Inde: Les religions du Madhya Pradesh refusent l’hindouisation de l’école
L’Inde n’est pas une théocratie
Bhopal, 26 mai 2011 (Apic) Les diverses religions de l’Etat du Madhya Pradesh, en Inde, s’insurgent contre l’hindouisation forcée du système éducatif. Un groupe de représentants des principales religions a rencontré le 23 mai, le gouverneur de l’Etat, Rameshwar Thakur, afin de lui remettre un mémorandum. Ce texte critique la suprématie accordée à l’hindouisme dans toutes les institutions étatiques, en particulier dans le domaine de l’éducation, rapporte l’agence d’information des Missions étrangères de Paris «Eglises d’Asie» (EDA).
Bouddhistes, chrétiens, musulmans, sikhs et même hindous demandent que le gouvernement de cet Etat du centre de l’Inde accorde la même place à toutes les religions. Ils réclament qu’il cesse d’en promouvoir ouvertement une seule, par le biais notamment des programmes scolaires et des projets d’aide sociale, dont les noms font référence explicitement à l’hindouisme.
Cette politique ne fait qu’accentuer les communautarismes, déjà très présents au Madhya Pradesh, et rend impossible toute action en faveur de la paix interreligieuse, relève le mémorandum. Quazi Amanullah, un des délégués musulmans, a souligné que «l’Inde n’était pas une théocratie» et que de la représentation égale des religions dépendaient l’harmonie et la tolérance mutuelle.
Rendre obligatoire l’enseignement de la Bhagavad Gita
La démarche des chefs religieux a été essentiellement motivée par la divulgation récente des programmes scolaires pour la prochaine rentrée début juillet. Ces programmes comprennent l’enseignement obligatoire dans toutes les écoles de l’Etat de la Bhagavad Gita, l’un des écrits fondamentaux de l’hindouisme. Afin d’assurer l’application de cette mesure, des sessions de formation pour les enseignants ont d’ores et déjà été lancées par le Ministère de l’éducation.
Le Père Anand Muttungal, porte-parole du Conseil régional des évêques catholiques du Madhya Pradesh, a rappelé que la prééminence d’une seule religion aux dépends de toutes les autres était une violation flagrante de la Constitution du pays, laquelle accorde les mêmes droits aux croyants de toutes les religions. Le prêtre, qui est à la tête de plusieurs mouvements œcuméniques ou interreligieux dans l’Etat, est habitué à croiser le fer avec le gouvernement du Madhya Pradesh, dirigé depuis 2003 par le Bharatiya Janata Party (Parti du peuple indien, BJP), vitrine politique du nationalisme hindou.
Les tentatives répétées du gouvernement pour imposer l’hindouisme au sein même des établissements privés sont régulièrement combattues par les Eglises chrétiennes et les autres religions. En 2007, chrétiens et musulmans s’étaient ainsi unis pour empêcher la promulgation d’une loi rendant obligatoire le culte du soleil dans toutes les écoles. La Haute Cour de l’Etat avait finalement statué sur le caractère non obligatoire de cette directive ministérielle.
A l’issue de la rencontre, le Père Muttungal a déclaré que le gouverneur de l’Etat avait donné son accord de principe aux demandes de la délégation et s’était engagé à faire parvenir le mémorandum au ministre-président de l’Etat, Shivraj Singh Chauhan, afin de «décider d’une action appropriée». (apic/eda/mp)




