Belgrade: Le métropolite Emmanuel de France dénonce la montée du populisme en Europe

En contradiction avec la Charte Œcuménique européenne

Belgrade, 18 février (Apic) La contribution des chrétiens à la construction de l’identité nationale et à l’intégration européenne est au centre de la rencontre annuelle du Comité conjoint de la Conférence des Eglises d’Europe (KEK) et du Conseil des Conférences Episcopales d’Europe (CCEE), dont les travaux, qui se sont ouverts vendredi 18 février à Belgrade, en Serbie, se concluront le dimanche 20 février.

A cette occasion, le métropolite orthodoxe Emmanuel, métropolite de France du Patriarcat oecuménique et président de la Conférence des Eglises européennes (KEK) (*), a dénoncé la montée du populisme sur le Vieux Continent.

Le prélat orthodoxe a évoqué vendredi à Belgrade les conséquences de la crise économique sur la montée des populismes dans les pays européens, «ce qui est en contradiction directe avec la conception que nous nous faisons du christianisme et de son message de paix». La Charte Œcuménique européenne est limpide à cet égard, insiste-t-il. Et de citer ce passage de la Charte: «Sur la base de notre foi chrétienne, nous nous engageons pour une Europe humaine et sociale, dans laquelle s’imposent les droits de l’homme et les valeurs fondamentales de la paix, de la justice, de la liberté, de la tolérance, de la participation et de la solidarité».

Les dérapages du débat sur l’identité nationale en France

Abordant la question de l’identité nationale, il a rappelé combien ce thème – un débat national voulu par le gouvernement Sarkozy, et qui a donné lieu à des dérapages – «fut difficilement traité en France». Et le métropolite de souligner qu’au lieu d’unir et de créer de la cohésion sociale, ce débat national «fut un vecteur de division et de fragmentation».

Dans le prolongement du travail du Comité conjoint de la KEK et du CCEE, qui œuvre depuis 1972 à la coordination entre les deux grandes institutions, le thème de cette rencontre est d’une grande actualité au regard des «fermentations nationales» des différents pays d’Europe. «La montée des nationalismes que nous constatons n’allant pas sans une certaine forme de populisme, , a-t-il ajouté, pose de véritables interrogations quant à la capacité de l’Europe à faire émerger de la réalité multinationale et multiculturelle qui la caractérise un modèle fragmenté à l’intérieur duquel le christianisme tendrait à être un élément du clivage».

«L’affirmation de l’identité chrétienne de l’Europe pas exclusive, mais bien inclusive»

Sans revenir sur le débat des racines chrétiennes de l’Europe, le métropolite relève que l’acceptation de ces dernières «ne doit pas participer au phénomène de résistance en vue de l’intégration des populations allogènes». Il s’agit par opposition, précise-t-il, «de mettre en valeur l’imprégnation culturelle et cultuelle du christianisme dans notre histoire commune qui est celle de l’Europe, comme le fondement de toutes possibilités accordées aux autres religions de trouver leur place à l’intérieur de ce paysage diversifié. En d’autres termes, je souhaiterais souligner devant vous que l’affirmation de l’identité chrétienne de l’Europe n’est pas exclusive, mais bien inclusive en ce qu’elle porte en elle les conditions préalables pour le développement de ce qui est au fondement de nos démocraties, je veux parler de la liberté de culte».

Les participants à la rencontre des Eglises européennes à Belgrade traitent le thème de la rencontre à partir de quatre dimensions où se manifeste le rapport entre identité chrétienne et intégration européenne:

– le prof. Massimo Introvigne, représentant de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) traite notamment de la lutte contre le racisme, la xénophobie et la discrimination contre les chrétiens et les membres des autres religions;

– Joanna J. Matuszewska, théologienne de l’Eglise évangélique réformée en Pologne, aborde la problématique de l’oecuménisme;

– le pasteur Rüdiger Noll, directeur de la Commission Eglise et société et secrétaire général associé de la KEK, et Mgr Piotr Mazurkiewicz, secrétaire général de la COMECE (Commission des Episcopats de la Communauté Européenne), traitent de la crise économique;

– Bozidar Djelic, vice-Premier ministre responsable de l’intégration européenne et ministre de la Science et du développement technologique de la République de Serbie, parle de la paix.

Les représentants des Eglises abordent également la question de la présence des tziganes (Rom, Sinti, Gitans…) en Europe orientale, de l’œcuménisme dix ans après la signature de la Charta Œcumenica et des rapports entre chrétiens et musulmans en Europe.

(*) La Conférence des Eglises d’Europe (KEK) est une communion de 125 Eglises orthodoxes, protestantes, anglicanes et vieilles-catholiques de tous les pays d’Europe et de 40 organisations associées. Fondée en 1959, la KEK a des bureaux à Genève, Bruxelles et Strasbourg.

Le Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE) réunit les présidents des 33 Conférences épiscopales existant actuellement en Europe, représentées de droit par leur président, ainsi que les archevêques de Luxembourg et de la Principauté de Monaco et l’évêque de Chisinau (Moldavie). Il est présidé par le cardinal Peter Erdö, archevêque d’Esztergom-Budapest, primat de Hongrie. Ses vice-présidents sont le cardinal Josip Bozanic, archevêque de Zagreb et le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux. Le secrétaire général du CCEE est le Père Duarte da Cunha. Le siège du secrétariat se trouve à Saint-Gall (Suisse). (apic/com/be)

18 février 2011 | 15:07
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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