St-Gall: Les bibliothèques conventuelles entre science et Siècle des Lumières

Armoires aux poisons et poseurs de braguettes

St-Gall, 4 mai 2011 (Apic) Quel rôle ont joué les bibliothèques conventuelles dans les Temps modernes? Qu’ont fait les moines des «livres interdits» lors du Siècle des Lumières? Un congrès international, à St-Gall, a tenté de répondre à ces questions, et à bien d’autres encore.

Un congrès de trois jours rassemblant des spécialistes du livre s’est penché, fin avril, sur les bibliothèques de couvents. Le discours d’introduction, qui a donné le ton à l’ensemble de la rencontre, a eu pour thème «Les bibliothèques conventuelles du Sud de l’Allemagne au Siècle des Lumières. Œuvre de représentation, de contribution scientifique et de religiosité». Le congrès annuel émane du célèbre «Cercle de travail de Wolfenbüttel pour l’histoire des bibliothèques, des livres et des médias» (»Wolfenbütteler Arbeitskreis für Bibliotheks-, Buch- und Mediengeschichte») et le thème de cette année a été élaboré par la Stiftsbibliothek de St-Gall.

Les bibliothèques font la fierté des couvents. C’est pourquoi elles ont été équipées en conséquence à l’époque de la Renaissance, marquée par le style baroque. Les salles principales ressemblaient à des églises où les autels auraient été remplacés par des pupitres de lecture. La bibliothèque était la marque de fabrique d’un monastère. Un des exemples les plus classiques en Suisse est la Bibliothèque de la Fondation de St-Gall (Stiftsbibliothek St. Gallen).

L’importance d’une bibliothèque ne se manifestait pas seulement par la beauté des espaces, mais avant tout par le nombre et la qualité des livres. Les bibliothèques conventuelles étaient au service de la science et de la piété. Les ouvrages scientifiques étaient nécessaires du fait que les couvents et les religieux étaient souvent liés à l’enseignement. Il fallait donc posséder les ouvrages de base faciles à se procurer depuis le développement de l’imprimerie. Parfois, les couvents eux-mêmes possédaient une imprimerie, ce qui est le cas de celui de St-Gall. En tant que centres religieux, les couvents devaient posséder une vaste collection de bibles, de commentaires bibliques, d’œuvres théologiques et d’ouvrages de spiritualité.

Le directeur de la Stiftsbibliothek, le Professeur Ernst Tremp, a qualifié ce congrès d’événement particulier. «La Bibliothèque Herzog August de Wolfenbüttel et la Stiftsbibliothek de St-Gall, qui illustrent des traditions et des cultures différentes, se sont retrouvés pour la première fois pour une manifestation commune.»

Les questions les plus diverses ont été traitées lors de 14 conférences. Comment les ouvrages ont-ils été rassemblés? Qu’en est-il de leur acquisition? Quel rôle jouait le bibliothécaire? Quelle place occupaient les sciences naturelles?

Livres dangeureux: entre rejet et curiosité

Un intérêt particulier s’est manifesté au sujet de la gestion, par les moines, des livres réputés dangereux. Depuis la Réforme, on a assisté à une production florissante de livres, surtout dans les régions protestantes. Le Siècle des Lumières a vu l’apparition d’ouvrages politiques et philosophiques, qui ont parfois fait chanceler les trônes des rois et des princes de l’Eglise. Les maîtres d’écoles avaient également des problèmes face aux poèmes érotiques d’Ovide ou de Horace.

Toute cette littérature était confrontée dans les couvents à un sentiment situé entre le rejet offusqué et une curiosité camouflée. En certains endroits, les ouvrages hérétiques étaient brûlés en public, alors qu’une partie d’entre eux étaient enfermés dans des «armoires à poison». Des théologiens choisis devaient lire ces ouvrages, afin d’étudier les pensées de l’ennemi et de pouvoir les contrecarrer.

Karl Schmuki, de la Stiftsbibliothek, a présenté la façon pragmatique dont on a agi à St-Gall face à la littérature «interdite». Les «vagues d’assainissement» ont progressivement disparu. Parfois, le nom d’un auteur «hérétique» était gommé, l’une ou l’autre page était découpée, ou des costumes de bain étaient apposés sur les personnages dénudés, un peu comme les «poseurs de braguettes» l’avaient fait sur ordre de la justice avec des oeuvres jugées obscènes de Michel-Ange.

Pour Ernst Tremp, ce congrès a été surtout enrichissant au niveau des comparaisons entre les différentes bibliothèques conventuelles du Sud de l’Allemagne. Ainsi, le développement de St-Gall n’apparaît plus comme un cas à part, mais il fait partie d’un réseau d’échanges en mouvement. (apic/jo/bb)

4 mai 2011 | 18:31
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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