Tadjikistan: Les mosquées et les églises seront interdites aux mineurs
Le Sénat tadjik a adopté une loi bafouant la liberté religieuse
Douchanbé, 22 juillet 2011 (Apic) La chambre haute du Parlement tadjik a approuvé, à l’unanimité, un article de loi intitulé «Sur la responsabilité des parents à élever et éduquer leurs enfants», qui interdit aux enfants mineurs de fréquenter les mosquées et les églises, a rapporté l’agence russe Interfax, le 21 juillet. Il s’agit ainsi de tenter d’enrayer la progression de l’extrémisme religieux, dans la plus pauvre des ex-républiques soviétiques.
La loi entrera en vigueur dès qu’elle aura été signée par le Président Emomali Rahmon et après sa publication dans les médias officiels. Elle rend les parents pénalement responsables de la présence «illégale» de leurs enfants dans des institutions religieuses n’ayant pas reçu l’agrément de l’Etat.
«L’article 8 de la loi, qui régit les relations entre la jeune génération et les organisations religieuses, ne porte pas atteinte aux droits constitutionnels des jeunes. Au contraire, elle les protège», a déclaré le sénateur et recteur de la Faculté de médecine de l’Université d’Etat Ubaidullo Kourbonov. «La polémique déclenchée par certains médias et certains représentants de la société civile est donc infondée».
Le nouvel article de loi stipule notamment que les parents ne doivent pas permettre à leurs enfants de prendre part à l’activité des organisations religieuses, à l’exception des cas où les enfants sont des élèves d’écoles religieuses. Il a été soumis au Parlement en décembre 2010 par le président tadjik, au pouvoir depuis 1992.
Tollé chez les musulmans
L’article 8 a suscité de nombreuses critiques de la part de pays occidentaux, de défenseurs des droits humains, du Parti du renouveau islamique du Tadjikistan, ainsi que de membres des communautés chrétiennes locales.
«Si l’Etat ne le veut pas, c’est le peuple qui défendra lui-même sa foi», avait menacé le chef spirituel de l’opposition islamique et vice-Premier ministre Akbar Touradjonzoda, le 15 juin dernier, lors de l’approbation de la loi par la chambre basse du Parlement. «On ne peut faire peur aux croyants avec des amendes, des arrestations et des incarcérations. Si le mécontentement croît, cela pourrait conduire à une épreuve de force avec le gouvernement, comme en Tunisie et en Egypte», avait-il ajouté.
Selon les autorités tadjikes, cette interdiction est justifiée par la croissance de l’extrémisme religieux et la nécessité de préserver le caractère laïc de l’Etat, une ex-république soviétique, qui partage une frontière de 1’340 km avec l’Afghanistan.
«Je suis convaincu que cette loi vise principalement à la protection des intérêts de la jeune génération au Tadjikistan», a déclaré le président du Sénat Mahmadsaid Ubaidulloyev. Il a encouragé les sénateurs et les députés à continuer à adopter des lois «sans précédent dans la pratique législative mondiale». (apic/interfax/reuters/nd)




