer l’affaire de l’assassinat du pasteur était un «signal très inquiétant».
L’association des «survivants du Kandhamal» a réagi par la voix de son président Bipra Charan Nayak. Ce dernier a déploré le fait que les hindous radicaux aient mis en place «un plan d’élimination systématique de tous les leaders chrétiens», sans que les autorités du district ne fassent quoi que ce soit pour «stopper cette campagne de haine». (apic/eda/nd)




