Cambodge: Un temple et deux pays, la crise n’est pas encore résolue

Le gouvernement sollicite l’aide des responsables religieux

Phnom Penh, 18 février 2011 (Apic) Le Cambodge a fait appel aux responsables religieux du pays dans la crise qui l’oppose à la Thaïlande, selon Eglises d’Asie (EDA), l’agence d’information des Missions étrangères de Paris (MEP). Les deux nations revendiquent le temple de Preah Vihear (encadré). Des incidents, qui ont éclaté entre les 4 et 7 février 2011, ont fait près de dix morts, plusieurs blessés et ont provoqué le déplacement de plusieurs milliers de personnes. Le gouvernement désire que les autorités religieuses fassent pression sur l’ONU et convainquent la communauté internationale de s’engager dans la crise.

Peu après le début des échanges de tir entre militaires thaïlandais et cambodgiens, l’Eglise catholique du Cambodge a été contactée par le ministère cambodgien des Cultes. Selon Mgr Olivier Schmitthaeusler, vicaire apostolique de Phnom Penh, le ministère a exprimé le souhait de voir les religions du pays se manifester afin de soutenir la demande de médiation du Cambodge auprès du Conseil de sécurité de l’ONU.

Les évêques du Cambodge, au nombre de trois et représentant une communauté d’environ 25’000 fidèles, ont répondu par un communiqué, rédigé en khmer et daté du 14 février. Signé par Mgr Schmitthaeusler «au nom de l’Eglise catholique», on peut y lire que l’Eglise catholique du Cambodge «regrette profondément les combats» de ces derniers jours, ce «conflit» causant «la perte inutile de vies humaines» ainsi que «la destruction de lieux sacrés et des dommages irréparables à un site inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité».

L’Eglise invite «les deux parties à rechercher la paix à travers la vérité» et cite à ce propos le pape Benoît XVI qui, dans son message pour la paix de 2006, encourageait les hommes et les femmes «à s’engager sur un chemin de pardon et de réconciliation». L’Eglise «appelle toutes les organisations internationales, nationales et locales à coopérer sans délai pour contribuer à arrêter ce conflit autour du site du temple de Preah Vihear.» En conclusion, une prière est adressée «à Dieu tout puissant afin que le Seigneur bénisse les deux pays en leur donnant la paix et en guidant leurs dirigeants afin de résoudre ce conflit par des moyens pacifiques et en évitant de verser le sang».

Pour Mgr Schmitthaeusler, joint au téléphone par Eglises d’Asie, la querelle entre le Cambodge et la Thaïlande à propos de Preah Vihear et des 4,6 km² de terrain qui l’entourent «touche à la fierté nationale». Sollicitée par le ministère des Cultes, l’Eglise n’a pas cherché à se dérober et, dans l’histoire récente du Cambodge, c’est la première fois que le gouvernement s’adresse ainsi aux religions. Le vicaire apostolique de Phnom Penh précise encore que les responsables de l’Eglise catholique ont pris soin de «rester le plus neutre possible» en choisissant, par exemple, le mot «conflit» plutôt que celui de «guerre» pour qualifier les incidents de ces derniers jours, et appeler à la paix.

Le Conseil de sécurité de l’ONU appelle au cessez-le-feu

La requête du ministère des Cultes auprès des responsables religieux a été adressée aux bouddhistes, aux musulmans et aux protestants du Cambodge. Il ne semble toutefois pas qu’elle ait porté tous les fruits qu’en attendait Phnom Penh. En effet, le 14 février, le Conseil de sécurité de l’ONU, réuni à la demande du Cambodge, a exclu l’envoi sur place de casques bleus et s’est contenté d’un appel au cessez-le-feu, les deux parties en présence étant invitées à conclure une trêve définitive sous l’égide de l’ASEAN (Association des Nations du Sud-Est asiatique), actuellement présidée par l’Indonésie.

Cette position a satisfait la Thaïlande, opposée à l’intervention de l’ONU. Quant au Cambodge, il a accepté de participer à la rencontre qui doit, le 22 février prochain, réunir à Djakarta les ministres des Affaires étrangères indonésien, cambodgien et thaïlandais.

Les écoles et églises ouvrent leurs portent aux réfugiés

D’un point de vue humanitaire, des deux côtés de la frontière, les Caritas locales se sont mobilisées pour porter assistance aux personnes déplacées. Du côté cambodgien, Caritas Cambodia a coordonné son action avec la Croix-Rouge locale et Oxfam pour apporter du riz, des couvertures, des vêtements et des moustiquaires aux quelque 2’000 familles, qui ont fuit la zone des tirs.

Du côté thaïlandais, Mgr Banchong Chaiyara, évêque du diocèse catholique d’Ubon Ratchathani, a précisé que les écoles et les églises étaient prêtes à offrir un toit provisoire aux 3’000 personnes qui ont quitté leur domicile. COERR (Catholic Commission for Emergency Relief and Refugees), l’organe de l’Eglise catholique chargé de l’aide d’urgence, a pris en main la coordination des actions. Ses responsables soulignent que, bien que la vie sous tente soit rendue difficile par la chaleur et que Bangkok a appelé les familles à regagner leur domicile, beaucoup de déplacés préfèrent attendre que le retour au calme se concrétise. (apic/eda/amc)

Encadré

Le temple khmer de Preah Vihear

Datant du XIème siècle, situé sur une hauteur, le temple khmer de Preah Vihear est revendiqué à la fois par la Thaïlande et le Cambodge. Le conflit découle de la délimitation des frontières à l’époque coloniale. La Convention de 1904 et le Traité de 1907, signés entre le Royaume du Siam et la France, alors maîtresse du Cambodge, incluent Preah Vihear dans la carte du Cambodge. En 1949, Bangkok, considérant cette carte comme invalide, a occupé le temple, malgré les protestations de Paris. En 1953, lors de l’indépendance du Cambodge, la situation ne change pas, mais, en 1962, la Cour internationale de justice de La Haye attribue la souveraineté du temple au Cambodge. En 2008, l’inscription, proposée par le Cambodge, du temple sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO ravive la querelle, le temple et les 4,6 km² de terrain qui l’entoure étant devenus un objet politique mettant en jeu la fierté nationale des deux parties en présence. (apic/eda/amc)

18 février 2011 | 11:20
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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