Indonésie: Des islamistes perturbent des réunions chrétiennes

Une action contraire à la Constitution indonésienne

Java occidental, 20 mai 2011 (Apic) Une vingtaine d’islamistes ont perturbé, le 16 mai 2011, le déroulement de réunions organisées par des chrétiens, parce qu’elles n’étaient pas autorisées par la police. Des responsables chrétiens et des militants des droits de l’homme dénoncent l’inaction des autorités. Ils appellent le pouvoir indonésien à faire respecter la liberté religieuse, garantie par la Constitution, rapporte Eglises d’Asie (EDA), l’agence d’information des Missions étrangères de Paris (MEP), le 19 mai 2011.

Les incidents se sont produits à Cirebon, ville portuaire de la province de Java Ouest, où la communauté sino-indonésienne est fortement implantée. La présence de communautés chrétiennes, protestantes et catholiques, est relativement importante dans cette ville. Les communautés chrétiennes ont coutume d’organiser, les semaines après Pâques, des offices qui, sans être à proprement parler religieux, visent à renforcer les liens entre les membres et à éduquer les croyants, notamment les enfants, dans la foi. Des salles de réunion sont le plus souvent louées dans des hôtels, les locaux habituels des paroisses étant trop exigus.

Autorisations accordées ou non

6’000 protestants avaient investi l’Apita Hotel à Cirebon, le 16 mai, pour une réunion. Des catholiques s’étaient rassemblés dans le Gratia Palace. Selon les informations disponibles, quelques dizaines de militants du GAPAS (Mouvement contre les conversions et les sectes) ont fait irruption, en affirmant que ces rassemblements étaient illégaux, car ils n’avaient pas été autorisés par la police. L’incident s’est terminé sans faire de blessés.

Le 18 mai à Djakarta, le Père Antonius Benny Susetyo, secrétaire exécutif de la Commission pour les affaires œcuméniques et interreligieuses de la Conférence des évêques catholiques d’Indonésie, a réagi à l’incident. Selon lui, il s’agit d’»une action contraire à la Constitution indonésienne». La loi fondamentale de 1945 garantie la liberté religieuse, ainsi que le droit pour les organisations religieuses à organiser les activités qu’elles estiment nécessaires, a-t-il continué. Et d’interpeller les autorités: «C’est un problème qui est du ressort de l’Etat, mais nos dirigeants manquent à leur devoir de faire respecter la Constitution».

Inaction de la police

Du côté des organisations de défense des droits de l’homme, l’Institut Setara pour la paix et la démocratie a dénoncé l’inaction de la police face aux agissements des groupes extrémistes musulmans. Hendardi, directeur de l’Institut, a rappelé que le GAPAS s’était fait connaître par ses attaques contre des chrétiens et des ahmadis. Issus de la religion musulmane, les ahmadis sont considérés comme hérétiques par le courant majoritaire de l’islam. Ils sont victimes d’attaques croissantes des extrémistes et confrontés à la fermeture forcée de leurs lieux de culte.

En s’en prenant à des minorités religieuses, ce groupe représente une menace pour l’harmonie interconfessionnelle en Indonésie. Et comme la police n’intervient pas, cela affaiblit la capacité des autorités civiles à faire respecter la loi. La multiplication de ces actions, qui demeurent impunies, renforce l’intolérance et affaiblit l’Etat, selon Hendardi.

En février dernier, le président de la République, Susilo Bambang Yudhoyono, s’était déclaré choqué après des attaques contre des communautés ahmadis et chrétiennes. Il avait appelé à la défense de la liberté religieuse dans le pays. Des personnalités avaient dénoncé une parole présidentielle creuse, car dénuée d’effets concrets. (apic/eda/ggc)

20 mai 2011 | 11:16
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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