Lausanne: L’écrivain Bernard Perret en appelle à des copropriétaires responsables
L’économie de demain passe par une création de valeurs
Lausanne, 25 janvier 2011 (Apic) Le Français Bernard Perret était l’invité, lundi 24 janvier, du Centre catholique d’études de Lausanne qui célèbre ses 25 ans autour du thème: «Pour une économie à visage humain». Au cours de sa conférence intitulée «Au-delà de la croissance, un nouveau développement», l’écrivain a présenté les conditions d’existence qui pourraient sauvegarder le monde commun.
Bernard Perret s’est adressé sans ambages à un public attentif, essentiellement lausannois, dans la salle des conférences du casino de Montbenon à Lausanne. L’essayiste et chroniqueur du journal français «La Croix» a énuméré les éléments fondateurs de notre système économique, à savoir la propriété, la valeur et le bien-être. Il est parti naturellement de son livre (*), qui porte sur le développement durable et la croissance.
Développement physique et spirituel de l’homme et économie
Le Français a assumé le choix de ces mots, que certains écologistes – qu’il qualifie de radicaux – veulent bannir du lexique économique. «A mon avis, il y a un rapprochement à faire entre le développement physique et spirituel de l’homme et l’économie, qui doit rester à son service. S’il est connu que la croissance de l’Homme s’arrête à vingt ans, il est important de ne pas l’arrêter et de favoriser le développement humain dans tous les sens positifs du terme. Tant qu’il y a la vie, il y a développement, création et innovation», a analysé le chroniqueur à «La Croix», ne donnant aucune chance à ceux qui prônent la décroissance.
Pour lui, il faut admettre que nous connaissons une crise écologique sans précédents. Il l’a assimilée d’ailleurs à la «drôle de guerre» de 1939-1940. Il a expliqué la comparaison en ces termes: «Nous avons conscience que la situation est catastrophique mais nous faisons comme si de rien n’était.» «Pendant ce temps, a-t-il regretté, le bien-être humain continue d´être étalonné par la consommation dévorante d’énergies, l’accumulation démesurée de biens divers et la destruction de la nature.»
Une chose est sûre, pour ce membre du Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique en France, «L’économie de demain appelle une création de valeurs et l’avenir reste le lieu de la nouveauté. Le changement finira par s’imposer. Difficilement. Mais il aura quand même lieu. L’Homme a tout pour y arriver, notamment à l’aide des énergies spirituelles. L’économie de demain passe par une création de valeurs.», a prédit Bernard Perret, qui voit l’avenir comme un lieu d’espérance.
Inscrire le long terme dans nos Constitutions
Le Français propose même des solutions. Collectivement, il considère que le rôle de l’Etat doit être réaffirmé. Sans qu’il s’agisse d’un retour à l’interventionnisme que le monde a connu dans l’histoire. L’Etat demeurerait le lieu privilégié d’expression d’une volonté collective, car il est le seul à pouvoir le faire. Et l’écrivain de parler de la création du Sénat du futur, du long terme à inscrire dans nos Constitutions, pour créer un véritable cadre de la raison économique. Le spécialiste du travail et de la gestion des temps sociaux propose aussi d’»apprendre à gérer ensemble ce qui appartient à tous», et constitue donc un bien commun. Selon Bernard Perret, le développement durable doit être au cœur de l’action collective. Pour produire nos conditions d’existence et sauvegarder le monde commun, nous devons de toute urgence nous comporter en copropriétaires responsables.
Individuellement, le conférencier a donné des exemples qui invitent à réfléchir aux gestes quotidiens. Si le vélo libre et le covoiturage sont en train d’investir nos habitudes, il reste encore un long virage à négocier, avant de dépasser nos us et coutumes. Quand nous achetons une perceuse, que nous utiliserons au plus pendant 12 minutes pour toute notre vie, n’est-il pas trop tard de penser qu’un tel instrument de bricolage peut suffire pour tout un immeuble? Avons-nous une idée de la consommation écologique, si les neuf milliards de personnes qui peuplent la planète pouvaient chacune s’acheter une perceuse? Vues sous cet angle, les interrogations n’ont pas été de nature à chatouiller le public. Elles l’ont plutôt gratté.
(*) Bernard Perret, «Le capitalisme est-il durable?», éd. Carnets Nord, 2008, 212 pages. (apic/dng/ggc)




